Un père de famille de Granby qui cultivait 247 plants de cannabis dans une « pièce secrète » de sa maison n’a pas réussi à convaincre le juge qu’il le faisait pour ses « douleurs chroniques ».

Publié le 17 janvier
Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse

L’homme vient d’écoper de dix mois d’emprisonnement, mais veut porter le jugement en appel. ll conteste notamment la légalité d’une perquisition effectuée chez lui.

Cette singulière histoire a commencé le 5 mars 2019. Ce jour-là, des policiers font une perquisition à Granby dans la résidence d’Éric Versailles.

Après avoir passé la maison au peigne fin, les limiers font la découverte d’une porte secrète située derrière le fond d’une armoire du sous-sol. La porte mène à une serre avec 24 lampes de type sodium haute pression et qui contient 247 plants de cannabis en floraison.

« Si [la serre] n’est pas entièrement automatisée et de dernier cri, elle n’est pas non plus le fruit d’un travail d’amateur, au contraire », note dans sa décision du 6 janvier dernier le juge Serge Champoux, de la Cour du Québec.

Un expert entendu par la cour a estimé que la serre avait coûté 24 000 $ à mettre en place, sans compter « la construction de la pièce secrète sous la dalle de béton du patio ».

Selon le jugement, l’électricité était subtilisée à Hydro-Québec grâce à un dispositif de détournement de courant. « C’est d’ailleurs de cette manière, entre autres, que la production de drogue de l’accusé est découverte », indique le juge.

La serre pouvait produire 114 livres de cannabis par année, selon l’expert. Cela correspond à environ 52 000 gros joints, ou l’équivalent de plus de 140 joints par jour.

Douleurs aux bras et aux mains

Éric Versailles a été reconnu coupable de culture illégale de cannabis en février 2021, en plus de possession de petites quantités de cocaïne et d’amphétamine.

Mais dernièrement, lors des plaidoiries sur la peine, ce travailleur de la construction a tenté de convaincre le magistrat, par l’entremise de son avocat, qu’il produisait ce cannabis pour sa consommation personnelle.

« Éric Versailles adopte la position suivant laquelle cette production de cannabis était destinée à son usage personnel et visait à soulager de prétendues douleurs chroniques aux bras et aux mains », écrit le juge.

« La preuve que j’ai entendue, la seule preuve présentée dans le dossier, montre qu’il n’y a aucun intérêt ou avantage à produire plus de 4 plants de cannabis à la fois, si on prétend en faire un usage thérapeutique », conclut le juge, qui n’a jamais cru cette version.

Le juge lance un avertissement : la légalisation du cannabis au pays en 2018 n’a pas permis tout et son contraire.

« Le législateur n’a aucunement banalisé cette substance. Il en a encadré la production et la vente afin d’éloigner le crime organisé de sa distribution », écrit le juge Champoux.

« La Loi sur le cannabis a renforcé, en général, les peines en la matière et les a rendues plus sévères, notamment pour la production. »

Au moment de rendre sa sentence le 6 janvier dernier, le magistrat n’a pas paru apprécier l’explication d’Éric Versailles, selon qui cette importante production n’était que pour lui.

« Cela met évidemment à mal sa crédibilité et son honnêteté. Cela implique aussi un silence, possiblement un silence complice. À qui destinait-il sa production ? », demande le juge.

Il s’est finalement rangé à la suggestion de la Couronne et a condamné M. Versailles à dix mois d’incarcération.

L’homme de Granby a été remis en liberté en attendant que la Cour d’appel tranche son recours.