Près d'une semaine après les attentats contre d'importants vétérans des Rouges, les choses bougent dans l'univers des gangs de rue: la police a mené une vaste opération dans le milieu, et un chef des Bleus a fait savoir qu'il renonce à toute tentative de sortir de prison pour l'instant.

Mis à jour le 16 août 2012
Vincent Larouche et Catherine Handfield LA PRESSE

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a mené mercredi soir et dans la nuit d'hier une vaste opération qui s'est soldée par l'arrestation de deux personnes liées aux gangs. Les groupes d'intervention tactique de la Sûreté du Québec et de la police de Montréal ont participé à l'opération, au cours de laquelle une arme a été saisie.

Max Jean-Louis, 24 ans, un résidant de Saint-Eustache qui est fiché par la police depuis qu'il a fait ses classes dans le gang Black Nigger Crew de Rivière-des-Prairies, a été arrêté aux côtés de Steve Grandoit, 24 ans, de Laval.

Les deux suspects se trouvaient à Montréal lors de leur arrestation. Ils ont été accusés de possession d'un pistolet Ruger de calibre 44.

En tout, une douzaine de visites policières ont été menées simultanément à Montréal et dans les banlieues. Selon nos sources, le but était d'accentuer la pression sur les acteurs qui pourraient être soupçonnés de vouloir poursuivre les affrontements.

Bien que l'opération se soit soldée par peu d'arrestations, Ian Lafrenière, commandant aux communications corporatives du SPVM, estime qu'elle a mis de la pression sur le milieu des gangs. «Une arme saisie, c'est une arme de moins dans nos rues», a-t-il dit.

Rappelons que le week-end dernier, Chénier Dupuy, chef des Bo-Gars, principal gang de la famille des Rouges, a été tué par balle dans le stationnement des Galeries d'Anjou. Son acolyte, Hansley Joseph, a été blessé. Quelques heures plus tard, un autre caïd des Rouges, Lamartine Sévère Paul, a été tué par un tireur embusqué derrière l'immeuble où il habitait, à Laval.

Un allié de Woolley

Les enquêteurs soupçonnent que les attaques sont liées à la croisade de Gregory Woolley, seul Noir à avoir été admis dans l'organisation des Hells Angels, pour unifier tous les gangs de rue majeurs à Montréal. Woolley aurait décrété que tous les gangs rivaux, Bleus et Rouges, allaient maintenant devoir travailler ensemble, dans le giron des Hells, pour le trafic de drogue.

Par ailleurs, La Presse a appris qu'Emmanuel Zephir, un chef des Bleus qui s'est rallié depuis longtemps à Gregory Woolley, vient tout juste de confirmer qu'il renonce à sa tentative de libération conditionnelle. Emmanuel Zephir termine de purger une peine pour trafic de drogue. L'enquête policière avait démontré que son groupe versait à Woolley des redevances pouvant atteindre 10 000$ par mois lorsque ce dernier était en prison. «Lui, il est déjà du bon bord», résume une source, au sujet d'Emmanuel Zephir et de la croisade de Woolley.

Zephir est maintenant admissible à une libération conditionnelle, et il devait passer devant la Commission des libérations conditionnelles lundi prochain. Mais après les violences du week-end dernier, il s'est désisté et a annoncé qu'il ne se présentera pas devant la Commission.

Il devrait donc rester derrière les barreaux jusqu'à décembre, selon ce qu'a affirmé une porte-parole de la Commission à La Presse.