Une cégépienne sans histoire aux prises avec un trouble de l’attachement a admis avoir agi par pure loyauté en aidant son copain à transporter le corps d’un sexagénaire qu’il venait de tuer et démembrer. Zoé Boutin risque désormais un an d’incarcération dans la collectivité pour outrage à un cadavre.

La jeune femme âgée de 18 ans au moment du meurtre avait été accusée de complicité après le fait dans le meurtre de Luc Lafontaine, retrouvé mort à Saint-Basile-le-Grand, en Montérégie à l’automne 2022.

Rappelons que Nicolas Côté, 20 ans, a plaidé coupable à des chefs de meurtre au second degré, notamment, pour avoir tué l’homme de 64 ans. Le tueur semblait vouloir venger un ami qui aurait été agressé sexuellement par la victime, selon les faits relatés en mars dernier. Nicolas Côté et Zoé Boutin ont tenté de se débarrasser du corps.

Mme Boutin avait finalement plaidé coupable en janvier dernier à des accusations d’outrage à un cadavre en lien avec ce sordide dossier.

Elle a admis avoir voulu aider et protéger son copain de l’époque, Nicolas Côté. « À ce moment-là, j’étais très attachée à lui », a-t-elle expliqué vendredi devant le juge Serge Délisle au palais de justice de Longueuil.

À un moment donné, il y a eu une voix dans ma tête qui m’a dit : "Tu t’es vraiment mise dans la merde."

Zoé Boutin, dans son témoignage de vendredi

Zoé Boutin a agi « par loyauté » en aidant son amoureux à se débarrasser du corps démembré de Luc Lafontaine, selon le portrait dressé par la procureure MSylvie Villeneuve lors des observations sur la peine.

Un trouble d’attachement « énorme »

Zoé Boutin avait été arrêtée par les policiers et détenue pendant quatre jours peu après les faits. Selon la jeune complice, cette période où elle a eu de la difficulté à dormir l’a fait réfléchir aux évènements.

Elle affirme avoir ressenti une certaine pression émotive d’aider Nicolas Côté, qu’elle considérait comme son amoureux depuis quelques mois. Ce dernier la voyait davantage comme « une fréquentation », a-t-elle confirmé en salle d’audience.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Zoé Boutin, au palais de justice vendredi

« J’ai un trouble d’attachement énorme. Je veux aider tout le monde, peu importe, la [façon], dû au manque d’affection que je ressens », a-t-elle expliqué au juge à travers quelques sanglots.

« Ça me détruit d’avoir contribué à un aussi grand mal. J’ai beaucoup de remords. »

Meurtre sordide

Les autorités signalent la disparition de la victime dans la soixantaine le 23 octobre 2022. La même soirée, aux alentours de 23 h, Nicolas Côté demande à Zoé Boutin de déplacer des sacs d’ordures dans un conteneur. La jeune fille ignore alors que les sacs contiennent le corps du défunt, Luc Lafontaine.

Mme Boutin conduit ensuite son copain au poste de police à la demande du jeune homme.

Elle lui demande plus d’explications en revenant le chercher. C’est à ce moment qu’elle apprend ce que les sacs contenaient et le contexte du meurtre.

Le lendemain, il la retrouve au cégep et revient sur la soirée, expliquant qu’il faut déplacer les sacs une seconde fois.

Selon les faits admis en cour, elle lui dit qu’elle gardera le secret « par loyauté. » « Je vais t’aider, mais je ne vais pas être là pour le reste », a-t-elle dit au jeune meurtrier.

Ils vont chercher un canot et elle l’aide à transporter les sacs remplis du cadavre, cette fois-ci en ayant connaissance de ce qu’ils cachent. « Je ne pourrais pas expliquer pourquoi je ne me suis pas sortie de là. C’est comme si je me laissais emporter par le courant. J’étais dans le déni », a expliqué la jeune femme vendredi.

Le ministère public demande une peine d’un an d’incarcération purgée dans la collectivité avec travaux communautaires et couvre-feu.

La procureure MSylvie Villeneuve a notamment mentionné un rapport présentenciel positif. Elle a décrit une jeune femme influençable « avec des choses à travailler », dotée d’un excellent potentiel de réhabilitation.

Elle a rappelé que malgré son désir initial de protéger son amoureux, elle a fini par collaborer avec les autorités. « Ça a permis d’incriminer le meurtrier. »

L’avocat de Mme Boutin, MMartin Latour, a suggéré au juge une absolution conditionnelle.

« C’est assez insidieux, la manière dont elle est impliquée là-dedans », a expliqué le criminaliste, réitérant qu’elle a d’abord transporté un corps sans le savoir.

Sa cliente souffre d’un profond trouble d’attachement, a-t-il souligné au juge. Ce dernier a tout de même évoqué le fait que Zoé Boutin a eu le temps de réfléchir pendant la nuit et qu’elle a été prise sur le fait en essayant de cacher le corps près du lac.

Le juge annoncera la date de sa décision le 6 septembre prochain.