« [J’étais] complètement tétanisée dans ma tête », souffle Martine*, la voix brisée. Le procès de l’ostéopathe montréalais Laurent Begué s’est ouvert mardi avec le témoignage émotif d’une jeune femme qui aurait été agressée sexuellement par le thérapeute pendant un traitement en 2017.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

L’homme de 38 ans fait face à trois chefs d’accusation d’agression sexuelle à l’endroit de trois patientes en 2017 à Montréal. En juillet 2018, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) avait lancé un appel à la population pour trouver des victimes potentielles du thérapeute de Verdun. C’est grâce à cette sortie publique que Martine a décidé de dénoncer son agresseur, un an plus tard.

« Il faut que je fasse quelque chose. Il n’y a pas que moi. On est des victimes. C’est important si on peut faire en sorte de s’aider les unes les autres. S’entraider pour que ce genre de pratique ne soit pas répété », a témoigné avec aplomb la jeune femme au palais de justice de Montréal.

Aux prises avec des maux de dos chroniques, la Montréalaise consulte l’ostéopathe Laurent Begué, à la suite de la recommandation de son conjoint. Son premier traitement se déroule sans pépins, dit-elle. Quelques mois plus tard, la plaignante se rend au domicile de l’accusé avec son conjoint. Les deux couples discutent quelques minutes, puis Laurent Begué dirige la jeune femme vers son cabinet, au sous-sol de sa résidence.

Le traitement d’environ 45 minutes se déroule normalement. « Il fait les gestes normaux d’ostéopathie », témoigne-t-elle, par exemple en lui enlaçant le dos pour « craquer ses vertèbres ». Les deux couples reprennent ensuite la discussion dans le jardin, mais Laurent Begué propose à la jeune femme de reprendre le traitement au sous-sol.

L’ostéopathe demande à sa patiente de rester bien droite près de la table. Il place ensuite une main entre les seins de la jeune femme, raconte-t-elle. C’est à ce moment que le traitement prend une tournure inhabituelle.

« Ça dure quelques minutes jusqu’à un moment… sa main dérape et vient sur mon sein et mon téton », confie difficilement la victime, très émotive. Selon elle, Laurent Begué passe ensuite sa main plusieurs fois sur son sein, en dessous de son soutien-gorge.

« Perturbée » et « tétanisée », la plaignante ne bouge pas. « Est-ce que c’est moi qui ai rêvé ? » se demande-t-elle alors. Après ce second traitement, les deux couples se baignent dans le spa du thérapeute. « Je sens des regards insistants, des regards très malaisants [de sa part] », témoigne-t-elle.

« Un peu perdue », elle ne parle pas de l’évènement à son conjoint. Mais quatre jours plus tard, elle reçoit un courriel de Laurent Begué dans lequel il écrit vouloir la rencontrer pour lui « présenter ses excuses ». C’est à ce moment qu’elle réalise qu’elle a été agressée par l’ostéopathe. Elle n’a plus jamais revu l’accusé, dit-elle.

Me Jérôme Laflamme représente le ministère public, alors que l’accusé est défendu par MVincent R. Paquet et MFarah Nantel. Présidé par le juge Dennis Galiatsatos, le procès doit durer trois jours cette semaine. La Couronne entend présenter une preuve de faits similaires.