La guerre à l'agrile du frêne est déclarée à Montréal, et les dernières nouvelles du front sont prometteuses. Les pièges à base de champignons déployés par une équipe de Ressources naturelles Canada parviennent à capter un grand nombre d'insectes. Le hic, c'est que ça veut aussi dire que l'ennemi s'y trouve en masses. Compte rendu d'un combat.

Mis à jour le 13 juill. 2015
Philippe Mercure LA PRESSE

«Y a de l'agrile!» La première réaction de Vincent Peck, étudiant en microbiologie appliquée à l'Institut national de la recherche scientifique (INRS), est enthousiaste. À vue de nez, il évalue que le piège qu'il vient de décrocher d'un arbre du quartier Villeray contient entre 50 et 75 agriles du frêne, cette peste venue d'Asie qui ravage les arbres de la métropole.

Pour le chercheur, il s'agit d'une bonne nouvelle. Le piège, qui est en test, fonctionne. Mais une ombre passe bientôt dans le regard de Robert Lavallée devant la masse de coléoptères morts empilés les uns sur les autres.

«Il y en a plus que ce qu'on souhaitait avoir, laisse tomber ce chercheur en gestion des ravageurs forestiers de Ressources naturelles Canada. Pour ces arbres, c'est clair, il est déjà beaucoup trop tard.»

La Presse a accompagné M. Lavallée et son équipe de sept chercheurs cette semaine lors de leur tout premier relevé de pièges à agrile du frêne. À 15 endroits à Montréal, l'équipe a installé une série de 7 pièges dans la cime des arbres. Cinq d'entre eux sont conçus pour faire tomber l'agrile dans une poudre constituée d'un champignon spécial, le Beauvaria bassiana. Les insectes peuvent se libérer du piège, mais ils en ressortent couverts de champignon. Celui-ci les tuera au bout de quelques jours. Entre-temps, les agriles infectés auront le temps de transmettre le champignon mortel à d'autres individus.

Les deux autres pièges, eux, ne laissent aucune possibilité d'évasion. Identiques aux autres, ils servent de témoins pour vérifier l'efficacité des leurres. Les résultats semblent prometteurs: les pièges sont remplis d'agriles. Surtout, ils ne contiennent pratiquement pas d'autres espèces, ce qui limite ce que les chercheurs appellent les «dommages collatéraux».

Chaque agrile récolté dans les pièges est prélevé avec une pince, puis inséré dans une petite fiole.

«Chaque insecte sera disséqué et fera l'objet d'analyses biomoléculaires. Nous voulons vérifier combien d'entre eux sont infectés par le champignon», explique Claude Guertin, chercheur à l'INRS-Institut Armand-Frappier.

Ramener l'équilibre

Lancer un champignon aux trousses de l'agrile vise à aider la nature à retrouver un équilibre.

«En Asie, d'où vient l'agrile du frêne, les arbres ont une résistance, il a des prédateurs, des parasites et des maladies. Le système est en équilibre. Le problème, c'est que l'insecte est arrivé ici exempt de ses ennemis naturels. Alors il y a une explosion», dit M. Lavallée.

Pour l'instant, cependant, il n'est pas question de placer des pièges à base de champignons partout dans la métropole. Les chercheurs ne font que vérifier s'ils sont efficaces. Et même si la Ville ou une autre entité voulait les déployer à grande échelle, il y resterait bien du travail à faire.

«L'une des contraintes est que le champignon avec lequel on travaille est considéré comme un microbe. Alors il y a tout un processus d'homologation géré par l'Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire de Santé Canada qui est lourd. Si demain matin une entreprise voulait faire cette homologation, il faudrait deux ans pour que le produit soit disponible», dit Claude Guertin.

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Une guêpe contre l'agrile

Pendant que Ressources naturelles Canada cherche à combattre l'agrile avec un champignon, la Ville de Montréal, de son côté, étudie la possibilité de lancer de toutes petites guêpes à ses trousses. La guêpe en question, appelée Tetrastichus planipennisi, pond ses oeufs dans les larves d'agrile, qui finissent par être littéralement mangées de l'intérieur. Pour l'instant, les chercheurs en sont aussi au stade de projets pilotes afin de tester l'efficacité de la méthode.