Une ex-enseignante de 81 ans condamnée à un an de prison l’hiver dernier pour avoir agressé sexuellement un élève d’une école de primaire de Montréal dans les années 80 a déjà recouvré la liberté, même si elle nie maintenant ses crimes et jette tout le blâme sur ses victimes.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Après avoir passé deux mois derrière les barreaux, Colette Casaubon a été remise en liberté à la mi-avril par la Commission des libérations conditionnelles du Québec, notamment en raison de son risque de récidive « faible ». Comme elle avait purgé le sixième de sa peine, elle était admissible à une sortie préparatoire à la libération conditionnelle.

Accrochée à sa canne, la criminelle octogénaire a pris la route de la prison le 11 février dernier, alors qu’elle peinait à marcher et à entendre. L’enseignante retraitée a plaidé coupable l’an dernier à deux chefs d’accusation de grossière indécence pour des crimes sexuels commis pendant l’année scolaire 1981-1982 sur des élèves de sixième année d’une école d’Outremont.

Ses quelques semaines en prison semblent toutefois avoir eu un effet mitigé sur son processus de réinsertion sociale, puisqu’elle projette « l’entièreté du blâme sur les victimes », malgré sa reconnaissance de culpabilité. Sa principale victime est pourtant tombée dans une spirale autodestructrice pendant des années à la suite de cette agression traumatisante.

« Vous ne reconnaissez pas votre culpabilité et blâmez les autres », déplorent les commissaires dans leur décision. Colette Casaubon livre une version des faits « peu crédible » et refuse d’admettre avoir « adopté un comportement déplacé » envers ses élèves à l’époque, selon ses intervenants.

Pendant sa détention, l’octogénaire n’a participé qu’à une journée de son programme de réinsertion, relève la Commission. La détenue fait toutefois valoir qu’elle est « sourde » et que les propos des participantes et de l’intervenant lui parvenaient en « écho » et qu’il était « difficile de comprendre » le contenu de l’atelier.

« Les faits sont niés et vous vous placez en situation de victime quant aux gestes reprochés sur des enfants […]. Il y a présence de distorsions cognitives dans votre discours. Il n’y a pas eu de démarche de conscientisation d’entamée », souligne la Commission.

Pendant sa remise en liberté, la dame de 81 ans entend poursuivre ses activités de scrapbooking et de lecture. Elle a aussi un intérêt pour améliorer ses connaissances en informatique lorsque la situation sanitaire le permettra. Pendant le reste de sa peine et de sa période de probation de deux ans, elle devra respecter plusieurs conditions de libération.

« Descente aux enfers »

Colette Casaubon était âgée de 42 ans, lorsqu’elle a dansé un « slow » avec sa victime de 12 ans pendant une fête à l’école primaire Lajoie à Outremont. « Elle se collait, se frottait sur lui, son bassin contre son pénis, le caressait de chaque côté de son corps. Il sentait les lèvres dans son cou », a résumé la poursuite l’an dernier.

L’enseignante a ensuite invité le garçon chez elle. Ils ont bu une bière et dansé un autre « slow » suggestif. Elle a ensuite fait une fellation à la victime, puis ils ont eu une relation sexuelle complète. Une soirée qui l’a fait « devenir un homme », lui dira-t-elle plus tard. L’ex-enseignante avait également permis aux garçons de sa classe de toucher ses seins pour leur montrer le résultat de sa réduction mammaire.

Maintenant âgée de 50 ans, la victime de Casaubon a vécu une véritable « descente aux enfers ». Dans un témoignage crève-cœur, l’homme a raconté en février avoir « tout perdu » et s’être retrouvé dans la rue pendant des années. Il a toujours le « sentiment d’être un être humain défectueux et incompétent » et affirme que « les dommages sont permanents ».

« Depuis 38 ans… je vis des conséquences permanentes par rapport aux évènements qui se sont déroulés dans ma jeunesse. À mes 12 ans, j’ai connu l’alcool, puis un an plus tard, j’ai mélangé la drogue et les médicaments. Ces trois substances m’ont suivi jusqu’à mes 25 ans », avait-il témoigné en cour.

Dans sa décision de février dernier, la juge Karine Giguère a rappelé que l’âge d’un agresseur n’était pas synonyme de clémence. « Malgré l’écoulement du temps, malgré votre âge, il faut que le message passe pour dire que ce n’est pas parce que quelqu’un tarde à dénoncer son agresseur que son agresseur a plus de chances de s’en sauver sans détention. C’est difficile pour les victimes de dénoncer », a conclu la juge.