(Québec) Après l’ONU, la Ville de Montréal, le Cégep de Sherbrooke et bien d’autres, le Québec s’apprête à décréter l’urgence climatique, une position avant tout symbolique qui engage bien vaguement le gouvernement.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

« Le gouvernement s’apprête à poser un geste jamais vu au Québec. Dans les prochains instants il y aura reconnaissance par le gouvernement du Québec de l’urgence climatique », a annoncé mercredi matin le ministre de l’Environnement, Benoit Charette.

Plus tôt en matinée, Québec solidaire avait dévoilé une motion en ce sens. Refuser d’appuyer cette motion relèverait du climatoscepticisme, a prévenu la co-porte-parole solidaire, Manon Massé.

« Rejeter cette motion-là, c’est envoyer le message qu’on ne croit pas aux changements climatiques », a tonné Mme Massé.

Quelques minutes plus tard, tous les partis, dont la CAQ, ont annoncé leur intention de soutenir la motion. Celle-ci déclare l’urgence climatique et exige du gouvernement « d’harmoniser l’ensemble de ses choix politiques avec cette situation de crise, en prenant tous les moyens nécessaires afin de réduire rapidement et drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre ».

Et le troisième lien ?

S’ils s’entendent sur le principe de la motion – il faut agir pour le climat -, le gouvernement et les oppositions ne s’entendent pas sur ce qu’implique cette déclaration d’urgence climatique.

Pour Sylvain Gaudreault, du Parti québécois, il ne fait aucun sens par exemple de reconnaître cette urgence et de soutenir le projet de GNL Québec au Saguenay, qui prévoit la construction d’une usine de gaz naturel liquéfié, d’un port et d’un pipeline.

Pour Manon Massé, reconnaître cette urgence et construire un troisième lien n’a aucun sens. « Il faut radicalement changer nos habitudes de déplacement. Est-ce qu’on met l’argent dans les transports en commun, qui ont le pouvoir de diminuer les GES ? Ou on le met dans le troisième lien, dans l’élargissement des autoroutes, qui vont augmenter les GES ? »

La CAQ n’entend pas changer sa position sur ces deux dossiers malgré son appui à la motion de QS.

« Pour faire circuler des autos électriques, ça va prendre des routes, ça va prendre des liens », a notamment répondu le premier ministre, François Legault, défendant le troisième lien.

« Les gens de Chaudière-Appalaches, là, il n'y a pas un volume suffisant pour mettre en place des tramways dans Chaudière-Appalaches, donc ça va prendre des autos électriques, ça va prendre des routes », a poursuivi M. Legault.

Le ministre de l’Environnement a promis un plan ambitieux pour s’attaquer aux émissions de gaz à effet de serre. « Cette reconnaissance va s’incarner de façon très pragmatique avec un plan structuré et des moyens jamais vus au Québec au cours des dernières années », a dit M. Charette.

Quand au troisième lien, Benoit Charette assure que le tunnel autoroutier relève du développement durable. « Selon le principe développement durable, il faut faire du développement économique de façon réfléchie. Sans ce développement économique, on se prive d’outils pour s’attaquer aux changements climatiques », a expliqué le ministre.