(Québec) La Directrice des poursuites criminelles et pénales, Annick Murphy, sort de son mutisme et revient, dans une lettre publiée dans Le Devoir, sur les raisons de son départ hâtif à la retraite, annoncé il y a une semaine. Elle assure que sa décision « n’a rien à voir » avec les dossiers impliquant le grand patron de la Sûreté du Québec Martin Prud’homme ni celui de Nathalie Normandeau.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

L’annonce du départ surprise de la directrice du DPCP, le jour de l’élection américaine, a soulevé bien des questions, notamment chez les partis d’opposition à l’Assemblée nationale, qui ont réclamé que cette dernière éclaircisse publiquement son choix de quitter hâtivement ses fonctions pour la retraite.

« Ces derniers jours ont été extrêmement éprouvants pour moi, compte tenu des commentaires mettant en doute la légitimité de mes motivations et donnant l’impression de fuite en avant », écrit la principale intéressée dans une lettre ouverte publiée mardi.

« Ceux-ci me visent personnellement certes, mais aussi l’institution du DPCP et, par ricochet, l’ensemble de ses membres. C’est ce qui me donne envie de rectifier les faits, dans les limites des règles qui visent à préserver l’intégrité des enquêtes policières et procédures en cours ou à venir », ajoute-t-elle.

MMurphy note que « deux sujets ont principalement été abordés en lien » avec son départ : « le dossier de Mme Normandeau et la situation de M. Prud’homme ».

Le 26 octobre dernier, le DPCP a fait savoir qu’il ne contesterait pas l’arrêt des procédures – ordonné le 25 septembre – dans la cause impliquant l’ancienne ministre libérale et cinq co-accusés. Il s’agissait d’un nouveau revers pour l’Unité permanente anticorruption (UPAC).

« La lecture du jugement prononcé par le juge André Perreault permet de constater que l’arrêt des procédures n’a absolument rien à voir avec le travail du DPCP », fait valoir MMurphy. « Bien que je comprenne et partage la déception des citoyens quant au dénouement du dossier, […] je ne vois rien à dire de plus que ce qu’on peut lire dans le jugement », poursuit-elle.

En ce qui a trait au dossier de Martin Prud’homme, MMurphy affirme qu’elle doit « pour le moment » s’abstenir de « rectifier ou de commenter les faits qui ont été véhiculés dans les médias ».

« Je peux cependant affirmer que mon départ à la retraite n’a rien à voir avec cette affaire. Je vais demeurer disponible d’ici mon départ et au-delà, si ma participation s’avère requise dans le cadre du processus prévu par la loi », écrit MMurphy.

MMurphy avait porté plainte en février 2019 contre le directeur de la Sûreté du Québec à la suite d’une conversation téléphonique qu’elle avait eue avec lui 16 mois plus tôt. M. Prud’homme a été blanchi de toute allégation criminelle, mais il est toujours suspendu. L’affaire est revenue dans l’actualité à la mi-octobre alors que la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a enclenché le processus pouvant mener à sa destitution en transmettant son dossier à la Commission de la fonction publique.

Annick Murphy réitère dans sa missive qu’elle a informé « verbalement et par lettre » le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, de sa décision de prendre sa retraite le 2 février 2021. « Cette date a valeur de symbole pour moi puisque 40 ans se seront écoulés depuis mon premier jour au service de l’État, à la poursuite publique », souligne-t-elle.

« Comme cela est exigé par mes conditions de travail, je devais respecter un avis de trois mois. Ce que j’ai fait. Il n’y a donc aucun lien avec l’élection américaine ou le dénouement ou non de dossier en cours. Je ne me dérobe pas et je vais continuer de diriger le DPCP jusqu’à ce moment que j’ai choisi en toute légitimité », martèle-t-elle.

MAnnick Murphy, âgée de 63 ans, quitte ses fonctions avant la fin de son mandat pour des raisons personnelles et familiales. Le mandat de MMurphy devait initialement se terminer en 2022.

Me Murphy n'accordera pas d'entrevue, a fait savoir mardi le DPCP. On indique que la publication d'une lettre ouverte est la «formule de communication choisie par Me Murphy» à ce stade.

Les partis d’opposition affirmaient la semaine dernière que le départ hâtif de MMurphy pouvait semer des doutes dans l’esprit des gens, rappelant le départ, sans explications, de l’ex-grand parton de l’UPAC, Robert Lafrenière, le jour même des élections générales le 1er octobre 2018.

Le Parti québécois réclamait notamment que MMurphy soit invitée à venir s’expliquer sur plusieurs dossiers, notamment celui de son départ surprise et l’affaire Normandeau, en commission parlementaire avant le 11 décembre. La proposition a été rejetée par le gouvernement.