Malgré qu’il ait été victime d’un événement qui a toutes les apparences d’une tentative de meurtre il y a un an, Sergio Piccirilli a demandé sa libération conditionnelle, mais a été débouté par les commissaires, à la fin du mois dernier.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Piccirilli, 60 ans, dont le surnom est Grizzly, purge depuis 2016 une peine de 15 ans pour gangstérisme, complot, trafic de drogues et possession d’une arme.

L’homme s’était fait connaître de la police au milieu des années 2000, alors qu’il est devenu l’acteur important d’un conflit qui a failli dégénérer en guerre ouverte entre les clans Rizzuto et D’Amico de la mafia, et dont les limiers de l’enquête Colisée de la GRC sont devenus malgré eux des témoins privilégiés.

« Ce gars-là a des couilles », a dit, sur les lignes d’écoute de la police, l’homme d’honneur Francesco Arcadi à un complice, après que Piccirilli soit entré dans le quartier général des Siciliens, le bar Consenza, sur la rue Jarry, et eut exhibé un pistolet.

Plus tard, un sergent de la GRC s’est rendu chez Piccirilli pour le prévenir qu’un contrat avait été mis sur sa tête.

« Que puis-je faire pour t’aider ? », lui a demandé le policier.

« Envoie-moi des fleurs », lui a répondu Piccirilli.

C’est le jour même que Piccirilli a appelé une ancienne conjointe, Sharon Simon, la Reine de Kanesatake, et lui a demandé de lui apporter une mitraillette.

Simon a été arrêtée et Piccirilli accusé de possession d’arme, après avoir été appréhendé en 2006 avec d’autres individus dans un projet de l’Unité mixte contre le crime organisé autochtone (UMÉCO-A) de la GRC baptisé Cléopâtre.

C’est parce que Piccirilli a bénéficié d’un arrêt des procédures lors d’un premier procès et que la cause s’est rendue jusqu’en Cour suprême qu’il a été condamné seulement dix ans plus tard.

Des informations veulent que Piccirilli aurait déjà été membre des unités spéciales des Forces armées canadiennes, mais l’homme est peu loquace à ce sujet, si c’est le cas.

Une histoire de lettres

Sergio Piccirilli est considéré par les autorités comme ayant à la fois des liens avec la mafia et les motards.

Il est l’un des membres fondateurs des Devils Ghosts, un club école des Hells Angels, mais Piccirilli a dit aux commissaires des libérations conditionnelles durant son audience avoir quitté le groupe lorsque les lettres RD (Riding club) ont fait place aux lettres MC (Motocycle club) dans le dos des vestes des Devils Ghosts, ce qui confirme l’approbation des Hells Angels.

Le 4 octobre 2019, Piccirilli aurait été victime d’une tentative de meurtre par empoisonnement au pénitencier de Drummondville.

La Sûreté du Québec a ouvert une enquête.

« C’est possible que ce crime ait été ordonné par des individus de haut niveau du crime organisé. Vous considérez n’avoir aucun conflit avec des codétenus et vous remettez en question la validité des informations recueillie par la Sûreté du Québec. Votre agent de libération affirme que vous n’avez pas collaboré lors de l’enquête. Lors de l’audience, vous avez dit ne pas croire qu’on a attenté à votre vie. Vous dîtes que les autorités ne veulent pas vous montrer une copie du rapport qui indique que vous avez été empoisonné », écrivent les commissaires.

Une erreur

Lors de l’audience, Piccirilli a raconté être né en Italie et avoir émigré au Canada alors qu’il était enfant. Il a travaillé comme mécanicien, paysagiste et déneigeur. Il a eu un garage, un club de danseuses et d’autres commerces, mais a dit les avoir vendus car il devait de l’argent au gouvernement.

Il a nié avoir été la tête d’une organisation criminelle et a admis que la possession d’une arme a été « une erreur ».

Depuis le début de sa détention, Piccirilli a fréquenté l’école à temps partiel et a travaillé pour Corcan, marque officielle des Services correctionnels du Canada.

Même si son comportement en établissement est conformiste et qu’il ne représente pas un sujet d’intérêt pour la sécurité, les commissaires ont refusé de le remettre en liberté pour plusieurs raisons, notamment pour le peu de progrès accompli depuis le début de son incarcération, une faible motivation pour la réhabilitation, un plan de sortie inadéquat, sa longue feuille de route criminelle, la gravité des crimes commis et parce que les risques de récidive seraient inacceptables pour la société.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le (514) 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.