Est-ce que la cavale de Claude Gauthier, qui a duré sept ans durant les procédures de l’opération SharQc, peut servir à établir le caractère du Hells Angels et être considérée dans la détermination de la peine qui lui sera imposée ? C’est ce que le juge Claude Leblond de la Cour du Québec devra décider, après avoir entendu jeudi les arguments de la poursuite et de la défense.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Gauthier, 52 ans, a été arrêté en 2019 dans le cadre d’une enquête baptisée Orque menée par l’Escouade de répression du crime organisé (ENRCO) de la Sûreté du Québec.

En novembre dernier, il a été reconnu coupable de gangstérisme, complot, trafic de stupéfiants et recel, et la cause en est maintenant à l’étape des observations sur la peine.

Le juge devra entendre les deux parties avant de déterminer la durée de celle-ci. Durant les plaidoiries, la poursuite, assurée par MMarie-France-Drolet, souhaite faire témoigner un enquêteur au sujet de la longue cavale de Gauthier, mais l’avocate du motard, MAnnie Lahaise, s’y oppose.

Volatilisé le 15 avril 2009

MDrolet a raconté jeudi que le jour de l’opération SharQc, le 15 avril 2009, un enquêteur s’est rendu chez Gauthier, à Nicolet, pour l’arrêter, mais il n’y était pas.

Deux femmes se trouvaient sur place et n’ont pas fourni d’information sur le lieu où se trouvait le motard.

L’enquêteur a tenté de le joindre à deux reprises sur son téléphone, mais l’appareil semblait éteint.

Un mandat d’arrestation a alors été lancé contre Gauthier pour complot, meurtres et trafic de stupéfiants.

Des informations reçues du public et de sources indiquaient que Gauthier se serait caché avec un autre Hells Angels en cavale, Marcellin Morin, ou se serait trouvé à l’étranger.

Le motard s’est ensuite retrouvé sur la liste des criminels recherchés au Canada, au Mexique, en Équateur et en République dominicaine, en vain.

Le 15 décembre 2016, la poursuite a annoncé qu’elle mettait fin aux procédures contre Gauthier et le mandat d’arrêt a été rayé.

Cinq mois plus tard, le 6 mai 2017, Gauthier a été vu pour la première fois en huit ans par les policiers, lors de la première sortie en moto estivale (First Run) des Hells Angels québécois, portant sa veste de la section de Trois-Rivières.

Bataille d’arguments

La poursuite anticipe que la défense, à l’étape de la détermination de la peine prévue à la fin février, plaidera le fait que Gauthier n’a pas commis de crime significatif depuis 2003, avant d’être arrêté dans Orque, seize ans plus tard.

MDrolet réplique que Gauthier a fui la justice durant sept ans et que sa cavale devient ainsi pertinente pour établir le caractère de l’accusé, un élément que considère normalement un juge au stade de la détermination de la peine.

« Il ne s’est pas réhabilité entre 2009 et 2016, bien au contraire. Il a fui la justice et n’a pas nécessairement été un bon citoyen », a notamment plaidé MDrolet.

Pour MLahaise, la preuve sur la cavale que veut présenter sa consœur est « non pertinente et préjudiciable », et les éléments de SharQc ne doivent pas être pris en compte puisqu’ils se sont soldés par un arrêt des procédures.

« La poursuite veut déposer une preuve émanant de procédures qui n’ont jamais été engagées et qui n’ont jamais existées », a argumenté MLahaise.

« Il y a des indices qu’il y a quelque chose quand même », a laissé échapper le juge Leblond, visiblement perplexe.

« M. Gauthier fait face à des accusations graves dans un contexte qui est connu de tout le monde (SharQc). Le jour de SharQc, les policiers ne sont plus capables de le trouver alors qu’ils savaient où il se trouvait avant. Ensuite, on ne le revoit que lorsqu’il y a un arrêt des procédures », a exposé le magistrat à MLahaise.

Très alerte, le juge Leblond a mis à l’épreuve les arguments des deux avocates et il rendra sa décision ultérieurement.

Dans sa position habituelle, les bras croisés, Gauthier a suivi les débats avec attention, par visioconférence, à partir de la prison où il est détenu.

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