La controverse liée à la fermeture du port de plaisance de Lachine se transporte devant les tribunaux. Un regroupement citoyen s’opposant à la décision de l’administration Plante vient de déposer une demande d’injonction contre la Ville de Montréal en Cour supérieure.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Cette annonce surprise de la Ville, en plein milieu de l’été et pendant l’urgence sanitaire reliée à la pandémie, est intervenue au mépris des relations contractuelles existantes […] constituant, entre autres, un abus de droit vu son délai déraisonnable », lit-on dans la requête de l’Association des plaisanciers (APPPL). Une rencontre doit avoir lieu le 20 octobre, afin de s’entendre sur les prochaines étapes dans ce dossier.

Josée Côté, la porte-parole des plaisanciers, dit regretter d’en arriver là. Elle affirme avoir suggéré plusieurs scénarios de « cohabitation » à la Ville, mais en vain. « On a proposé un projet de site ouvert à tous, en y intégrant une vision environnementale et un aspect transition écologique pour les bateaux. Il n’y a aucune ouverture », martèle-t-elle.

Les demandeurs reprochent aussi à Montréal d’avoir décidé « unilatéralement » de procéder à cette fermeture, « sans y être autorisée » par Transports Canada. À la mi-septembre, La Presse révélait en effet que l’administration Plante n’avait pas entamé au préalable les démarches légales nécessaires auprès du gouvernement fédéral.

Chassés « sans solutions »

Au début de juillet, Montréal annonçait que le port de plaisance de Lachine, dont elle est propriétaire, en serait à sa dernière année. L’intention de la Ville est de transformer l’espace en un nouveau parc sur les eaux du lac Saint-Louis, avec des investissements substantiels de 25 millions pour des travaux allant jusqu’en 2025. L’intention, dit-on, est de rendre les berges accessibles à tous.

Le hic : depuis cette date, l’administration municipale « colporte continuellement des informations manipulées » à la population, déplore le regroupement de plaisanciers. « Ils continuent de dire que les opérations ne sont pas rentables, qu’on a des risques de faillite. C’est faux ! », s’indigne Mme Côté.

On n’a pas le choix d’aller vers les tribunaux. L’attitude de la Ville, c’est du radicalisme. On est chassés sans solutions, sans alternatives pour nos bateaux.

Josée Coté, porte-parole de l’Association des plaisanciers de Lachine

La Ville évalue à 16,5 millions les investissements nécessaires pour rénover la marina, qui composerait avec une « problématique d’érosion généralisée » et des infrastructures « vieillissantes », dont une fosse septique qui « tombe en ruine ». Mais l’association de plaisanciers, qui jure n’avoir jamais obtenu le détail des études réalisées pour arriver à ces constats, arrive plutôt à une évaluation de 5,3 millions.

« Faire des choix difficiles »

Joint par La Presse, le cabinet de la mairesse Valérie Plante indique que la procédure judiciaire « sera étudiée » par les avocats de la Ville. « Les suites appropriées seront apportées dans les prochains jours », indique l’attachée de presse, Catherine Cadotte, dans une déclaration écrite.

Cette dernière souligne par ailleurs que dans le contexte actuel, les intérêts de « l’ensemble des Montréalais » doivent primer sur « ceux de certaines personnes ».

Nous comprenons la déception de certains usagers du port de plaisance, mais nous devons, comme administration responsable, faire des choix difficiles pour assurer la saine gestion des fonds et des lieux publics.

Catherine Cadotte, attachée de presse au cabinet de Valérie Plante

En entrevue avec La Presse en août, la mairesse de Lachine, Maja Vodanovic, s’était dite disposée à trouver des compromis. Une marina « locale », de 70 à 80 places, pourrait par exemple être conservée. « On continuera à discuter. Ce n’est pas une décision politique, mais pragmatique », a soutenu l’élue. Malgré tout, l’arrondissement affirme avoir déjà lancé le projet « parce que les investissements sont imminents ».

« Ce n’est pas la Ville qui est le gros méchant là-dedans », avait aussi insisté Mme Vodanovic, en plaidant qu’il faut faire avancer ce dossier qui traîne depuis trop longtemps. « Déjà en 2017, une étude de la Ville nous montrait que la désuétude des installations était avancée », a-t-elle dit.