(Ottawa) À moins de quatre mois du scrutin fédéral, Québec Fier s’active. Le groupe fondé par des tenants de la droite libertarienne, des proches des conservateurs fédéraux et des pro-caquistes a lancé une campagne d’appels et de textos automatisés avec un objectif ultime en tête : chasser les libéraux de Justin Trudeau le 21 octobre prochain.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

L’organisme a retenu les services de la firme Responsive Marketing Group (RMG) afin de tâter le pouls des électeurs sur des enjeux comme la loi québécoise sur la laïcité, la taxe fédérale sur le carbone ou encore les projets énergétiques. « Bonjour ici Québec Fier. Croyez-vous que le Québec devrait exploiter son propre gaz au lieu de l’importer des États-Unis de Trump ? Répondez : Oui Non », figure parmi les textos qui ont été envoyés.

« J’ai reçu le texto sur Trump [mercredi] soir, je n’y ai pas répondu et j’ai bloqué le numéro de téléphone », indique à La Presse Lyne Robichaud, de Trois-Rivières. « Quand j’ai décroché le téléphone, j’ai entendu Québec Fier et j’ai raccroché, parce que j’avais lu qu’il fallait se méfier de ce groupe », témoigne de son côté Manon Bévillard, résidante de Brownsburg-Chatham, dans les Laurentides.

Québec Fier est calqué sur les mouvements Ontario Proud et Alberta Proud, qui ont respectivement contribué à l’élection de Doug Ford dans la province voisine et de Jason Kenney dans celle de l’Ouest. « C’est sûr qu’on s’inspire de ça. On a remarqué qu’ils ont eu une influence sur les réseaux sociaux », explique en entrevue à La Presse le directeur des communications du groupe, Nicolas Gagnon.

Si le groupe a lancé cette offensive, au coût de « quelques milliers de dollars », c’est pour que « les Québécois se réveillent » et fassent en sorte que le premier mandat de Justin Trudeau soit son dernier, tranche-t-il.

S’il a eu une majorité en 2015, c’est en grande partie grâce au Québec. Et nous, c’est quelque chose qu’on ne veut vraiment pas voir arriver [en 2019].

Nicolas Gagnon, directeur des communications de Québec Fier

Les tierces parties comme Québec Fier ont le droit d’appeler ou de texter les électeurs s’ils respectent les règles en place. La campagne lancée il y a quelques jours ne contrevient pas aux règles de financement, confirme Natasha Gauthier, porte-parole d’Élections Canada. « Avant le début de la période préélectorale, le 30 juin, le concept de tierce partie n’existe pas », précise-t-elle à l’autre bout du fil.

Au-delà de cette date, cela serait « considéré comme une activité partisane », et donc assujetti aux plafonds de dépenses prévus par la loi, signale Mme Gauthier. Or, ce n’est pas dans les plans de Québec Fier : « On ne continuera pas. Les appels et les textos vont prendre fin le 29 juin. Mais on n’a pas encore pris de décision sur ce qu’on fera après », note Nicolas Gagnon, 26 ans, employé dans une institution financière.

Campagne de recrutement

À l’approche des élections fédérales, Québec Fier a cherché à gonfler ses rangs en lançant un appel aux volontaires désireux de s’impliquer pour contribuer à barrer la route à la réélection des libéraux à Ottawa. Le groupe avait déployé une offensive similaire à la veille du déclenchement des élections québécoises – un sondage orienté politiquement contre le gouvernement libéral sortant de Philippe Couillard avait été mené en août, comme l’avait rapporté Radio-Canada.

« Nous comptons mobiliser davantage de gens au sein de notre mouvement nationaliste afin de s’attaquer à l’ennemi numéro 1 du Québec lors des élections à venir : les libéraux de Justin Trudeau », est-il écrit dans un courriel daté du 20 mai dernier qu’a obtenu La Presse.

Les candidats recherchés devraient idéalement maîtriser Photoshop et la suite Adobe pour « concevoir du contenu de qualité, tant pour nos vidéos que nos publications en ligne », peut-on lire dans le message.

Pas question, cependant, de verser dans les vidéos « deepfake » — mot-valise né de la fusion de « fake » (faux) et de « deep learning », une forme d’intelligence artificielle qui a récemment été utilisée pour altérer des vidéos de politiciens. « On n’a pas intérêt à faire ça. C’est sûr qu’on peut avoir un biais, mais pas jusqu’à aller à modifier la réalité », assure Nicolas Gagnon.

Influence « marquante » au scrutin

Le rayonnement web de Québec Fier sur les réseaux sociaux ne cesse de croître depuis sa naissance, il y a environ un an : la page Facebook de l’organisation, par exemple, compte désormais plus de 35 000 abonnés, et la vaste majorité des publications anti-Trudeau qui y pullulent sont la plupart du temps partagées des centaines de fois.

Et c’est sur cette plateforme que l’on parvient à rejoindre la majorité de l’électorat, dit Bruno Guglielminetti, consultant en communications numériques. « Si on veut vraiment aller rejoindre la population en général, on va utiliser Facebook », expose-t-il en entrevue avec La Presse.

« Maintenant que 83 % de la population québécoise est sur les réseaux sociaux, c’est sûr que ces groupes rejoignent beaucoup plus de gens […]. Comme le disait Bernard Derome, si la tendance se maintient, ils seront encore plus intéressants à suivre, plus marquants, dans la prochaine campagne fédérale », conclut-il.