« Ce n’est pas de l’amélioration qu’il faudrait. Ce qu’il faut, c’est de n’échapper aucun enfant. »

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

José-Marcos Viégas, responsable des enquêtes à la Sûreté du Québec (SQ) à Sept-Îles, a rappelé, en une petite phrase, la raison pour laquelle la commission en cours sur la DPJ avait été mise en place. Parce qu’une petite fille, à Granby, est morte le printemps dernier.  

Dans son témoignage, M. Viégas venait de raconter le cas d’une fillette agressée sexuellement avec pénétration après que son cousin l’eut entraînée à regarder un film porno avec elle et « à faire comme dans le film ». Cette fois-là, a dit M. Viégas, la Sûreté du Québec a été prévenue 15 jours plus tard, beaucoup trop tard pour que l’ADN de l’agresseur soit prélevé sur la victime ou pour que la tablette électronique puisse être saisie.  

M. Viégas a aussi raconté le cas d’une autre fillette, victime de maltraitance, dont les brûlures aux deux bras étaient si graves que, de la Côte-Nord, elle a dû être transférée vers un hôpital de Québec. Le signalement à la DPJ a été fait aux urgences un vendredi soir. Ce sont les médecins qui ont prévenu la SQ le lundi matin. « Et nous n’avions toujours pas eu d’appel de la DPJ », a regretté M. Viégas.  

Mais ces cas sont exceptionnels, non ? Il y a eu de l’amélioration depuis ce que vous rapportez ? lui ont demandé des commissaires.  

C’est là que José-Marcos Viégas a répondu qu’il ne faut pas se contenter d’améliorations. Oui, il y en a, mais il y a encore trop de délais entre le signalement et l’ouverture d’une enquête par la police. De tels retards risquent de faire tomber des accusations, surtout dans des dossiers d’agressions sexuelles qui sont déjà si difficiles à faire reconnaître comme telles par les tribunaux.  

M. Viégas a par ailleurs longuement insisté sur les difficultés qu’ont les policiers à mener leurs enquêtes dans la mesure où des intervenants de la DPJ leur refusent systématiquement des informations essentielles, alléguant la confidentialité des dossiers. « Une refonte est à faire pour distinguer les informations qui doivent être gardées confidentielles de celles qui peuvent être transmises aux policiers », a-t-il plaidé.  

Marlène Gallagher, directrice de la DPJ de la Côte-Nord, lui a donné raison quand est venu son tour de témoigner.  

Dans la loi, a-t-elle expliqué, il est dit qu’on peut transmettre les informations « nécessaires et pertinentes », ce qui est flou, a-t-elle fait remarquer.  

Fait à signaler, Mme  Gallagher a été la première directrice d’une DPJ à témoigner à la commission Laurent, qui en était mercredi à sa neuvième journée d’audiences.  

Elle a expliqué ne pas pouvoir trop s’avancer parce que le message que veulent porter les DPJ sera consigné dans un mémoire à venir.  

Elle a quand même pu dire comment la réforme Barrette — qui a mené à la fusion des services sociaux et de la santé — a obligé tout le monde « à gérer le chaos ». « Personne ne la voulait, cette transformation. Aujourd’hui, c’est un état de fait », a dit Mme  Gallagher, ajoutant qu’il fallait maintenant regarder vers l’avant.  

Et surtout, a-t-elle conclu, la Commission doit établir où se trouve le consensus social sur la plus grande des questions : veut-on maintenir le plus possible les enfants dans leur famille ou juge-t-on plus prudent de les retirer plus souvent de leur milieu ?