Si la plupart saluent l’intention de faire progresser le transport collectif, des élus et des usagers conservent de vives préoccupations au lendemain de l’annonce du prolongement du Réseau express métropolitain (REM) vers l’est de Montréal. En voici un aperçu en cinq points.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Environnement et logement

Au Conseil régional de l’environnement de Montréal, le responsable des transports Blaise Rémillard reste partagé. « Notre crainte, c’est que ça devienne une grosse frontière qui marque le paysage urbain. On n’a pas non plus idée du bruit que fera le REM dans la réalité, ce qui est une grosse inconnue », affirme-t-il, en demandant des garanties pour la préservation des arbres et des terrains boisés le long du tracé. Dans le milieu du logement, plusieurs organismes s’inquiètent aussi des impacts de l’embourgeoisement à prévoir. « La spéculation est déjà commencée autour du futur parcours. Quand un trafic pareil est anticipé, les conséquences se font sentir avant même le début des travaux », rappelle Véronique Laflamme, du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU). Son groupe appelle l’administration Plante à être proactive. « Il faut prendre des mesures fortes pour protéger les locataires. La Ville doit rapidement réserver des terrains autour du tracé pour du logement social », martèle Mme Laflamme, qui dit craindre « l’incidence d’une gentrification accélérée dans un secteur où les loyers sont plus bas qu’au centre-ville ».

Des usagers inquiets

« Je suis très déçu », a réagi mardi Karim Nesta, fondateur de l’Association pour la mobilité active de Ville-Marie. « Il y a déjà une scission claire dans les Faubourgs par René-Lévesque qui est large entre le Sud et le Nord. Là, on vient encore plus marquer cette distinction », s’inquiète-t-il. L’usager déplore que l’idée de dégager les vues vers le fleuve, exprimée lors des consultations du programme particulier d’urbanisme (PPU) des Faubourgs, soit complètement évacuée. Plusieurs se questionnent sur l’impact réel qu’aura ce projet, même plus à l’ouest. « On vient de nous annoncer neuf mois de retard de plus ici, et là, on annonce un nouveau projet qui va commencer avant même que le nôtre soit fini. C’est un peu insultant », illustre le porte-parole du comité des usagers du train Deux-Montagnes, Francis Millaire. Il estime que des pénalités devraient être imposées à la Caisse de dépôt pour l’inciter à éviter les retards. « Chaque délai supplémentaire veut dire plus d’usagers déjà acquis à la cause du transport collectif qui s’en vont vers la voiture », dit M. Millaire.

L’opposition se questionne

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Pierre Arcand, porte-parole libéral en matière de transports

Chez Québec solidaire, la porte-parole en matière de transports, Ruba Ghazal, s’inquiète du modèle basé « sur le profit » préconisé par les autorités. « Le gouvernement veut que ce soit rentable, mais ça devrait viser la mobilité des personnes d’abord. Et d’ailleurs, on fait complètement fi de l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) », fustige l’élue. Les libéraux, eux, soutiennent que de nombreuses questions subsistent. « Pourquoi le REM dans l’Ouest coûte 7,5 milliards pour 67 km alors que dans l’Est, il en coûtera 10 milliards pour 30 km ? », s’interroge le député Pierre Arcand. Mme Ghazal se dit aussi préoccupée par le manque d’écoute du gouvernement face au BAPE. « Ça s’est vu par le passé ; on a réfuté ses conclusions. Peut-être que la même chose va se produire », ajoute-t-elle.

Une « vraie consultation »

Trajectoire Québec demande à la Caisse de tenir une vraie consultation « ouverte et transparente » pour cerner les besoins. « Dans l’Ouest, ça avait plus été un processus d’informations. Là, on s’attend à un vrai et tangible processus de consultation », martèle M. Pepin. Vivre en ville, de son côté, estime que toutes les options sur la table devront être envisagées. « Il est impératif d’évaluer sérieusement les impacts et d’oser remettre en question le choix du passage en surface. La beauté des stations ne suffira pas à résoudre l’ensemble des problèmes créés par la structure », soulève le directeur général Christian Savard. De son côté, l’Institut de développement urbain (IDU) a appelé à la prudence quant aux sources de financement du « REM 2.0 ». « Pour éviter l’étalement urbain, il faut contenir les valeurs immobilières et non les pousser à la hausse », avance son président, Jean-Marc Fournier.

Des défis pour le tracé

Pour Pierre Barrieau, expert en planification des transports à l’Université de Montréal, le tracé de l’Est sera « plus facile à réaliser ». « Sur René-Lévesque et Notre-Dame, on est déjà à 100 % dans l’emprise publique. C’est à l’est qu’on verra plus d’expropriations. Mais le fait que les stations soient situées près de grandes friches ou de centres commerciaux simplifiera les choses, remarque-t-il. […] C’est sur René-Lévesque qu’il y aura plus d’entraves. Ce qu’ils ont fait sur Sainte-Catherine, c’est de la petite bière par rapport à ça. » Sinon, l’avantage d’avoir choisi le boulevard Lacordaire est que celui-ci est très large, soulève M. Barrieau. « Condamner la moitié de la voie causera des désagréments localisés, mais moins ardus », illustre le spécialiste, pour qui le prolongement du REM renforcera le rôle de la ligne bleue et augmentera la fréquentation sur la ligne verte, en plus de donner « un sursis » à la ligne orange.