La pandémie de COVID-19 et la crise économique qu’elle provoque font bondir le nombre de logements vacants à Montréal, où le taux d’inoccupation atteint maintenant 6 %, comparativement à 1 % en mai dernier.

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

Ces données viennent d’un vaste sondage de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ), qui souligne que les taux d’inoccupation sont aussi en hausse, mais beaucoup moins élevés, dans les régions entourant la métropole, comme la Montérégie (1,4 %), Laval (1,4 %) et Lanaudière (1,2 %).

On considère généralement que le taux d’équilibre est de 3 %.

Ces augmentations des taux de vacance ont un effet sur les loyers, note la CORPIQ. La croissance annuelle moyenne des loyers au Québec a été de 1,9 % en 2019, mais elle est redescendue à 1,2 % en 2020, soit le niveau annuel moyen des 15 dernières années, selon les statistiques du Tribunal administratif du logement.

« À Montréal, ça se démarque, le taux d’inoccupation a explosé », souligne Hans Brouillette, directeur des affaires publiques de la CORPIQ. « On n’avait pas vu ça depuis de nombreuses années. Ça s’annonce beaucoup plus difficile pour les propriétaires de relouer leurs logements. »

Il attribue ce revirement de situation à plusieurs facteurs, liés à la pandémie actuelle.

D’abord, des logements autrefois loués à des touristes sur AirBnB reviennent sur le marché résidentiel.

« Ensuite, il y a une chute drastique du nombre d’immigrants qui viennent habituellement s’installer à Montréal en premier lieu », note M. Brouillette.

Enfin, la précarité des emplois, notamment dans le commerce de détail, dans la restauration et dans l’industrie culturelle et touristique, incite bien des locataires à se regrouper à plusieurs dans un logement. Des jeunes choisiront aussi de demeurer plus longtemps chez leurs parents.

« Il y a des locataires qui se sont entendus avec leurs propriétaires pour quitter leurs logements, parce qu’ils ne sont plus capables de payer leur loyer », relate Hans Brouillette.

Alors que le pessimisme gagne bien des propriétaires de logements locatifs, la CORPIQ dénonce le faible taux d’ajustement pour les travaux de rénovation publié mercredi par le Tribunal administratif du logement : les propriétaires auront droit cette année à 1,92 $ d’augmentation de loyer par mois pour chaque tranche de 1000 $ de travaux réalisés en 2020.

« Par exemple, si j’emprunte à la banque pour faire de travaux de 10 000 $, je pourrai augmenter le loyer de seulement 20 $ par mois. Il faut donc théoriquement 43 ans pour récupérer cette dépense, soit bien plus que la durée de vie utile de ce qui est rénové », déplore Hans Brouillette.

« Si j’ai un immeuble qui ne génère pas plus de revenus, ça bloque la rénovation. »

Pendant ce temps, les propriétaires doivent assumer des dépenses grandissantes, en raison de la hausse des primes d’assurance et des coûts de main-d’œuvre et de matériaux, ajoute-t-il.

Taux d’inoccupation en décembre 2020

Montréal 6,0 %

Chaudière-Appalaches 3,3 %

Abitibi-Témiscamingue 3,1 %

Saguenay-Lac-St-Jean 2,0 %

Québec 1,6 %

Montérégie 1,4 %

Laval 1,4 %

Lanaudière 1,2 %

Outaouais 0,9 %

Laurentides 0,9 %

Bas-Saint-Laurent 0,9 %

Centre-du-Québec 0,8 %

Estrie 0,8 %

Mauricie 0,5 %

Source : CORPIQ. Sondage réalisé du 14 au 22 décembre 2020 auquel ont répondu 2372 propriétaires ou gestionnaires totalisant près de 70 000 logements au Québec. Marge d’erreur de 2 %, 19 fois sur 20.