Difficile de passer inaperçu en tirant des coups de feu en plein jour dans les rues de Montréal. Mais par un pur hasard, le meurtre de Joseph Sarikakis s’est pratiquement déroulé sous les yeux d’un policier en filature, il y a trois ans. Suivi par ces agents de l’ombre, le meurtrier s’est fait prendre la main dans le sac à se débarrasser des preuves du crime tout au long de la journée.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

C’est ce scénario hollywoodien qu’a présenté mercredi au jury le procureur de la Couronne au procès pour meurtre au premier degré de Youness Aithaqi, au palais de justice de Montréal. « M. Aithaqi a bel et bien prémédité le meurtre de Joseph Sarikakis. Le 18 août 2016, en pleine rue et en plein soleil, il est passé à l’acte en lui tirant plusieurs projectiles d’arme à feu », a résumé Me Alexis Dinelle dans son exposé introductif.

Plusieurs témoins se trouvaient à proximité dans la petite rue Maurice-Lebel, dans Ahuntsic-Cartierville, dont l’agent Stéphane Riou du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Ce policier, habillé en civil ce jour-là, participait à la surveillance d’un homme qui n’avait rien à voir avec le meurtre. Alors qu’il circulait sur le boulevard de l’Acadie, le policier en filature a entendu quatre détonations à sa gauche, selon la Couronne.

« Il va regarder et se rendre compte qu’il y a un homme avec une veste de construction et une casquette, le bras allongé vers un véhicule, et va entendre deux autres détonations », a expliqué au jury Me Dinelle, en mimant d’une main un pistolet.

Témoin en direct du crime, l’agent Riou a demandé à son équipe de surveillance de suivre le suspect qui venait de repartir à bord d’une Hyundai. À Pointe-Claire, dans l’ouest de Montréal, Youness Aithaqi s’est ensuite arrêté pour changer sa plaque d’immatriculation, viendra raconter l’agent Riou lors de son témoignage dans le procès.

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Youness Aithaqi, accusé du meurtre de Joseph Sarikakis en août 2016.

D’autres policiers ont poursuivi la filature du suspect jusqu’à L’Île-Bizard, où l’arme à feu utilisée pour abattre M. Sarikakis sera retrouvée le lendemain. Les agents ont ensuite suivi le suspect jusqu’à un restaurant du boulevard Gouin. Dans les poubelles, une veste de construction et une casquette avec l’ADN de l’accusé seront retrouvées, a poursuivi Me Dinelle dans son exposé. L’accusé sera finalement arrêté à la suite d’une rencontre avec un homme sur le boulevard de Pierrefonds.

Le premier témoin de la Couronne mercredi a présenté au jury des photos de la scène de crime. Il a expliqué que 11 douilles avaient été prélevées sur la scène. Le procès prévu pour plusieurs semaines se poursuit ce jeudi devant la juge Myriam Lachance de la Cour supérieure du Québec. Me Nadia Bérubé fait équipe avec Me Dinelle pour la Couronne, alors que l’accusé est défendu par Me Cristina Nedelcu, Me Mylène Lareau et Me Jean-Pierre Sharpe.