Le Québec doit reconnaître que certains enfants ont trois parents afin d’éviter des déchirements familiaux, a plaidé hier un père biologique qui vient d’être rayé du certificat de naissance de sa fille par la Cour d’appel.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Jonathan, qui a fait un enfant « coopérativement » avec un couple de lesbiennes en 2014, déplore que la province n’imite pas l’Ontario ou la Colombie-Britannique en reconnaissant les familles triparentales.

Des larmes dans la voix, il regrette que la justice le relègue au rang de simple donneur de sperme, alors qu’il a eu la garde de la fillette pendant plusieurs mois. Une solution, à son avis : ajouter une troisième ligne sur les documents officiels.

« On était trois dans l’histoire. Ça n’a jamais été un projet à une ou deux personnes. Je n’aurais jamais accepté ça, a-t-il confié à La Presse. Quel donneur donnerait un montant substantiel tous les mois ? Serait présent à l’accouchement ? Emmènerait son enfant tous les jours à la garderie ? J’ai tout fait comme un père avec ma famille. »

« Problème » soulevé

Au printemps 2018, le juge Gary Morrison avait ordonné l’inscription du nom de Jonathan sur le certificat de naissance de la fillette parce qu’il en était le père biologique. Pour ce faire, il avait dû à contrecœur expulser la mère non biologique du document.

Le magistrat en avait profité pour appeler les élus à autoriser trois adultes à devenir parents conjointement. La loi actuelle, qui limite à deux le nombre de parents pour un enfant, « pose problème eu égard à la réalité sociale », avait-il écrit.

« Le meilleur intérêt de l’enfant mineure requerrait que la loi permette la reconnaissance de sa réalité, soit que sur les plans émotionnel et socioéconomique, elle a effectivement toujours eu trois parents », continuait-il.

Projet central

La semaine dernière, la Cour d’appel a infirmé cette décision : le projet parental du couple lesbien était central dans la conception de la fillette. Ce sont donc ces deux mères (aujourd’hui séparées) qui demeureront au certificat de naissance.

« Ma fille, tous les jours quand je la regarde, elle me dit “papa”. Elle ne me dit pas : “Qui es-tu ?” ou “Tu es un tiers” », a dénoncé Jonathan. « Aujourd’hui, si la fillette tombe et qu’on va à l’hôpital, je suis un tiers. Je n’ai même pas le droit de dire [aux médecins] de lui donner un vaccin. C’est moi qui l’ai à temps plein, et j’ai moins de droits qu’un oncle ou un grand-père. »

En 2018, après la publication de la décision de Gary Morrison, la « co-mère » écartée du certificat de naissance l’avait qualifiée d’« immorale ». « Moi, ma fille m’appelle papa, elle me saute dans les bras et elle s’en fout », avait-il dit. Cette personne a changé de sexe depuis la naissance de la fillette.