La Sûreté du Québec (SQ) a peut-être empêché un carnage dans une polyvalente de la Côte-Nord à la rentrée. Le 14 août, les agents ont arrêté un homme de 20 ans qui aurait eu l’intention de se rendre à l’école secondaire de Port-Cartier pour « tirer du monde » avec des armes semi-automatiques.

Hugo Joncas
Hugo Joncas La Presse

Aujourd’hui détenu, Dimitri Xenos attend son procès pour menaces de mort, port d’arme dans un dessein dangereux et possession de drogue.

Le jour de son arrestation, la SQ a aussi perquisitionné dans sa maison de la rue des Bouleaux, à Port-Cartier. La police y a trouvé trois armes de guerre, dont deux semi-automatiques s’apparentant au fameux AK-47 : une SKS russe et une carabine Norinco de type 81 chinoise. Les agents ont aussi saisi une Mosin-Nagant, utilisant un calibre encore plus fort, de même que trois chargeurs.

À la recherche de grenades

La Presse a mis la main sur la déclaration sous serment que la police a déposée pour obtenir son mandat de perquisition. Selon le document, Dimitri Xenos cherchait aussi à acquérir des explosifs.

« Hey sais-tu où je pourrais me procurer des grenades ? », aurait-il même demandé à une collègue.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE DIMITRI XENOS

La page Facebook de Dimitri Xenos contenait une photo de lui avec une carabine semi-automatique SKS comme celle que la police a saisie chez lui le 14 août.

La SQ a interrogé plusieurs employés du Pub St-Bernard, où il travaillait comme plongeur. L’un des témoins qu’a interrogés la police l’aurait entendu dire « cinq à dix fois » qu’il souhaitait décharger ses armes à l’école.

Son compte Facebook, aujourd’hui fermé, contenait une photo de lui posant dans un champ avec une carabine semi-automatique SKS comme celle que les policiers ont saisie chez lui.

Une tête mise à prix

Il aurait aussi confié à des connaissances qu’il souhaitait « mettre à prix » pour 2000 $ la tête d’une autre employée du Pub St-Bernard, qui avait refusé sa demande d’amitié sur Facebook.

C’est d’ailleurs une responsable de l’établissement qui a contacté la police. Selon elle, Dimitri Xenos était, « normalement, un employé sans problème ». Il serait toutefois devenu inquiétant dans les « deux, trois semaines » ayant précédé son appel.

« Le suspect lui a dit qu’il allait entrer à l’école et tirer partout et qu’il était sérieux », indique la déclaration sous serment policière, en mentionnant le Centre éducatif L’Abri, la polyvalente de Port-Cartier, qui compte environ 375 élèves.

Dimitri Xenos aurait aussi dit qu’il irait « au [café-théâtre Graffiti] et que s’il [entrait] là, de se coucher par terre ».

Selon la déclaration sous serment, il a aussi indiqué en riant s’être entraîné « sur des cibles qui bougent ».

Dimitri Xenos doit comparaître le 14 octobre au palais de justice de Sept-Îles. La cour a prononcé une ordonnance d’évaluation psychologique.

Très grands risques

Stéphane Leman-Langlois, criminologue à l’Université Laval, estime que les autorités doivent nécessairement prendre ce genre de menaces au sérieux. « Il y aurait eu de très grands risques qu’il passe à l’action », dit-il.

Le massacre annoncé n’aurait probablement pas eu l’ampleur que laissaient craindre les propos de Dimitri Xenos, croit-il cependant.

Souvent, ces gars-là vont faire des plans très, très spectaculaires et très, très gros, mais évidemment, ils ne sont pas capables de les réaliser. Ça n’empêche pas qu’il aurait pu tirer sur quelqu’un ou commettre un acte de violence, sans que ça soit aussi énorme que ce qu’il annonçait.

Stéphane Leman-Langlois, criminologue à l’Université Laval

Le directeur du Centre éducatif L’Abri, Marc Servant, se dit soulagé par l’intervention policière dans la ville de 6500 habitants.

« C’est sociétal. On n’est pas à l’abri, même à Port-Cartier. Mais on reste surpris quand même dans un petit milieu comme le nôtre. »

Il en profite pour devancer la simulation d’attaque qui doit être réalisée périodiquement. « Ça devait avoir lieu en novembre ; on l’a mise le 8 octobre », dit Marc Servant.

Dans le cadre de ces entraînements, les écoles mettent en pratique les procédures que conseillent les autorités en cas d’attaque : se cacher dans la classe, verrouiller les portes et fermer les lumières.

Seul le personnel participe à l’exercice, dit Marc Servant, pour ne pas traumatiser les élèves.