Trois conseillers municipaux réclament à leur tour que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) cesse d’utiliser toute technique d'étranglement, dans la foulée du décès de George Floyd aux États-Unis. Selon eux, le risque de causer la mort est trop grand, vu le manque d’expérience et de formation continue.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Nos policiers ont déjà amplement d’armes intermédiaires qui peuvent être utilisées comme le taser-gun ou le bâton télescopique. Il y a aussi d’autres techniques de maîtrise qui existent sans avoir besoin de l’étranglement. Ça ne devrait être utilisé qu'en dernier recours », plaide le conseiller de l’opposition, Abdelhaq Sari.

Ce dernier déposera le 24 août, au conseil municipal, une motion demandant à la Ville de « bannir toute technique d’intervention empêchant la personne visée de respirer ». Deux autres conseillers – Francesco Miele et Marvin Rotrand – l’appuient dans sa proposition.

La police doit se pencher davantage sur les pratiques de désescalade. Quand le public voit des images pareilles, ça réduit drastiquement sa confiance envers le travail des agents.

Abdelhaq Sari, conseiller de l’opposition

Si le règlement est adopté, les élus demandent à l’administration Plante de « documenter tous les incidents » durant lesquels une pratique d'étranglement surviendrait à Montréal, afin d’évaluer si les nouvelles directives seraient respectées. À terme, la Ville devrait aussi faire des représentations auprès de Québec pour mettre fin aux pratiques d’étranglement dans tous les services de police, rajoutent-ils.

Un manque de formation dénoncé

Parce qu'il était jugé dangereux, l’étranglement « respiratoire » a été interdit par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) au tournant des années 80. Au Québec, l’École nationale de police (ENPQ), à Nicolet, enseigne toutefois encore la technique de contrôle par « encolure vasculaire ». Utilisée par le SPVM et d'autres corps policiers, elle consiste à exercer une pression sur les artères carotides de la personne à maîtriser, afin de lui faire perdre conscience.

« Le problème, c’est qu’on enseigne cette manœuvre une fois à l’école de police et qu’après, il n’y a pas de suivi qui est fait », illustre le conseiller du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), Alain Babineau, qui soutient la motion des élus de l’opposition.

Ces techniques sont d’une autre époque. À moins d’un cas extrême, je ne vois aucune raison qui justifie, en 2020, le recours à une technique de contrôle qui, mal exécutée, peut causer un étranglement respiratoire.

Alain Babineau, conseiller au CRARR

Aux yeux de l’ancien policier de la GRC, il est « beaucoup trop risqué » que ce genre de pratiques ne soit pas contrôlé « plus rigoureusement ». « C’est le même niveau qu’une arme à feu, dans le sens que ça peut aussi causer la mort et des blessures très graves », ajoute-t-il.

Le SPVM n'a pas l'intention de changer ses pratiques

Jointe par La Presse, la Division des communications du SPVM affirme pour sa part qu'elle ne remet pas en question la technique de l’encolure pour le moment. Si celle-ci est bien appliquée dans un contexte précis, « la technique de l’encolure permet de maîtriser un suspect avec un risque grandement réduit de blessures comparativement à l’utilisation de certaines des armes intermédiaires », indique-t-on.

Nos policiers sont formés pour toujours adapter leurs techniques et leurs stratégies en fonction de l’intervention à laquelle ils participent et de son évolution.

La Division des communications du SPVM

Le cabinet de la mairesse, lui, réitère qu'il « dénonce tout usage de force policière excessive ». « Nous travaillons avec le gouvernement actuellement pour réformer certains aspects du service de police », affirme l'attachée de presse, Catherine Cadotte, citant entre autres le financement, la représentativité des effectifs, les modes d'interpellation ou la formation des policiers.

En juin, alors qu’une coalition d’organismes avait aussi réclamé la fin des pratiques d’étranglement, Valérie Plante était demeurée prudente. « Le contexte actuel amène des questions. Je pense que c’est sain d’avoir cette conversation, mais je ne vais pas prendre position sur chacune des mesures », avait-elle dit.