Repas copieux, parties de golf, chèque mensuel : un cadre du ministère de la Justice s’en est mis plein les poches en travaillant comme « consultant » auprès d’importants fournisseurs de son ministère dans les années 2000. Même s’il a reçu 170 000 $ en fraudant le gouvernement pendant sept ans, Normand Laberge purgera sa peine de prison chez lui.

Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

Normand Laberge et Christian Tessier, deux anciens dirigeants du ministère de la Justice du Québec (MJQ), ont été arrêtés par l’Unité permanente anticorruption (UPAC) à l’été 2018 dans le cadre d’une enquête sur de la corruption dans l’attribution de contrats informatiques.

Huit chefs d’accusation de fraude, d’abus de confiance par un fonctionnaire public et de fraudes envers le gouvernement pesaient alors sur Normand Laberge. Mais l’homme de 75 ans a plaidé coupable la semaine dernière à un seul chef de fraudes envers le gouvernement.

Le Montréalais a ainsi reconnu avoir, entre 2000 et 2007, « accepté de plusieurs personnes qui avaient des relations d’affaires avec le gouvernement une récompense, un avantage ou un bénéfice sans avoir obtenu le consentement » de son supérieur.

Directeur des technologies de l’information au MJQ depuis 10 ans, Normand Laberge est engagé comme consultant pour la firme informatique CPU Services au début des années 2000, à l’initiative d’un cadre de la firme, Sylvain Tremblay. Ce fournisseur a alors des contrats de services d’entretien d’équipement avec le MJQ, selon l’énoncé conjoint des faits déposé à la cour.

Normand Laberge touche alors 3000 $ par mois par l’entremise de son entreprise personnelle, M.F.P. Solutions. Il remet toutefois le tiers en argent comptant à Sylvain Tremblay, à la demande de ce dernier. L’ex-cadre admet avoir reçu environ 130 000 $ jusqu’à sa retraite en 2007, et omis d’avoir déclaré cette somme au fisc.

Golf et resto

En plus d’empocher un second salaire comme consultant, Normand Laberge accompagnait régulièrement Sylvain Tremblay sur les terrains de golf et dans des restaurants. La facture s’élevait parfois à quelques centaines de dollars, toujours aux frais de Sylvain Tremblay, devenu plus tard vice-président de CPU Services.

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Sylvain Tremblay, ancien dirigeant de la firme informatique CPU Services

Celui-ci a récemment écopé de 12 mois d’emprisonnement avec sursis après avoir plaidé coupable à Québec à un chef de fraudes envers le gouvernement. Il avait été remercié par CPU Services le jour de son arrestation.

En septembre 2006, Normand Laberge est devenu consultant pour une seconde firme informatique ayant des relations d’affaires avec le gouvernement. Il a négocié son contrat avec Marc-André Poulin, président de la firme informatique Victrix. Le cadre du MJQ admet avoir reçu 40 000 $ en seulement un an.

Notons que la preuve de la poursuite ne démontre pas que ces deux firmes auraient été favorisées lors de l’attribution de contrats par le ministère de la Justice.

Le MJQ dépense des sommes importantes en contrats informatiques : 210 millions de dollars entre 2010 et 2018, selon des documents publics.

La semaine dernière, la juge Marie-Josée Di Lallo a imposé à Normand Laberge une peine d’emprisonnement avec sursis de 20 mois, assortie d’une probation d’un an. Il devra rester chez lui quasiment en tout temps pendant la moitié de sa peine. Il s’agit d’une suggestion commune de la procureure de la Couronne, Me Émilie Robert, et de l’avocate de la défense, Me Isabelle Teolis.

Son coaccusé, et successeur comme directeur des technologies de l’information au ministère de la Justice de 2009 à 2014, a reçu une absolution inconditionnelle pour avoir fraudé le gouvernement. Christian Tessier, 58 ans, a admis en décembre dernier avoir reçu pour 1500 $ d’avantages de la part de fournisseurs de son département, dont des parties de golf aux États-Unis et des spectacles au Centre Bell.