Inacceptable et intolérable. Le chef de la police de Laval, Pierre Brochet, ne veut plus voir, dans des endroits publics de l’île Jésus, des scènes comme celle qui est survenue il y a une semaine dans le lobby de l’hôtel Sheraton, où le mafieux Salvatore Scoppa a été abattu et achevé sous les yeux de clients sidérés.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

« Souvent, on dit : “C’est le crime organisé, on comprend qu’il y ait des homicides.” Mais là, c’est allé trop loin. Le crime organisé est entré dans un endroit public où les gens avaient le droit d’être en sécurité. Il y avait des centaines de personnes. Il y avait des familles sur les lieux. Il y avait des fêtes d’organisées. On a tiré plusieurs coups de feu pour commettre un meurtre à haut risque », a décrié M. Brochet en entrevue avec La Presse vendredi.

Sept heures à peine après cette sortie du chef de police, un jeune homme de 24 ans, Éric Francis De Souza, était tué d’une balle en pleine tête alors qu’il était attablé avec des amis dans un restaurant de Brossard. Un deuxième meurtre commis dans un endroit public en moins d’une semaine. Encore une fois, un crime qui porte la signature du crime organisé, même si cette hypothèse n’est toujours pas confirmée par la police.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Pierre Brochet, chef de la police de Laval

Pas une excuse

« On entend souvent que les choses ont changé, que la mafia italienne confie maintenant des mandats de meurtre à d’autres types de criminels, moins organisés [gangs de rue]. Mais je m’excuse, la mafia demeure responsable de ses gestes. Je la rends imputable de ce qui s’est passé au Sheraton et je remercie le Bon Dieu qu’il ne soit rien arrivé de plus grave aux citoyens », ajoute M. Brochet.

Cinq meurtres ont été commis à Laval depuis le début de l’année. Trois sont liés au crime organisé.

Au lendemain des événements du Sheraton, le chef de la police de Laval a appelé ses homologues de la Sûreté du Québec (SQ) et de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

En collaboration avec elles, la police de Laval a lancé le projet Répercussion. Depuis quelques jours, des patrouilleurs de Laval, notamment les membres de l’escouade Équinoxe – spécialisée dans la surveillance des bars et la collecte de renseignements –, visitent les établissements qui vendent de l’alcool. Ils sont accompagnés de policiers de la lutte contre le crime organisé de la SQ et de membres du renseignement de la GRC. Le but est de mettre de la pression sur le crime organisé.

« On ne peut pas se permettre que le crime organisé commette des crimes comme ça, en public, et mette en péril la vie de familles, d’enfants. Les policiers, nous sommes là pour assurer la sécurité des citoyens. Lorsque se produisent des crimes comme celui-là, ça vient vraiment nous chercher et c’est notre devoir de réagir. » — Pierre Brochet, chef de la police de Laval

En 2018, la SQ avait répondu à une demande d’assistance semblable du Service de police de Gatineau, qui craignait des actes de violence sur son territoire, à la suite de plusieurs fusillades survenues à Ottawa.

« Les crimes commis avec violence dans des endroits publics, c’est très préoccupant car on ne sait jamais quand une innocente personne sera blessée ou tuée. En 2017, Martin Prud’homme avait fait de la lutte au crime organisé la priorité opérationnelle à la Sûreté du Québec, et nous continuerons à appuyer nos partenaires dans ce combat », affirme l’inspecteur-chef Guy Lapointe, de la SQ.

PHOTO ARCHIVES LA PRESSE

Salvatore Scoppa

Vivre et périr par l’épée

L’inspecteur-chef Lapointe rappelle que les tueurs embauchés par le crime organisé n’ont plus de loyauté et d’allégeance, et acceptent des contrats qui viennent de clans ennemis. L’appât du gain les motive. Selon nos informations, le contrat sur la tête de Salvatore Scoppa aurait été de 300 000 à 500 000 $.

Pour le moment, la thèse selon laquelle son assassinat aurait été commandé par les Siciliens, en accord avec d’autres clans de la mafia montréalaise, est toujours la plus plausible, selon une source policière.

« Le code d’honneur est mort avec Vito Rizzuto. Salvatore Scoppa a vécu par l’épée et il a péri par l’épée », a résumé un policier en rappelant que le mafieux aurait été impliqué dans plusieurs meurtres et actes violents durant sa carrière.

« La façon dont Scoppa a été tué, c’est une affaire personnelle. Le commanditaire voulait humilier lui et sa famille. » — Un individu du milieu criminel

La famille de Salvatore Scoppa a renoncé à exposer la dépouille et à célébrer des funérailles. Ces hommages devaient avoir lieu hier et aujourd’hui, dans la Petite-Italie, selon des informations qui circulaient à la fin de la semaine dernière dans les milieux criminel et policier.

Certaines informations veulent que la famille Scoppa ait pris cette décision en raison de menaces qu’elle aurait reçues, mais cela n’a pas été confirmé.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.

D’autres meurtres récents du crime organisé commis dans des endroits publics au Québec

20 décembre 2018

PHOTO ARCHIVES LA PRESSE

Sébastien Beauchamp

Sébastien Beauchamp, relation des Hells Angels, est abattu en plein après-midi dans le stationnement d’un garage, à l’angle des boulevards Langelier et Robert, dans l’arrondissement de Saint-Léonard. Il tente de fuir le tueur qui tire plusieurs projectiles dans l’intersection achalandée. Au moins une balle atteint le véhicule d’une citoyenne, sans la blesser.

25 septembre 2018

PHOTO ARCHIVES LA PRESSE

Sébastien Vena

Vers 20 h, Sébastien Vena est atteint d’un projectile sur le boulevard Lévesque, à Laval. Il se réfugie dans un restaurant où son meurtrier l’achève sous les yeux de témoins.

16 août 2017

PHOTO ARCHIVES LA PRESSE

Antonio de Blasio

Vers 20 h 30, Antonio de Blasio est tué sous les yeux de son fils, dans un parc du secteur Saint-Léonard où venait de prendre fin une séance d’entraînement de football, en présence de nombreux jeunes et de leurs parents.

2 juin 2016

PHOTO PRÉSENTÉE EN COUR, ARCHIVES LA PRESSE

Angelo D’Onofrio

Un individu entre dans le café Sinatra (ancien Hillside), rue Fleury, en plein après-midi et tue un client innocent, Angelo D’Onofrio, confondant ce dernier avec un membre établi de la mafia montréalaise.

21 mars 2016

PHOTO TIRÉE DU SITE D’INTERPOL, ARCHIVES LA PRESSE

Yannick Larose

Yannick Larose, ancienne relation des Hells Angels, tente de fuir son agresseur et se réfugie dans un centre commercial de Terrebonne, où il est tué sous les yeux de plusieurs clients, vers 10 h 45.