Le jury a tranché : Simon Brind’Amour a été reconnu coupable du meurtre au second degré de Josiane Arguin dimanche après-midi après quatre jours de délibérations. Le Montréalais écope donc de la prison à vie pour avoir tué sa conjointe à coups de queue de billard dans un contexte de violence conjugale.

Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

Le jury a également reconnu coupable le meurtrier d’outrage à un cadavre, puisqu’il s’est débarrassé du corps de Josiane Arguin aux ordures. Il revient maintenant à la juge Hélène di Salvo de lui imposer une période d’inadmissibilité à la libération conditionnelle. Le jury a refusé de se prononcer à ce sujet après avoir rendu le verdict.

Au terme d’un procès de presque deux mois, le jury a déterminé que Simon Brind’Amour avait bien eu l’intention requise de tuer Josiane Arguin, le 1er septembre 2018, dans leur résidence du quartier Parc-Extension, à Montréal. Le récit de l’homme de 39 ans n’a donc pas permis de susciter un doute raisonnable sur sa responsabilité dans l’esprit du jury.

Le meurtrier tentait en effet d’obtenir un verdict d’homicide involontaire qui lui aurait permis d’éviter la prison à perpétuité. Selon la défense, le cerveau de Simon Brind’Amour a « craqué » quelques secondes avant de tuer Josiane Arguin. Le psychiatre de la défense lui a diagnostiqué un épisode de « dissociation » au moment fatidique. Une conclusion rejetée par l’expert de la Couronne.

COURTOISIE FAMILLE

Josiane Arguin, 34 ans, a été tuée le 1er septembre 2018 à Montréal.

Simon Brind’Amour a témoigné au procès n’avoir aucun souvenir d’avoir frappé sa conjointe de 34 ans ce matin-là. Il a même affirmé que sa conjointe était toujours en vie lorsqu’il a repris ses esprits. Pendant son témoignage de plusieurs jours, il a également dépeint Josiane Arguin comme une femme instable, agressive et droguée. Un récit vraisemblablement rejeté par les jurés.

Il semble clair, selon la preuve, que le contexte de violence conjugale est au cœur de ce meurtre. Aux dires même de Simon Brind’Amour, quelques secondes avant le meurtre, Josiane Arguin criait ces troublantes paroles en tentant de sortir de la cour arrière : « Je suis une femme battue ! » Queue de billard à la main, Simon Brind’Amour a rétorqué ceci : « Si tu veux être une femme battue, tu vas savoir c’est quoi être une femme battue. »

Absence du corps de la victime

La particularité de ce procès découle de l’absence du corps de la victime. Comment prouver un meurtre sans dépouille ? Ainsi, la preuve de la Couronne reposait essentiellement sur les aveux de l’accusé à son ex-conjointe Sandra Cormier et aux policiers, lors de son arrestation. Dans les deux cas, Simon Brind’Amour avait avoué avoir tué Josiane Arguin avec une queue de billard. Sauf que les récits différaient légèrement, à l’exception d’une disparité majeure : il aurait aussi utilisé un bâton de baseball pour tuer Josiane Arguin, selon la version de Sandra Cormier.

Rappelons que Simon Brind’Amour a menti pendant deux mois à ses proches et aux policiers à l’automne 2018. Pendant cette période, il a même participé aux recherches pour retrouver Josiane Arguin, dont il avait rapporté la disparition. Le corps de la jeune femme était alors caché dans son garage, ou déjà aux ordures.

En déclarant coupable Brind’Amour d’outrage à un cadavre, le jury semble d’ailleurs retenir la version de l’accusé concernant le sort de la dépouille. Le meurtrier a raconté avoir conservé le corps de sa conjointe, enroulé dans des couches de plastique, pendant quelques jours dans leur maison. Il a ensuite nettoyé la scène à la « Dexter ». Il a finalement placé le corps dans un sac de hockey, est monté dans un autobus et a jeté la dépouille dans une benne à ordure près de l’autoroute Métropolitaine.

Les observations sur la peine auront lieu le 26 novembre prochain au palais de justice de Montréal. Selon la jurisprudence, les hommes coupables du meurtre au second degré de leur conjointe écopent généralement d’une période d’inadmissibilité avant la libération conditionnelle de 11 à 14 ans. Le chef d’outrage à un cadavre pourrait toutefois valoir une peine plus sévère à Simon Brind’Amour.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Sur la photo, le procureur MLouis Bouthillier, tout à gauche. La mère de Josiane Arguin, Gaétane Gilbert (masque bleu), console des membres de sa famille lors d’une pause des audiences.

« Nous saluons le travail du jury et nous espérons que les verdicts puissent amener du réconfort à la famille et aux amis de la victime », a commenté la procureure de la Couronne MKatherine Brabant, qui fait équipe avec le vétéran MLouis Bouthillier. En défense, MMaxime Raymond et MDavid Robert Temim représentent l’accusé.