Une nouvelle mobilisation contre le centre de transbordement de conteneurs de Ray-Mont Logistiques s’est tenue samedi dans Hochelaga-Maisonneuve. Les citoyens plaident qu’en dépit de la victoire du promoteur devant les tribunaux, il est encore possible d’au moins modifier le projet pour réduire les nuisances.

Mis à jour le 8 mai 2021
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Il faut continuer de dire que c’est un développement complètement inacceptable. On a le droit de vivre dans nos maisons sans constamment vivre avec les nuisances du bruit, des conteneurs qui crachent en permanence. Notre quartier va devenir insupportable. La qualité de vie qu’on va perdre, c’est juste hallucinant », a martelé Anaïs Houde, porte-parole du regroupement Mobilisation 6600, en marge d’une manifestation tenue devant la place Simon-Valois, à laquelle quelques centaines de résidants ont participé.

L’organisme, qui a déjà récolté les 5000 signatures requises pour obtenir une consultation publique de l’OCPM sur le projet, affirme que ce dernier est tout simplement « catastrophique ». « Ça veut dire 100 wagons par jour transportant des conteneurs, 1000 camions par jour, 24 heures sur 24, sans parler des 10 000 conteneurs qui seront empilés en permanence sur un terrain vague, à côté de notre quartier. Et il n’y a jamais eu d’étude d’impact », ajoute la militante.

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Il faut remonter à 2016 pour bien comprendre cette affaire. Cette année-là, Ray-Mont Logistiques avait acheté un grand terrain industriel désaffecté, tout près du port de Montréal et d’une gare de triage du CN, entre les rues Dickson et Viau, en vue d’y construire une plateforme de transbordement de marchandises. D’abord installée dans le Sud-Ouest, l’entreprise a voulu déménager dans Hochelaga dans la foulée du projet de la Cité de la logistique, promu à l’époque par l’administration de Denis Coderre.

Sauf que l’année suivante, les permis nécessaires à l’aménagement du terrain ont été refusés par l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, sur fond de contestation citoyenne et d’inquiétudes quant aux « nuisances associées à la rue Notre-Dame » et au port de Montréal. Entre-temps, Ray-Mont Logistique avait déjà fait décontaminer le terrain.

Le promoteur s’est adressé aux tribunaux pour contester la décision de l’arrondissement. La Cour supérieure, en 2018, puis la Cour d’appel du Québec, en janvier dernier, lui ont finalement donné raison.

« Nous avons maintenant le devoir de nous asseoir avec l’entreprise afin de développer le projet le plus cohérent possible avec la vision développée pour l’Écoparc industriel de la Grande Prairie. Pour ce faire, nous l’invitons également à prendre part aux travaux de l’instance de concertation qui a récemment été créée », avait alors déclaré le maire de l’arrondissement, Pierre Lessard-Blais, dans un communiqué.

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Les manifestants se sont réunis devant la place Simon-Valois avant le début de la marche.

Une solution encore possible ?

Même si les travaux sont sur le point de commencer sur le site, Anaïs Houde ne désespère pas. « Ce qu’on veut, c’est un parc-nature pour préserver un terrain tellement riche. On veut préserver notre contact avec la nature. Pendant que dans l’Ouest, il y a un grand parc qui est mis sur pied, on est tannés dans l’Est de se faire domper des industries qui n’essaient jamais d’améliorer leur projet », insiste-t-elle, invitant Québec et Ottawa à « faire ce qu’il faut pour éviter le pire ».

« Ce n’est pas parce que la réglementation le permet que c’est acceptable. Les gouvernements ont un gros rôle à jouer », affirme Mme Houde.

Le président de Ray-Mont Logistiques, Charles Raymond, se dit pour sa part « conscient des défis de cohabitation entre les activités industrielles et les résidences à proximité ». « L’entreprise propose des mesures de cohabitation sérieuses et concrètes à la Ville depuis maintenant cinq ans. […] Nous avons transmis près d’une dizaine de lettres et de demandes de rencontre aux élus de la Ville et de l’arrondissement pour tenter de déjudiciariser le conflit et de discuter de bonne foi des mesures que nous voulons mettre en place », affirme-t-il dans une déclaration envoyée à La Presse.

« Notre volonté de développer un projet d’envergure respectueux qui saura répondre aux défis de cohabitation du secteur est toujours présente. Par contre, il faudra que la Ville et l’arrondissement assument leurs responsabilités et acceptent de discuter sérieusement », insiste M. Raymond.

Début mars, Ray-Mont Logistiques avait déposé une poursuite de 373 millions contre la Ville de Montréal, jugeant avoir subi des pertes d’exploitation, de revenus de location et d’occasions d’affaires à cause du blocage initial du projet.