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Affaire SNC-Lavalin: la grogne monte envers Wilson-Raybould

Jody Wilson-Raybould, lors de son témoignage en février... (PHOTO LARS HAGBERG, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE)

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Jody Wilson-Raybould, lors de son témoignage en février dernier devant le comité permanent de la justice

PHOTO LARS HAGBERG, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

MÉLANIE MARQUIS, FANNY LÉVESQUE
La Presse

(OTTAWA) La grogne s'installe dans les rangs libéraux. La décision de l'ancienne ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould d'enregistrer le greffier du Conseil privé à son insu pourrait bien être la goutte de trop qui incitera ses collègues à réclamer son expulsion. En revanche, la principale concernée maintient son intention de rester.

Si les élus libéraux usaient de prudence depuis l'éclatement de l'affaire SNC-Lavalin, le 7 février dernier, affirmant qu'il était louable d'avoir des divergences d'opinions au sein du caucus, le ton a changé de façon draconienne, hier.

« Je pense que lorsque la plus haute avocate au pays et le plus haut fonctionnaire de l'État ont une discussion à propos d'un enjeu aussi important, il est totalement inapproprié d'enregistrer la conversation sans en aviser l'autre personne », a fait savoir le ministre des Transports, Marc Garneau, visiblement choqué.

« Ce n'est pas une chose honorable à faire », a-t-il tranché avant la période des questions en Chambre, où les travaux reprenaient après une semaine de relâche parlementaire.

Marc Garneau... (PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE) - image 2.0

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Marc Garneau

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Le comité permanent de la justice et des droits de la personne a rendu publics vendredi dernier de nouveaux documents, dont cet enregistrement de 17 minutes d'une conversation remontant au 19 décembre avec Michael Wernick - qui a depuis annoncé son départ hâtif à la retraite.

Le ministre Garneau n'a pas été le seul libéral à exprimer son mécontentement, alors que l'affaire SNC-Lavalin nuit au gouvernement depuis maintenant environ huit semaines et que les libéraux poursuivent leur dégringolade dans les sondages.

« Pour moi, c'est inacceptable [...]. Je peux vous dire que c'est quelque chose que je ne ferai jamais », a affirmé la ministre Diane Lebouthillier.

Alexandra Mendès, une autre députée québécoise, a abondé dans le même sens. « Vous vous sentez trahi, littéralement, quand des membres de votre équipe se retournent contre vous », a-t-elle lâché, qualifiant l'enregistrement secret de « borderline illégal ».

« Sa conversation était une mise en scène, elle a tenté de lui tendre un guet-apens, et il n'a pas mordu », a pour sa part pesté le député ontarien Rob Oliphant.

Quel AVENIR AU CAUCUS ?

Et maintenant, que fait-on de Jody Wilson-Raybould au Parti libéral ? Selon nos informations, les présidents des caucus régionaux ont tenu une rencontre extraordinaire hier en soirée afin de prendre le pouls des députés partout au pays en prévision du caucus national de demain portant précisément sur l'avenir de Mme Wilson-Raybould au sein du parti.

Quant au sort de l'ancienne ministre Jane Philpott, qui a elle aussi claqué la porte du cabinet dans la foulée de l'affaire SNC-Lavalin, il demeurait plus nébuleux. L'entrevue fracassante qu'elle a accordée au magazine Maclean's, publiée au lendemain du dépôt du budget, a fait grincer des dents ses collègues.

Ni l'une ni l'autre n'a répondu aux courriels de La Presse, hier. Cependant, lorsque Mme Wilson-Raybould a été interceptée par des journalistes à sa sortie du parlement, elle a défendu d'avoir secrètement enregistré la conversation avec M. Wernick. « Je savais que mon poste était menacé », a-t-elle dit.

« Je ne crois pas que je devrais être expulsée du caucus pour avoir fait mon travail », a ajouté Mme Wilson-Raybould. Quant aux spéculations selon lesquelles elle chercherait à déloger Justin Trudeau, elle a argué qu'il s'agissait « d'accusations farfelues et sans fondements ».

Mais pour plusieurs de ses collègues, Jody Wilson-Raybould  a franchi un point de non-retour. « Elle ne devrait plus être là. Elle aurait dû partir il y a un bon moment », a lancé le député Wayne Easter.

Il semble donc évident que Justin Trudeau pourrait se retrouver avec des députés furieux sur les bras s'il n'éjecte pas - et vite - son ancienne ministre de la Justice du caucus libéral.

Le président du caucus national, Francis Scarpaleggia, a récemment réitéré que le pouvoir de chasser des membres était entre les mains du premier ministre.

Il n'a cependant pas voulu préciser si le caucus libéral avait tenu les quatre votes prévus à la Loi sur le Parlement pour trancher là-dessus - en vertu de la loi qu'avait fait adopter en 2015 le conservateur Michael Chong, les partis reconnus ne sont pas tenus de le faire.

DISCOURS MARATHON

En Chambre, les conservateurs continuaient à faire leurs choux gras de cette histoire.

Après avoir imposé un marathon de votes de 30 heures il y a deux semaines pour punir les libéraux de Justin Trudeau d'avoir refusé de permettre à Jody Wilson-Raybould de témoigner une seconde fois devant le comité de la justice, le Parti conservateur a eu recours à un nouveau stratagème parlementaire pour forcer la main au premier ministre.

Le porte-parole en matière de Finances, Pierre Poilievre, a entrepris hier un discours marathon sur le budget déposé le 19 mars par le ministre des Finances, Bill Morneau.

Et il a promis de discourir tant et aussi longtemps que le premier ministre ne céderait pas.

- Avec Joël-Denis Bellavance, La Presse

Démarche discutable

Bien que Mme Wilson-Raybould n'ait rien commis d'illégal en enregistrant à son insu le greffier du Conseil privé, la professeure à la faculté de droit de l'Université d'Ottawa Jennifer Quaid émet certaines réserves quant au geste de la députée de Vancouver Granville.

« Même si ce n'est pas interdit et que ça ne pourrait pas tomber sous le chef d'une règle d'éthique professionnelle, son comportement laisse chez moi l'idée que ça s'inscrivait dans une sorte de planification d'un moment où tout serait rendu public », explique Mme Quaid. « J'ai de la difficulté à concilier ça avec l'idée que c'est une pratique éthique et honorable parce qu'on dirait qu'elle se préparait à prendre ses distances. [...] Et donc, à mon avis, si elle en était rendue là, probablement qu'elle aurait dû démissionner », ajoute-t-elle, précisant cependant que ce débat n'a rien avoir avec la question de fond, qui est de savoir si Mme Wilson-Raybould a subi oui ou non des pressions inappropriées. 

- Fanny Lévesque, La Presse

Les précisions de Butts

On s'attend à ce que le comité de la justice publie aujourd'hui les précisions que Gerald Butts, ancien secrétaire principal du premier ministre, s'est engagé à fournir en réaction aux nouveaux documents soumis par Jody Wilson-Raybould. Le greffier du comité a indiqué à La Presse que ces informations devraient être diffusées « au plus tard vers 15 h », et qu'elles seraient publiées sur le site web du comité. Les documents devaient être traduits au préalable. 

- Mélanie Marquis, La Presse




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