L’arrondissement de Montréal-Nord vient de démettre de ses fonctions le président de son conseil jeunesse, Zakaria Zaki Rouaghi, après que ce dernier eut tenu des « propos haineux » et des commentaires à « caractère raciste » visant la communauté juive.

Tristan Péloquin
Tristan Péloquin La Presse
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

M. Rouaghi a joué un rôle actif le week-end dernier dans des manifestations anti-Israël tenues au centre-ville de Montréal, lors desquelles il a lui-même eu une altercation avec un policier de l’antiémeute. Il semblait alors diriger un petit groupe de manifestants propalestiniens, qui a été la cible de gaz irritants envoyés par les policiers, près de la rue Sainte-Catherine.

Il a lui-même mis en ligne une vidéo où il semble se bousculer avec un policier de l’antiémeute, qu’il traite de « clown » et ses collègues de « bande de chiens ».

Le Conseil jeunesse de Montréal-Nord, dont il a été expulsé tard mercredi, est un organisme consultatif « non partisan » qui relève du conseil d’arrondissement. Il est composé de 15 jeunes de 15 à 29 ans nommés par l’arrondissement parce qu’ils sont le « reflet de sa diversité culturelle et sociale ». Ils ont pour mandat de représenter leur génération auprès des élus municipaux. M. Rouaghi avait été réélu à la présidence de l’organisme par ses pairs il y a environ un mois.

Sa page Instagram, sur laquelle il publie du contenu sous le pseudonyme Hassanat_Hunter, affiche plusieurs vidéos où il nargue les policiers. « Les propos de M. Rouaghi, diffusés à plusieurs reprises sur la plateforme Instagram, véhiculent aussi un mépris des institutions publiques. Ils vont totalement à l’encontre des valeurs de respect, d’ouverture à la diversité et de civilité de l’arrondissement et de la Ville de Montréal », écrit l’arrondissement dans un communiqué publié en soirée, mercredi.

Le Montréalais de 28 ans a déjà plaidé coupable, en 2017, à des accusations de voie de fait et d’entrave envers un policier du Service de police de la Ville de Montréal, auprès duquel il a refusé de se nommer lors d’une intervention de routine. Ces gestes lui ont valu 80 heures de travaux communautaires. Il ne siégeait pas au Conseil jeunesse de Montréal-Nord à cette époque.

« Selon eux, j’ai été raciste »

M. Rouaghi n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue, acheminée par téléphone et Instagram. Lors d’une vidéo en direct diffusée mercredi en soirée, il s’est toutefois justifié, se défendant d’avoir insulté les Juifs. « C’est totalement faux, mais je m’en suis toujours pris aux sionistes et je vais toujours le faire », a-t-il expliqué, en disant avoir été « kick-out » du Conseil jeunesse pour ses « positions sur la Palestine ». « Selon eux, j’ai été raciste », a-t-il déploré.

« L’une des autres raisons qu’on a mises sur la table pour me dire qu’on me lève de mes fonctions, c’est que je traite les policiers de criminels. Mais si moi je suis supposé représenter la jeunesse de Montréal-Nord et qu’on vit des expériences criminelles de la part des policiers et que personne n’est là pour les arrêter, eh bien on doit le dire qu’ils sont criminels », a-t-il poursuivi, disant avoir la confiance de ses membres après trois ans comme président du Conseil.

C’est juste triste, parce que je sacrifie mon temps et mon argent pour mon Conseil. […] J’étais dans un mouvement en lequel je ne croyais pas vraiment, mais j’essayais de faire une différence, et que ça devienne quelque chose de concret.

Zakaria Zaki Rouaghi, sur Instagram

« Ça vient de me libérer du temps pour une cause beaucoup plus importante et pour ma religion », a-t-il insisté. Peu avant, il s’en était de nouveau pris aux policiers du SPVM, jugeant que ceux-ci « commettent continuellement des crimes ». « Ce sont des criminels, c’est juste qu’ils ne sont pas jugés », a-t-il dit, en ajoutant que les patrouilleurs montréalais sont « des peureux ».

« On ne peut pas laisser des gens ouvertement supporter des mouvements terroristes de la sorte comme si c’était normal. Ce n’est pas parce que le gouvernement canadien le fait qu’on doit le faire », a-t-il aussi avancé, faisant référence à la contre-manifestation des supporters palestiniens qui s’est tenue le week-end dernier. Au passage, le jeune homme a aussi qualifié le premier ministre Justin Trudeau de « tueur d’enfants et de supporteur d’Israël ».

Un compte sous surveillance

Au cours des derniers jours, Instagram a supprimé l’un de ses billets pour violation de sa politique entourant le discours haineux. La publication invitait les membres de la communauté musulmane à une contre-manifestation, dimanche dernier, pour dénoncer des manifestants pro-Israël, qu’il a qualifiés de « criminels sionistes qui occupent la Palestine ».

Dans d’autres vidéos publiées sur Instagram, il traite une agente de la Sûreté du Québec de « p’tite madame stressée » et l’ensemble des policiers de « cochons ».

En avril, il a aussi mis en ligne des vidéos dans lesquelles il se targue d’avoir reçu, avec des amis, pour 6000 $ d’amende pour violation du couvre-feu imposé dans le cadre de la crise sanitaire et affirme qu’il va « mettre toute la police de Montréal sur la CSST ».

Il s’est aussi filmé, au début de mai, en train d’invectiver des employés d’un magasin à grande surface après qu’un agent de sécurité lui eut demandé de remettre son couvre-visage. Dans la vidéo, M. Rouaghi refuse d’obtempérer, affirmant avoir une « condition médicale », qualifie les caissières de « p’tites filles » et menace le magasin de poursuite judiciaire pour violation de ses droits fondamentaux.

L’arrondissement de Montréal-Nord n’a voulu faire aucun autre commentaire.