Hensley Jean prétendait dormir sur la banquette arrière de la voiture du tireur pendant la fusillade. Sa défense inusitée n’a visiblement pas été crue par le jury, qui l’a reconnu coupable mercredi de tentative de meurtre. Le « jeune leader » de Montréal-Nord risque maintenant la prison à vie pour ce « meurtre raté » visant la mauvaise personne.

Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

Samuel Indig était au mauvais endroit au mauvais moment, le 3 juin 2019, lorsqu’il a été atteint de deux balles dans le dos en revenant chez lui après minuit. Deux jours plus tôt, il avait déménagé avec sa famille dans cette résidence cossue de Saint-Eustache, louée à un ami d’enfance propriétaire de bar. Gravement blessé, Samuel Indig a frôlé la mort. Et si le pistolet artisanal de 16 pouces de Hensley Jean ne s’était pas enrayé, il aurait probablement connu sa dernière heure.

Une « erreur sur la personne », a affirmé la juge Hélène Di Salvo mercredi midi en entérinant le verdict de culpabilité prononcé par le jury au troisième jour de leurs délibérations au palais de justice de Saint-Jérôme. Pourtant si animé lors de son témoignage, Hensley Jean n’a pas bronché à l’écoute du verdict.

Selon la preuve de la poursuite, Hensley Jean et son complice, le chauffeur Jean Gérard Sterling III, ont attendu leur cible dans un véhicule pendant des heures. Le tireur est ensuite sorti de la voiture pour abattre la victime, puis a pris la fuite avec son complice. Le duo s’est fait pincer quelques minutes plus tard par la police, avec l’arme du crime à bord.

PHOTO DÉPOSÉE EN PREUVE À LA COUR

C’est devant cette maison de Saint-Eustache que Samuel Indig a été atteint par le tireur, le 3 juin 2019.

Pour sa défense, Hensley Jean a raconté au jury s’être retrouvé à Saint-Eustache par pur hasard, alors qu’un certain Karim Kouribibe devait le conduire chez lui à Saint-Henri. Pendant la « commission » de son ami, Hensley Jean a affirmé avoir dormi plusieurs heures dans le véhicule en raison de sa fatigue et de sa consommation de drogue. Précisons que cet « ami » n’avait jamais été nommé durant le procès.

« Ça doit être assez rare d’être impliqué dans une fusillade et de dormir dans un char. Vous n’avez pas été chanceux, le 3 juin [2019] », avait lancé Me Steve Baribeau, procureur aux poursuites criminelles et pénales.

Le contre-interrogatoire serré de la Couronne a d’ailleurs fait ressortir de nombreuses invraisemblances et contradictions dans son récit, lequel n’a pas suscité de doute raisonnable dans l’esprit du jury. Par ailleurs, le jury ignorait que son complice Jean Gérard Sterling III avait été condamné à 10 ans de pénitencier l’automne dernier pour son implication dans ce crime « ignoble ».

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Jean Gérard Sterling III

Dès l’annonce du verdict mercredi, MBaribeau a annoncé au tribunal son intention de réclamer une peine d’emprisonnement à vie contre Hensley Jean. Le procureur entend présenter en preuve des rapports « pertinents » des services de renseignements du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). « Deux enquêteurs sont à temps plein là-dessus », a précisé MBaribeau.

« La preuve dans ce dossier était écrasante et accablante et c’est sans surprise que nous avons accueilli la décision du jury », a commenté MBaribeau, qui faisait équipe avec MVanessa Dorval.

MNoémi Tellier et MMarion Burelle représentent l’accusé. Les observations sur la peine sont prévues la semaine prochaine.