« Pour 600 $, nous n’allons pas quitter, nous ne trouverons rien ailleurs. »

Coralie Laplante
La Presse

La moisissure, la peinture écaillée et les planchers craquelés font partie du quotidien de Jack Solar et de tous les occupants de son immeuble de la rue de la Roche.

Malgré ce contexte, les locataires du bâtiment situé dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie ne quittent pas leur appartement, par crainte de ne pouvoir se reloger à un prix aussi bas. Les loyers de leurs demeures se chiffrent entre 500 $ et 750 $.

Les résidants de l’immeuble ont manifesté devant leur bâtiment lundi, dans le but de dénoncer la piètre condition de leurs logements. L’évènement organisé en collaboration avec l’organisme communautaire ACORN, qui vient notamment en aide aux locataires vivant différentes problématiques, s’est déroulé dans une ambiance festive malgré les préoccupations des participants.

Logements insalubres au 6311, rue de la Roche

  • L’immeuble est aux prises avec un manque d’entretien flagrant depuis plusieurs années, selon les locataires.

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

    L’immeuble est aux prises avec un manque d’entretien flagrant depuis plusieurs années, selon les locataires.

  • La moisissure parsème les murs de l’appartement d’Hamid Essafi, qui jongle aussi avec la venue de souris.

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

    La moisissure parsème les murs de l’appartement d’Hamid Essafi, qui jongle aussi avec la venue de souris.

  • La cuisine d’Hamid Esssafi.

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

    La cuisine d’Hamid Esssafi.

  • Hamid Essafi demeure dans cet appartement depuis le mois d’août 2019.

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

    Hamid Essafi demeure dans cet appartement depuis le mois d’août 2019.

1/4
  •  
  •  
  •  
  •  

L’immeuble est aux prises avec un manque d’entretien flagrant depuis plusieurs années, selon les locataires. L’un d’eux, Hamid Essafi, raconte avoir été privé d’eau chaude pendant deux mois cet hiver avant que son chauffe-eau ne soit remplacé. La moisissure parsème les murs de l’appartement de l’homme, qui jongle aussi avec la venue de souris. M. Essafi demeure dans cet appartement depuis le mois d’août 2019.

Le groupe Mach a pris la possession complète du bâtiment de la rue de la Roche en janvier dernier. La directrice du marketing et des communications du groupe Mach, Sylvie Rousseau, explique qu’un programme d’entretien a été mis en place en collaboration avec Immomarketing, qui agit à titre de gestionnaire de l’établissement. Dans ce contexte, la confusion règne parmi les locataires à savoir qui est le propriétaire de l’immeuble.

« Je leur ai laissé douze messages, nous leur avons tous écrit, et nous n’avons pas eu de réponse », dénonce Jack Solder, en décrivant ses tentatives de demande de rénovations à Immomarketing. La responsable du bâtiment chez Immomarketing, Stéphanie Thuot, assure à l’inverse que « tous ceux qui ont envoyé un courriel ont été répondus ».

Elle a visité l’immeuble de la rue de la Roche mardi, en compagnie d’une gestionnaire de travaux. Cette inspection s’est déroulée le lendemain de la manifestation organisée par les locataires et de l’appel de La Presse.

Le groupe Mach évoque qu’un locataire aux prises avec une infiltration d’eau aurait contacté l’ancien propriétaire dans le but d’obtenir des réparations. Mme Thuot affirme toutefois avoir clairement avisé les résidents de l’immeuble de la rue de la Roche qu’elle prenait la relève.

« Il y a eu un laisser-aller chez les gestionnaires passés », déclare Stéphanie Thuot. À la suite de sa visite de l’immeuble, elle estime toutefois qu’aucune rénovation « d’urgence majeure » n’est à effectuer.

« Protégeons nos locataires »

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Les résidants du 6317 de la Roche ont scandé « Protégeons nos locataires » lundi soir, en érigeant une bannière affichant le même slogan sur un balcon de l’édifice.

Les résidants du 6317 de la Roche ont scandé « Protégeons nos locataires » lundi soir, en érigeant une bannière affichant le même slogan sur un balcon de l’édifice. Un travailleur communautaire du Comité Logement de La Petite-Patrie, Martin Blanchard, affirme que la problématique entourant cet immeuble est parvenue aux oreilles de l’organisme.

« Les locataires sont inquiets de la salubrité des logements et de savoir s’ils vont pouvoir garder leur appartement », évoque M. Blanchard. Immomarketing affirme cependant que l’éviction des locataires n’est pas envisagée.

La crise du logement, caractérisée par une hausse importante des loyers, frappe de plein fouet le quartier de La Petite-Patrie, selon Martin Blanchard. « La crise du logement et la gentrification créent de mauvais propriétaires. Cette situation incite des propriétaires à ne rien faire, car leur immeuble va grossir de valeur même s’ils ne font rien », ajoute M. Blanchard.

Ce contexte ardu pour plusieurs Montréalais se traduit par une augmentation des demandes au Comité Logement de La Petite-Patrie. Martin Blanchard détaille qu’auparavant un seul employé répondait aux appels des locataires. Ils sont trois aujourd’hui.

Le travailleur communautaire affirme que les demandes d’aide en ligne ont jusqu’à triplé. « Ça a mis beaucoup de pression sur l’équipe », ajoute-t-il.

Martin Blanchard craint que si rien n’est fait pour remédier à la crise du logement, il devienne « impossible pour une grande partie de la population » de résider dans les quartiers centraux de Montréal. « On a perdu beaucoup de mixité sociale dans le quartier de La Petite-Patrie », se désole-t-il.