Dans l’émotivité qui a suivi la mort d’une fillette à Granby, le gouvernement Legault avait promis une commission parlementaire spéciale sur la protection de la jeunesse au Québec. Cela devait être une trêve, une nouvelle parenthèse sur les querelles partisanes à l’Assemblée nationale, comme l’avait été la démarche Mourir dans la dignité sur l’aide médicale en fin de vie.

Denis Lessard Denis Lessard
La Presse

À quelques heures de l’annonce prévue pour demain, l’exercice a dérapé et s’est transformé en partie de bras de fer entre le gouvernement et les partis de l’opposition. La présidente de la commission, Régine Laurent, a été nommée sans consultation il y a deux semaines. La Presse a appris que le gouvernement avait arrêté son choix sur l’une des vice-présidentes, Me Catherine Brousseau, un nom qui n’avait jamais été évoqué lors des discussions. Pourtant déjà nommée dans les communications internes du conseil exécutif, Me Brousseau, présidente du comité du Barreau sur la protection de la jeunesse, pressentie sans discussions avec les autres partis, a décliné pour des raisons familiales.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Régine Laurent, présidente de la commission parlementaire spéciale sur la protection de la jeunesse au Québec, a été nommée il y a deux semaines, sans consultation.

Jeudi dernier, l’émissaire du cabinet de M. Legault, Benjamin Bélair, a dû affronter la grogne des partis de l’opposition au sujet de l’absence de consultations pourtant promises. Au cours d’une réunion téléphonique de 90 minutes, les partis de l’opposition ont appris que l’autre vice-président, André Lebon, avait déjà été joint par le gouvernement, avant que son nom ne soit soumis par le gouvernement. Mais M. Lebon fait l’unanimité. Pour les autres partis, il aurait même été un candidat naturel pour la présidence de la commission. Sur la ligne, la plus percutante a été la péquiste Lorraine Richard ; pour les députés de l’opposition, « pas question de jouer les faire-valoir », a-t-elle lancé au conseiller Bélair, qui insistait sur « la prérogative du gouvernement ».

Promesse non tenue

L’irritation est telle qu’hier soir, la participation des libéraux, des péquistes et de Québec solidaire au lancement de la commission, demain après la séance du Conseil des ministres, paraissait improbable. Les partis de l’opposition sont en colère depuis un premier échange avec le ministre responsable, Lionel Carmant. Le 16 mai, lors de la rencontre, il s’était engagé à ce que les décisions soient prises par consensus des partis. Le lendemain, le gouvernement annonçait la nomination de Régine Laurent comme présidente, sans que son nom ait même été évoqué en réunion.

Des sources, au sein de la Coalition avenir Québec, ont confirmé à La Presse que Mme Laurent, ex-présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), avait été choisie après avoir été mise de l’avant par Manuel Dionne, qui était son porte-parole au syndicat et qui est devenu attaché de presse au cabinet de François Legault. M. Dionne était attaché de presse de Bernard Drainville dans le gouvernement Marois. Du Parti québécois provient aussi Stéphanie Gareau, qui sera nommée « secrétaire » de la commission, un poste pivot.

L’opposition mécontente

Après l’annonce de la nomination de Mme Laurent, dans un geste rarissime, les trois autres partis avaient conjointement publié un communiqué pour marquer leur mécontentement.

« Nous sommes déçues de constater que la démarche du gouvernement en vue de mettre sur pied une commission spéciale sur la protection de la jeunesse vise davantage à informer qu’à impliquer les autres partis politiques représentés à l’Assemblée nationale. » — Extrait d’un communiqué signé par le Parti libéral, le Parti québécois et Québec solidaire

« Nous pensions que le ministre Lionel Carmant avait entendu le message uni en faveur de la transpartisanerie », ont poursuivi les députées de Marguerite-Bourgeoys Hélène David, de Sainte-Marie–Saint-Jacques Manon Massé et de Duplessis Lorraine Richard. Pour elles, « il s’agit d’un mauvais départ pour une démarche qui devait tous nous unir autour d’un sujet des plus importants ».

Hier en fin de journée, les partis n’avaient toujours pas reçu la dernière mouture du mandat de la commission, un document qui se trouve pourtant déjà prêt au cabinet de François Legault. Le ministre Lionel Carmant a clairement été mis sur la touche dans cette opération. — Avec Tommy Chouinard, La Presse