Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a annoncé mercredi qu’il reportait partiellement son projet de réduction du nombre de postes de quartier, trois semaines après en avoir publiquement révélé l’existence.

Mis à jour le 26 janvier
Philippe Teisceira-Lessard
Philippe Teisceira-Lessard La Presse

L’organisation a expliqué dans un communiqué interne obtenu par La Presse, mercredi après-midi, qu’elle « reporte sa démarche de consultations externes » sur sa réforme.

« Le SPVM a pris la décision de reporter temporairement la poursuite de consultations externes ayant trait à la réflexion sur son offre de service et son modèle policier, indique l’organisation. Le SPVM fera appel à la Commission de la sécurité publique de la Ville de Montréal afin de préciser les modalités de consultations externes entourant la poursuite de ce projet de réflexion. »

La police précise que les consultations internes, amorcées il y a plusieurs mois, continueront.

Quelques minutes plus tard, l’organisation a diffusé un communiqué de presse public, plus cryptique, qui ne mentionne pas la suspension du projet de réforme. Il se limite à indiquer que le SPVM « sollicitera la Commission de la sécurité publique (CSP) de la Ville de Montréal afin d’établir les modalités entourant les consultations publiques qui seront menées dans le cadre de sa réflexion sur son offre de service ».

Le SPVM n’a pas répondu à la demande de commentaires de La Presse.

La Fraternité des policiers et policières de Montréal a refusé notre demande d’entrevue.

« Sortir de la structure »

Le chef de police Sylvain Caron a déclenché une levée de boucliers, début janvier, en évoquant sa volonté de mettre une croix sur le modèle de police de quartier qui prévaut à Montréal depuis 25 ans. Il a affirmé que le modèle actuel était trop coûteux en ressources humaines et financières.

« Si on maintient la situation actuelle de 30 postes de quartier sur l’île de Montréal, il va manquer 250 policiers, a-t-il affirmé. Actuellement, je maintiens des bâtiments et je mets des policiers dans des bâtiments […], alors que mes policiers devraient être sur la route. »

« Il faut sortir de la structure dans laquelle on est actuellement si on veut survivre, a-t-il ajouté. On est partout sur le territoire et, en même temps, on n’est nulle part. »

M. Caron témoignait alors devant les élus membres de la Commission sur les finances et l’administration de la Ville de Montréal, chargée de passer en revue tous les services municipaux. Un élu de l’opposition lui a demandé de s’engager à ne pas fermer de poste de police dans les prochaines années, ce qui a incité le chef de police à prendre le chemin inverse et à annoncer ses couleurs.

Mercredi, l’opposition s’est félicitée que la police se tourne vers les élus montréalais.

« Nous sommes satisfaits que la Commission de la sécurité publique soit sollicitée dans la décision entourant la refonte des postes de quartier et le schéma de couverture, tel que nous le demandions et qu’il avait déjà été convenu à l’unanimité en décembre 2020 », a déclaré le porte-parole Abdelhaq Sari, dans un courriel. L’élu a critiqué la façon dont cette réforme a été annoncée, puis la façon dont la mairesse y a réagi.

Depuis trois semaines, Valérie Plante fait à la fois valoir que le chef Caron a le droit de proposer des idées et que les Montréalais sont très attachés à leurs postes de quartier.

— Avec la collaboration de Daniel Renaud, La Presse

Rencontre avec le « père » de la police de quartier

Le chef de police Sylvain Caron a rencontré cette semaine le « père » du modèle actuel du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) afin de discuter de ses projets de réforme, a appris La Presse. Jacques Duchesneau, son prédécesseur de 1994 à 1998, s’est rendu au quartier général de l’organisation mardi. En entrevue téléphonique, l’ex-policier et ex-député a indiqué qu’il était en paix avec le projet et « ravi de la rencontre ». « La police de proximité, je ne pense pas qu’ils remettent ça en question, a dit M. Duchesneau, en entrevue téléphonique. Ce modèle a duré 25 ans. C’est normal qu’on s’adapte : la réalité est bien différente que lorsque j’étais directeur. »

L’état-major du SPVM posait des questions, a-t-il continué. « Il n’y a pas de nouveau modèle encore » de décidé, a-t-il dit. M. Duchesneau leur a affirmé : « Ne pensez pas qu’un changement aussi important va se faire en claquant des doigts. Nous, ça nous a pris cinq ans. »

Par courriel, le SPVM a confirmé la tenue de la rencontre. « La rencontre [de mardi] avait donc pour but d’explorer des pistes de solution pour définir la police de proximité d’aujourd’hui et de demain. Cette rencontre a été très enrichissante et le SPVM est reconnaissant », a indiqué le SPVM.