Le gouvernement Legault a demandé aux commissions scolaires de faire la promotion des futures classes de prématernelle 4 ans à « un large bassin de parents, et ce, sans égard aux services dont leur enfant pourrait actuellement bénéficier ».

Publié le 18 avr. 2019
HUGO PILON-LAROSE LA PRESSE

Cette consigne, envoyée dans une lettre que La Presse a pu lire dans son intégralité, a été transmise aux directions générales des commissions scolaires le 21 mars dernier par la sous-ministre à l'Éducation, Sylvie Barcelo.

« Cette lettre est conforme avec notre engagement d'offrir le libre choix aux parents. Pour avoir un vrai libre choix, les parents doivent être pleinement informés de l'ensemble des services qui leur sont offerts. Il n'a jamais été question d'inscrire quiconque de force dans une classe de maternelle 4 ans. D'ailleurs, les inscriptions vont bon train : 100 % des classes annoncées seront ouvertes l'an prochain », a défendu mercredi le cabinet du ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge.

Le ministre de la Famille interpellé

Interpellé sur le sujet lors de l'étude des crédits du ministère de la Famille, hier, le ministre Mathieu Lacombe a défendu que Québec n'avait pas envoyé de directives aux commissions scolaires afin qu'elles recrutent des enfants fréquentant déjà un service de garde éducatif pour remplir les futures classes de prématernelle 4 ans.

Le 22 mars dernier, la présidente de l'Alliance des intervenantes en milieu familial du Bas-Saint-Laurent-Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, Kathy Côté, a envoyé une lettre au président de la commission scolaire des Phares pour lui faire part « de [sa] déception sur le recrutement fait par [la] commission scolaire auprès des parents fréquentant les services éducatifs en milieu familial régi et subventionné de [sa] région ».

« Nous avons été informés que certaines de vos écoles sollicitent directement les parents afin de combler des places de maternelle 4 ans à temps plein en milieu défavorisé. Nous considérons que ces sollicitations vont [...] contre les besoins des enfants de notre région », a-t-elle écrit.

Dans sa réponse envoyée le 8 avril dernier, le président de la commission scolaire a confirmé qu'il est en période d'inscription pour la prochaine rentrée scolaire, ce qui inclut les prématernelles 4 ans. Dans cette lettre, il a souligné que la sous-ministre Sylvie Barcelo avait précisément demandé par écrit aux directions générales de joindre un large bassin de parents afin de les informer de l'ouverture de ces nouvelles classes, « et ce, sans égard aux services dont leur enfant pourrait actuellement bénéficier ».

L'opposition fulmine

Lors de l'étude des crédits du ministère de la Famille, hier, la députée du Parti québécois Véronique Hivon s'est dite vivement préoccupée par la directive envoyée par Québec.

« Je rappelle [au ministre] qu'il a [lui-même] assuré les Québécois que les nouvelles classes [de prématernelle 4 ans] seraient instaurées de manière à ne pas nuire aux garderies et aux CPE », a-t-elle dit au ministre Lacombe.

« L'universalité de la prématernelle 4 ans, c'est nouveau, bien sûr qu'il faut faire connaître ce service. Mais l'idée n'est pas de dire que la prématernelle 4 ans, c'est mieux [que les services de garde éducatifs]. C'est de dire [aux parents] qu'ils ont un choix », a répondu M. Lacombe.

- Avec Tommy Chouinard, La Presse