Témoignant avec aplomb lors du premier jour du procès d’Éric Salvail, lundi, Donald Duguay a soutenu avoir été « traqué comme un animal, piégé » par l’ancien animateur, et ce, dès le premier jour où il a fait sa connaissance à Radio-Canada en 1993. Le plaignant a raconté en détail plusieurs évènements, dont la fois où l’ancien animateur se serait masturbé devant lui, ainsi qu’une autre fois où il dit avoir « échappé au viol de presque rien » dans des toilettes.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Bronzé, barbe naissante et vêtu d’un complet cintré, Éric Salvail est apparu serein et souriant à la première journée de son procès. Assis au premier rang de la salle d’audience, il était très attentif tout au long de la journée, prenant parfois des notes dans un carnet. Pendant les pauses de l’audience, il n’a pas voulu s’adresser aux nombreux journalistes qui couvrent son procès. L’ex-animateur d’En mode Salvail et des Recettes pompettes est accusé d’agression sexuelle, de harcèlement criminel et de séquestration à l’endroit de Donald Duguay, qui a tenu à être nommé publiquement.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Donald Duguay, témoin principal au procès d’Éric Salvail

Le plaignant, qui a célébré son 47e anniversaire dimanche dernier, était employée au service du courrier de Radio-Canada en avril 1993. C’est à ce moment-là qu’il a rencontré Éric Salvail, alors qu’il venait d’être embauché dans cette division. « Les problèmes avec Éric Salvail ont commencé dès le premier matin », a-t-il évoqué lors de son témoignage au palais de justice de Montréal.

« J’appelle ça : l’été du harcèlement », a d’ailleurs dit Donald Duguay au juge Alexandre Dalmau. Une période où il s’est senti « traqué comme un animal » et où il a eu « excessivement peur [d’une] agression sexuelle ».

Dans les mois qui ont suivi, les évènements se sont accumulés rapidement.

Uniquement pour les mois de juillet et d’août, le plaignant a parlé d’une vingtaine d’attouchements et d’une quarantaine de commentaires désobligeants de la part d’Éric Salvail.

Il a raconté qu’une amie venait le chercher à la sortie de Radio-Canada pour assurer sa sécurité.

Un samedi où le bureau était vide et qu’il devait travailler, il a aussi demandé à sa sœur cadette de l’accompagner à Radio-Canada pour toute la journée pour qu’il ne se retrouve pas seul avec Éric Salvail. Ce dernier est d’ailleurs passé au bureau ce jour-là, comme il le craignait, a affirmé le témoin.

Parmi les incidents relatés par Donald Duguay, il y a aussi une fois où l’ex-animateur aurait sorti « son pénis en érection » au bureau et qu’il se serait « masturbé » devant lui, exigeant « un petit quickie » avec lui, c’est-à-dire un acte sexuel rapide. « J’ai vraiment senti ça comme une agression sexuelle », a confié M. Duguay lorsqu’il était questionné par la procureure de la poursuite Amélie Rivard.

« Constamment déplacé »

Dans son témoignage, il a d’ailleurs été question à plusieurs reprises des demandes d’Éric Salvail de faire des « quickies », par exemple à l’heure du midi.

« Il était constamment déplacé », a évoqué le témoin principal. « Des trucs qu’on pourrait voir dans un bar à 3 h du matin, mais pas dans un milieu de travail. Surtout pas à Radio-Canada », a-t-il ajouté.

Les évènements ont culminé le 29 octobre, selon la victime présumée, toujours à Radio-Canada. Puisque les employés étaient invités à se déguiser pour célébrer l’Halloween, Donald Duguay s’était fabriqué un costume « moulant » disco avec des souliers plateformes.

Le principal témoin a relaté qu’Éric Salvail — qui n’était pas déguisé — l’a apostrophé en lui disant : « Ce costume-là te fait un beau p’tit-cul. Je le sais que tu fais exprès. »

Quelques heures plus tard, alors que le plaignant était dans des toilettes au sous-sol, l’ex-vedette est entrée et l’a rejoint à l’urinoir. M. Salvail a alors sorti son sexe et lui a demandé de le toucher, affirme M. Duguay.

Le plaignant a dit qu’il a refusé les avances de l’ex-animateur et qu’il a « remonté son pantalon » avant d’aller se laver les mains à un des lavabos.

D’après ce qu’a dit M. Duguay, les deux hommes se sont alors bousculés et il y a eu des attouchements. Entre autres, Éric Salvail l’a « embrassé partout » et il « se frottait » sur lui, a-t-il dit au juge. Après avoir essayé de « pogner » son pénis pour le lui « arracher », le témoin a dit qu’il a réussi à sortir des toilettes.

« C’est la pire expérience que j’ai vécue », a relaté le témoin. « J’ai échappé au viol de presque rien », a-t-il ajouté, en précisant qu’il avait ensuite raconté ce qui s’était passé à des collègues.

Dans son témoignage, Donald Duguay a aussi indiqué que c’est après avoir lu l’enquête de La Presse, dans laquelle 11 personnes ont confié avoir subi des gestes sexuels déplacés de la part d’Éric Salvail ou en avoir été témoins, qu’il a décidé de porter plainte à la police.

Contre-interrogatoire

L’après-midi du premier jour du procès a été consacré au contre-interrogatoire du plaignant. L’avocat de M. Salvail, Me Michel Massicotte, a tenté de démontrer — d’un ton ferme, incisif et à l’occasion pugnace — les contradictions dans les différentes déclarations de Donald Duguay.

Par exemple, alors que Donald Duguay soutient qu’Éric Salvail travaillait au service du courrier entre avril et juin 1993, Me Massicotte a suggéré que c’était faux. Que l’accusé ne travaillait pas dans cette division à cette époque.

Parmi les autres contradictions évoquées par l’avocat de l’ex-vedette de V, plusieurs se rapportent à l’incident des toilettes raconté lors du témoignage. 

Le plaignant a dit qu’il y avait deux urinoirs dans de précédentes déclarations, notamment, alors qu’il dit maintenant qu’il n’y en avait qu’un.

Me Massicotte lui a d’ailleurs suggéré que lors de l’enregistrement de Tout le monde en parle en 2019, M. Duguay est retourné dans ces toilettes et que c’est à ce moment-là qu’il a réalisé qu’il y avait seulement un urinoir. Et qu’alors, il a changé sa version des faits. Le plaignant n’a pas nié qu’il était bel et bien allé voir la salle de bains, lors de son passage à la grand-messe du dimanche. Et qu’effectivement, il a constaté qu’il y avait un urinoir.

Toujours lors de cet évènement dans les toilettes, le plaignant a dit qu’il s’était lavé les mains pendant « 10-20 secondes ». L’avocat de Salvail lui a signalé qu’à l’enquête préliminaire, il avait plutôt parlé de « 30 secondes ». Encore là, le principal témoin n’a pas nié qu’il a peut-être dit précédemment qu’il avait mis 30 secondes à se laver les mains.

Le contre-interrogatoire se poursuit mardi.