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Bilan d'une campagne électorale atypique

Jean Charest, Pauline Marois et Mario Dumont.... (Photomontage Cyberpresse)

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Jean Charest, Pauline Marois et Mario Dumont.

Photomontage Cyberpresse

La campagne électorale a commencé alors que tous les yeux étaient tournés vers Barack Obama. Elle a continué dans un ouragan économique aux proportions planétaires, pour s'achever sur fond de crise politique à Ottawa. Pas facile, dans ce contexte, d'intéresser les Québécois à des élections dont ils ne voulaient pas au départ. Plusieurs enjeux ont tout de même été soulevés. Notre chef de bureau à Québec dresse un bilan de cette campagne totalement atypique.

JEAN CHAREST

Le chef libéral Jean Charest a fini sa campagne en évitant pour la millième fois les questions sur les conséquences des déboires de la Caisse de dépôt. Et il a paru zen devant la crise aux Communes.

 

Dans les premiers jours, la foire d'empoigne à Ottawa le servait: c'était la preuve incontournable qu'un gouvernement majoritaire s'imposait à Québec. En fait, Charest craignait une polarisation subite au Québec, des fleurdelisés brûlés à Calgary. Il a fait un bon coup quand il a dit que les députés bloquistes à Ottawa étaient légitimement élus, une position très rassembleuse.

Pour réduire les risques de faux pas, on éloigne les journalistes. Dès le débat télévisé, les points de presse se sont fait plus courts, plus rares. On lui avait conseillé d'éviter à tout prix les attaques personnelles, il a serré les dents quand Pauline Marois l'a traité de «menteur».

Le poids média

Selon ceux qui mesurent «l'espace médiatique», Charest a dominé durant toute la campagne. Jamais rien de controversé - des visites d'usine, des assemblées partisanes et des annonces, autant que possible rattachées au fil conducteur de la campagne libérale: l'économie.

Moins payant

Son entêtement à ne pas répondre quand a éclaté la controverse autour de la Caisse de dépôt.

Des dérapages

Jean Charest s'était engagé à réduire le temps d'attente aux urgences à 12 heures en moyenne pour les patients sur civière. On est toujours à 16 heures, comme en 2003. Le patron des urgences à Sainte-Justine dit que la situation est «dangereuse», et le chef libéral reporte à plus tard l'amélioration de la situation. Autre passage délicat en matière de santé: les libéraux annoncent que les traitements de procréation assistée seront remboursés par la RAMQ, une demande de l'ADQ. Ils s'y étaient toujours férocement opposés.

La confusion des genres

Si c'était à refaire, Jean Charest ne ferait pas d'annonce touchant son Plan Nord en marge de l'inauguration d'une usine à Sept-Îles, confie-t-on. Le discours devant la Commission de la construction, un organisme public, était moins problématique, car il ne comportait pas d'annonce électorale.

Autre faux pas, l'achat par le gouvernement d'un véhicule de luxe, une Lexus hybride pour Michèle Dionne. Il y en a deux autres pour le premier ministre. Charest a plaidé que la décision avait été prise par la Sûreté du Québec en août. Étrangement, depuis leur achat, les véhicules sont sagement restés au garage.

Un saut périlleux raté

Charest n'a pas sauté souvent les plombs en 33 jours. Une fois seulement. Son autocar de campagne a failli exploser à Longueuil quand il est revenu du centre commercial où un retraité l'avait apostrophé. «Allez-vous démissionner si vous ne remplissez pas vos promesses?» Fin des bains de foule.

Au passif aussi

On a toujours dit de Jean Charest qu'il était un campainer et un débatteur hors pair. Il l'a bien caché dans cette campagne. Sur la défensive au débat télévisé, il a été le seul des trois à ne pas marquer de points. S'il a sauvé les meubles, son camp a perdu le «débat sur le débat», la longue liste des commentaires qui s'inscrivent dans les médias après le combat.

MARIO DUMONT

Quand on finit une campagne comme on l'a commencée - dans la cave -, on reconnaît vite que les bons coups ont été rares. Pourtant, à la ligne de départ, Mario Dumont avait déjà fait passer un engagement: une réduction des taux hypothécaires. Mais l'appel à «la classe moyenne» n'a pas été une ligne maintenue avec persévérance.

Le débat télévisé a été un moment de grâce pour Dumont. Il s'était parfaitement positionné comme premier ministre potentiel, crédible, capable de passer au-dessus des lignes partisanes. Les libéraux ont eu froid dans le dos en entendant quelques phrases assassines. Qu'on amène le comptable d'un petit dépanneur pour expliquer ce qu'est une dette à Jean Charest!

Au lendemain du débat, Mario Dumont était en montée dans les graphiques des sondeurs. Mais cette tendance a été stoppée net quand il s'est aventuré dans une maison de retraités et a évoqué des coupes dans les chèques de la Régie des rentes. Une sortie inutilement alarmiste, devant une clientèle très vulnérable.

Au passif, des ratés de campagne

Les journalistes pestaient à cause des problèmes techniques dans l'autocar des médias. La confusion sur une convocation à Gatineau fait les manchettes. Des vidéos vitrioliques pour Pauline Marois doivent être éliminés du site internet de l'ADQ.

Un autre problème, l'incohérence

Les annonces de campagne paraissaient aller dans toutes les directions. Un jour, on annonce un nouveau site pour le CHUM, le lendemain on parle de contrebande de cigarettes. Un jour on privatise en partie Hydro-Québec, le lendemain on s'en prend au cours d'éthique religieuse, en présence de 10 bérets blancs embarrassants.

Quelques lignes de force

Dumont, même avant la campagne, avait mis l'accent sur les déboires de la Caisse de dépôt et leurs conséquences pour les contribuables. Les problèmes de la Caisse sont venus renforcer ses interventions. Sur ce thème, Dumont a clairement eu le dessus sur Pauline Marois, qui paraissait en rattrapage.

Pas de points pour des décisions erratiques

Un mea-culpa subit. Il s'agissait d'évacuer d'un coup le sentiment de déception chez les électeurs qui l'avaient hissé au poste de chef de l'opposition.

Un autre geste impulsif pour un chef qui cherche frénétiquement une formule. On fait entrer en scène sa conjointe, Marie-Claude Barrette. Politisée, intelligente, elle n'a pas la dextérité d'un politicien professionnel en entrevue. Elle s'embourbe en accusant des adversaires. Exit Marie-Claude.

Les politiciens doivent additionner des appuis

Mario Dumont a fait un effort pour se créer des ennemis. Une journée perdue à se chicaner avec Guy A. Lepage. Mario Dumont n'aurait pas non plus dû écouter ses enfants. Il se serait épargné un passage désastreux à Dieu merci, où l'on a vu un aspirant premier ministre coiffé d'une perruque jaune qui s'exprimait comme un demeuré.

PAULINE MAROIS

Pauline Marois a étonné tout le monde au débat des chefs. Elle a fait taire ses détracteurs, qui prédisaient qu'elle allait perdre la face devant des adversaires bien plus combatifs. Des trois, c'est elle qui avait, à l'évidence, le plus soigneusement travaillé ses interventions.

Pauline Marois a aussi réussi ce qu'aucun autre chef péquiste n'avait même tenté avant elle: désigner un candidat sans autre forme de procès. Toujours critique, l'ancien député Jean-Claude Saint-André a été envoyé en Sibérie. L'opération ne s'est pas fait sans dommages - voir ses partisans se bousculer à la porte d'une assemblée d'investiture n'augure rien de bon. Pauline Marois a dû traiter Jean Charest de «menteur» pour sortir les images de bagarre des bulletins de nouvelle.

Une autre réussite

«Un enfant une place». «Une famille un médecin». Des affirmations simples, mais qui restent en mémoire. Les publicités télévisées de la campagne péquiste ont fait mouche. Pauline Marois y apparaissait authentique, sans artifices. Par comparaison, une publicité de l'ADQ qui parlait du CHUM aux gens de Gaspé ou de Rouyn était à côté de la plaque.

Elle a fort bien géré les fuites embarrassantes de documents émanant de son entourage. On la disait aussi fatiguée, au bout du rouleau... Avant un point de presse, dans son autobus, elle décida avec deux adjoints que sa réplique se voudrait définitive: tout le monde au pas de charge sur le mont Royal demain matin.

Au passif toutefois

En faisant ses engagements en santé, en éducation, la chef péquiste a reconnu qu'ils ne différaient guère de ceux du Parti libéral. Ses stratèges auraient dû lui rappeler qu'entre le Coke classique et le nouveau... les gens vont choisir ce qu'ils connaissent déjà.

Mme Marois n'a pas gagné de vote non plus avec des déclarations maladroites. Elle a gauchement soutenu qu'elle n'hésiterait pas à refaire les mises à la retraite de 1998 dans le réseau de la santé. Puis elle a dû nuancer. Par la suite, elle a soutenu qu'elle n'aurait pas de problème avec un retour au déficit budgétaire. Puis elle a dû nuancer.

Devant la pagaille à Ottawa, elle a soutenu qu'elle pourrait faire alliance avec l'ADQ. Devinez ce qu'elle faisait hier...

Enfin, Mme Marois et ses conseillers ont mal évalué la relation que devait maintenir le chef du PQ avec l'option souverainiste. Elle l'a mise sous le boisseau en début de campagne. Le fond de commerce d'un chef péquiste est toujours le militant souverainiste. En fin de campagne, le PQ fait presque 10 points de moins que l'option dans les sondages, et Mme Marois a brandi tout à coup son option à chaque point de presse. Bien tardivement.

Avec La Collaboration De Malorie Beauchemin, Tommy Chouinard, Martin Croteau Et Vincent Brousseau-pouliot

 




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