(Québec) La Sûreté du Québec admet qu’elle aurait pu alerter la population plus rapidement à l’été 2020 lors de la disparition de Norah et Romy Carpentier, comme le signale la coroner dans son rapport dévoilé mercredi.

Mis à jour le 3 nov. 2021
Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse

« Avec le recul, avec les connaissances qu’on a du dossier, on est aussi d’avis qu’on aurait pu diffuser un communiqué ou un avis de recherche un peu plus rapidement », concède en entrevue le directeur des communications de la Sûreté du Québec (SQ), Patrice Cardinal.

La coroner Sophie Régnière note que les policiers ont perdu neuf heures d’un précieux temps avant de médiatiser la disparition de Norah et Romy Carpentier. Une erreur qui a pu être fatale, selon la coroner.

« On aurait maximisé les chances de les retrouver », a expliqué mercredi MSophie Régnière. Les fillettes de 11 et 6 ans ont finalement été tuées par leur père dans un boisé de Saint-Apollinaire, sur la rive sud de Québec.

Les policiers ont d’abord cru, rappelle la coroner, avoir affaire à un délit de fuite après avoir retrouvé la voiture accidentée de Martin Carpentier sur l’autoroute 20 le 8 juillet à 21 h 24.

Mais dès 6 h le lendemain, plusieurs indices pointaient vers un enlèvement. La conjointe du père a raconté par exemple aux enquêteurs avoir reçu des messages de celui-ci qui s’apparentaient à des adieux.

« Des petites filles en danger »

Il faudra toutefois de longues heures avant que l’alerte AMBER soit diffusée. Elle a été déclenchée à 13 h 20, mais diffusée seulement à 15 h. Le message original dépassait la limite des 300 caractères. Le délai s’explique en partie parce qu’il a dû être reformulé.

« À 6 h du matin, on ne cherche plus des gens perdus dans le bois, on recherche des petites filles en danger. Ce n’est pas pareil. L’urgence médiatique est là à 6 h », a dit MRégnière.

« Faites ce que vous voulez, appelez ça alerte AMBER, avis de disparition, faites n’importe quoi, mais faites-le. Vers 6 h du matin, c’est là qu’il fallait que ça se fasse », a-t-elle ajouté.

À 6 h le matin du 9 juillet, les filles de 6 et 11 ans étaient toujours en vie, selon l’enquête de la coroner. Elles seraient mortes en après-midi. Leur père les a frappées à la tête avec une branche. Il s’est ensuite donné la mort.

Une alerte dès le matin aurait donc pu changer l’issue du drame, même si c’est impossible à dire avec certitude.

« On aurait maximisé les chances de les retrouver. Mais la réaction que M. Carpentier aurait pu avoir avec l’intensification des recherches, on ne peut pas la prévoir, dit-elle. Mais on aurait pu maximiser nos chances. »

La SQ explique que ces évènements l’ont amenée à revoir sa manière d’émettre des alertes AMBER.

« Dans les dernières années, on déclenchait environ deux alertes AMBER au Québec annuellement. Dans la dernière année, on en a déjà déclenché six », illustre Patrice Cardinal.

« La nouvelle appréciation des critères nous emmène à déclencher plus rapidement. Ce sont des apprentissages qu’on a faits après les évènements de Norah et Romy Carpentier. »

Est-ce que la SQ a l’intention de s’excuser à la mère des fillettes, Amélie Lemieux ?

« On compatit beaucoup avec la mère de Norah et Romy. Pour la plupart, on est pères. J’en suis un, a avancé M. Cardinal. Il y a des apprentissages à faire avec les évènements. On l’a fait. Il faut le faire en toute transparence. On comprend son désarroi et on compatit. »

Le Collège fera un rappel aux médecins

Le travail du médecin de famille de M. Carpentier a aussi intéressé la coroner. Joint par les policiers, celui-ci a refusé de donner tout détail sur l’état de son patient. Or, dans des notes datées de juin 2020, soit un mois avant les faits, le médecin s’inquiétait que l’homme soit aux prises avec une dépression.

Cette information cruciale aurait pu aider les policiers à mieux évaluer la dangerosité de l’homme, souligne la coroner.

« Chez les avocats, dans notre code de déontologie, on a l’obligation de transmettre de l’information quand la sécurité ou la vie d’autrui est en danger, note MRégnière. Je sais que c’est comme ça aussi pour les médecins. »

Dans un courriel à La Presse, le Collège des médecins a indiqué qu’il allait mieux informer ses membres de cet enjeu.

« Le Collège rappellera aux médecins qu’ils sont relevés du secret professionnel pour prévenir un acte de violence, un suicide ou lorsqu’il y a un risque sérieux de mort ou de blessures graves et un sentiment d’urgence », a indiqué la porte-parole, Leslie Labranche.

L’Hôtel-Dieu de Lévis et le CHUL avaient aussi refusé de dire aux policiers si le père et ses filles avaient été admis aux urgences, prétextant la confidentialité de l’information, déplore la coroner. Elle demande à Québec d’envoyer une directive « sur le partage d’informations en contexte d’urgence ».