La structure d’acier du pont Champlain fera partie du paysage montréalais pour encore au moins un an. Les détails du chantier du démantèlement du pont ont été dévoilés mardi, confirmant un retard de près de deux ans sur l’échéancier prévu.

Antoine Trussart Antoine Trussart
La Presse

Le démantèlement de la travée sur l’île des Sœurs est déjà en cours depuis le mois d’août dernier. Ensuite, dès 2021, les travaux de déconstruction commenceront sur la plus longue section qui enjambe le fleuve Saint-Laurent et se poursuivront jusqu’à la fin de 2023.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Démolition du côté de l’île des Sœurs

Des barges seront utilisées pour recueillir les travées de 2200 tonnes qui y seront démantelées, explique Simon Hébert, directeur adjoint du projet pour le consortium Nouvel Horizon Saint-Laurent (NHSL).

La structure emblématique du pont sera démantelée au cours de l’hiver 2021-2022. Ces travaux doivent absolument s’effectuer en hiver, lorsque la voie maritime en dessous est fermée.

Finalement, le chantier se terminera dans la portion à Brossard par le démantèlement du tablier du pont au-dessus de la route 132 à la fin de 2023.

La déconstruction du vieux pont Champlain ne sera finalement terminée qu’en janvier 2024. Avant d’être perturbés par la pandémie du COVID-19, les travaux devaient se terminer en 2022.

À la société Les Ponts Jacques Cartier et Champlain (PJCCI), on prévoit toujours de respecter le budget initial de 400 millions, malgré les retards occasionnés par la pandémie de COVID-19. Le contrat accordé au consortium NHSL est de 225,7 millions, mais cette somme n’inclut pas les frais encourus pour la protection sanitaire du chantier.

Il est impossible de prédire le coût final pour le moment, selon Sandra Martel, première dirigeante chez PJCCI. La priorité du chantier est de « ne pas mettre les travailleurs à risque », précise-t-elle. Jusqu’à 200 travailleurs seront employés sur le chantier.

Des mesures ont été mises en place pour minimiser l’impact sur les communautés et sur l’environnement, comme une interdiction de circulation des camions aux heures de pointe et l’installation de sonomètres et de brumisateurs pour réduire l’impact du bruit et de la poussière.

Certains piliers en bordure des rives seront conservés pour la commémoration de l’ancien pont dans le cadre du projet « Héritage Champlain », qui comprend aussi l’aménagement des berges à l’île des Sœurs et à Brossard. Cette partie du projet ne sera terminée qu’en 2025.

Des portions du pont pourront être recyclées et réutilisées dans différents projets d’infrastructures, dont les détails seront dévoilés plus tard, indique Mme Martel. C’est le cas notamment des treillis métalliques, ces structures qui ont été installées sous le pont entre 2014 et 2015. Des municipalités se seraient montrées intéressées à utiliser ces treillis pour réaliser entre autres des passerelles piétonnières, note Nathalie Lessard, porte-parole de PJCCI.

Déconstruit après 57 ans de services

Inauguré en 1962, le vieux pont Champlain a accueilli ses derniers automobilistes en juin 2019, alors qu’on a ouvert le pont Samuel-De Champlain, qui le remplace. Sa durée de vie utile a été raccourcie par une mauvaise conception et un mauvais entretien.

Construit pour coûter le moins cher possible, le pont n’a pas résisté à l’épandage de sel sur ses voies durant l’hiver. L’eau salée qui en résultait a entraîné une corrosion avancée de sa structure. Une erreur de design a fait en sorte qu’il est pratiquement impossible à réparer.

Bien qu’on ait remarqué des traces d’usure anormale dès 1986, c’est en 2013 que la situation est devenue critique. Des ingénieurs ont alors remarqué une large fissure sur une section du pont près de l’île des Sœurs. On a alors dû fermer des voies de circulation avant d’installer en catastrophe une superpoutre pour solidifier la structure.

Vu son état de dégradation avancé, il n’est pas possible d’utiliser le pont pour une autre fonction, comme une traverse cycliste et piétonnière, et il doit donc être déconstruit.