La conseillère d’arrondissement du district du Canal à Lachine, Julie-Pascale Provost, a été exclue vendredi soir du caucus de Projet Montréal, pour cause de relations tendues avec ses collègues. La principale intéressée affirme que c’est sa position sur le dossier du port de plaisance de Lachine qui dérangeait l’administration.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Ça fait trois ans que les relations entre Mme Provost et les autres élus de Lachine, mais aussi du caucus en général, sont extrêmement difficiles à tous les niveaux », affirme le directeur des communications de Projet Montréal, Julien Acosta. Il soutient que l’élue était en situation conflictuelle avec les élus, mais aussi avec les fonctionnaires et le personnel politique du parti, ainsi que ses bénévoles.

La formation politique affirme aussi qu’en dépit de « nombreuses tentatives au cours des derniers mois » d’établir un climat plus sain, rien n’a changé quant à l’attitude de la conseillère. On reproche également à celle-ci son « manque de solidarité », qui aurait « grandement affecté le travail d’équipe et eu un impact négatif sur les services aux citoyens ».

Manifestement, c’est quelqu’un qui avait de la difficulté à travailler en collaboration avec d’autres. On a donc pris la décision de mettre fin à cette association.

Julien Acosta, directeur des communications de Projet Montréal

Cette exclusion fait en sorte que le conseil d’arrondissement de Lachine ne sera plus exclusivement composé d’élus de Projet Montréal. Julie-Pascale Provost deviendra en effet indépendante, mais demeurera en poste en tant qu’élue municipale.

L’impact du dossier de la marina de Lachine

Jointe par La Presse, la conseillère Julie-Pascale Provost ne mâche pas ses mots à l’égard de son exclusion, qu’elle décrit comme étant « cavalière » et « injuste ». Elle établit d’ailleurs un lien direct avec le dossier du port de plaisance de Lachine, que la Ville entend fermer pour en faire un nouveau parc sur les eaux du lac Saint-Louis. Le 14 septembre dernier, Mme Provost avait voté contre la résiliation du contrat du gestionnaire du port, en demandant à avoir plus d’informations.

Depuis ma prise de position, les relations se sont envenimées. J’ai deux collègues dont j’étais proche qui ne m’adressent même plus la parole.

Julie-Pascale Provost, conseillère du district du Canal

Mme Provost dénonce que Projet Montréal colporte des informations mensongères. « Je n’ai jamais eu de problèmes avant tout ça. On ne m’a jamais reproché quoi que ce soit au niveau de mon comportement », jure-t-elle, en attaquant au passage la mairesse de l’arrondissement, Maja Vodanovic, pour son « manque de leadership ».

« Je trouve ça malheureux qu’on semble vouloir me faire porter l’odieux d’une situation pour laquelle je ne suis pour rien », ajoute la conseillère. Maintenant indépendante, elle promet de continuer à se faire entendre. « Il y a des situations inacceptables à Lachine. Je deviens beaucoup plus libre de les dénoncer », lâche-t-elle.

L’opposition furieuse

Dans les rangs de l’opposition officielle, le maire de Saint-Laurent, Alan DeSousa, abonde dans le même sens. « C’est tellement évident qu’elle paie le prix pour sa décision dans le dossier de la marina. Son seul pêché aura été de vouloir prendre une décision éclairée », témoigne-t-il.

M. DeSousa déplore que Julie-Pascale Provost soit la troisième exclue du caucus de Projet Montréal en trois ans, après Giuliana Fumagalli en août 2018 et Sue Montgomery en janvier 2020. « Quand il y a des femmes fortes qui représentent les intérêts de leurs électeurs, le parti n’a aucune tolérance », conclut l’élu.

Interpellé par La Presse, le cabinet de la mairesse de Lachine, Maja Vodanovic, a indiqué qu’il ne fera pas de commentaires sur le fond de cette affaire. « Nous appuyons le parti dans sa décision », a néanmoins réagi l’attaché de presse Matthieu Lampron.

Au début octobre, la fermeture du port de plaisance de Lachine s’est transportée devant les tribunaux, alors que l’Association des plaisanciers du port de Lachine (APPPL) a déposé une demande d’injonction contre la Ville de Montréal. Le dossier suivra son cours dans quelques mois. « Je trouve [cette exclusion] inacceptable. Comme élue, Mme Provost doit s’assurer des meilleures décisions en ayant toute l’information », a d’ailleurs indiqué la porte-parole du groupe citoyen, Josée Coté.