Prolifération d’algues, déchets qui flottent, poubelles qui débordent sur les berges : le canal de Lachine a mauvaise mine cette année, situation attribuable à une combinaison de facteurs.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

Ceux qui vivent à proximité du canal ou en utilisent les berges pour courir ou faire du vélo n’ont pas manqué de noter que les algues avaient envahi le cours d’eau cette année.

« Je n’ai jamais vu ça. L’an passé, on voyait le fond de l’eau », lance André Tremblay, rencontré mercredi dernier au kiosque d’Aventures H2O, qui loue des embarcations pour naviguer sur le canal. M. Tremblay y loue parfois un kayak, mais admet que l’expérience est moins plaisante cette année. « Ça reste pris après les pagaies », lance-t-il en parlant des algues. « On voit les nappes de loin, il faut les éviter. »

Pourquoi une telle prolifération d’algues ? Il faut savoir que, chaque année, le niveau de l’eau du canal est abaissé avant l’hiver afin d’éviter que les cycles de gel-dégel n’abîment les murs. Le niveau est ensuite remonté au printemps. Or, cette année, le niveau a été haussé seulement au début de juin pour permettre d’effectuer des travaux sur certaines écluses et portions des murs du canal.

« Les algues se sont formées à cause du faible niveau d’eau. L’eau était stagnante, et il a fait très chaud à cause des canicules », explique Audrey Godin-Champagne, agente de communications à Parcs Canada, qui s’occupe du canal de Lachine.

Mme Godin-Champagne affirme que les algues sont « probablement des algues vertes non toxiques », et non des algues bleues, ou cyanobactéries. « Il n’y a aucun danger pour la population et les visiteurs se trouvant sur les berges », assure-t-elle.

Le niveau d’eau a été remonté en juin entre les écluses trois et cinq, donc du marché Atwater jusqu’au lac Saint-Louis, mais reste plus bas qu’à l’habitude afin de terminer les travaux. Ce n’est qu’à la fin de juillet qu’il sera haussé à un seuil suffisant pour permettre la navigation. En aval de l’écluse numéro trois, dans le Vieux-Port et le bassin Peel, les niveaux n’ont pas encore été haussés. Comme le canal y est presque complètement asséché, les algues ne peuvent y pousser.

Selon Mme Godin-Champagne, « la majorité des algues qui s’étaient formées au cours des dernières semaines se sont dissipées naturellement » dans la portion du canal remplie d’eau. Les algues continuent pourtant d’être très visibles, formant des masses verdâtres à la surface.

« Ça fait un peu piteux », lance George Tremblay, rencontré sur la piste cyclable. David Lin, de son côté, avait quand même réussi à trouver un endroit exempt d’algues pour mouiller sa ligne. « Je n’ai jamais vu le canal comme ça », dit-il lui aussi. Il interrompt soudain la conversation pour pointer une énorme carpe qui glisse paresseusement au fond de l’eau. Pas de chance : la bête s’éloigne de l’hameçon piqué d’un grain de maïs que M. Lin lui tend.

Bouteilles, boîtes de pizza et cônes orange

Outre les algues, c’est aussi la quantité de déchets dans le canal qui frappe. Parcs Canada explique laisser généralement les déchets dériver jusqu’aux murs des écluses, où ils s’accumulent et sont récupérés. L’automne, quand le niveau du canal est abaissé, Parcs Canada tente aussi de nettoyer le fond du canal – opération délicate à cause des sédiments contaminés laissés par le long passé industriel des lieux.

Or, cette année, les algues semblent bloquer les déchets et les empêcher de parvenir aux écluses. Juste en amont du bassin Peel, La Presse a surpris un grand héron perché sur une barrière à sédiments retenant un amoncellement d’algues et de déchets, parmi lesquels on pouvait apercevoir des retailles de styromousse, des bouteilles de plastique, des canettes de bière, un ballon et un bon vieux cône orange. Au milieu du bassin Peel trône une chaise de plastique rouge à moitié immergée.

Un canal et ses déchets

  • Outre les algues, c’est aussi la quantité de déchets dans le canal de Lachine qui frappe.

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

    Outre les algues, c’est aussi la quantité de déchets dans le canal de Lachine qui frappe.

  • Outre les algues, c’est aussi la quantité de déchets dans le canal de Lachine qui frappe.

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

    Outre les algues, c’est aussi la quantité de déchets dans le canal de Lachine qui frappe.

  • Outre les algues, c’est aussi la quantité de déchets dans le canal de Lachine qui frappe.

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

    Outre les algues, c’est aussi la quantité de déchets dans le canal de Lachine qui frappe.

  • Outre les algues, c’est aussi la quantité de déchets dans le canal de Lachine qui frappe.

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

    Outre les algues, c’est aussi la quantité de déchets dans le canal de Lachine qui frappe.

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Maya Rossi, résidante de la Petite-Bourgogne, souligne que le confinement et le fait que les bars et les restaurants ont été longtemps fermés ont amené les gens à prendre l’habitude de pique-niquer en groupe sur les berges du canal. Lors de notre passage, mercredi dernier, de nombreuses poubelles débordaient en effet de contenants de nourriture et de bouteilles. Mme Rossi croit que bon nombre de ces déchets sont soufflés par le vent et finissent leur parcours dans le canal. Parcs Canada parle aussi d’une « fréquentation sans précédent » ces derniers mois » et affirme vider les poubelles cinq fois par semaine.

« Le canal de Lachine est situé en plein cœur de la ville de Montréal, et Parcs Canada fait face aux mêmes défis que toutes les grandes villes en ce qui concerne la propreté de ses sites », affirme le ministère fédéral. Quant aux déchets flottants, le Ministère affirme qu’aucune opération particulière n’est prévue pour les ramasser. « Lorsque les opérations de navigation reprendront au début du mois d’août, les mouvements d’eau suffiront à dégager les déchets, ce qui permettra aux équipes de Parcs Canada de les récupérer facilement », dit-on.

PHOTO FRANCOIS ROY, LA PRESSE

Cara Carmina, Eliana Charlebois Gomez et Renaud Dupin, les trois amis derrière l'initiative « Une marche – Un sac », qui vise à ramasser les détritus le long du canal de Lachine.

Brigade citoyenne de nettoyage

Choqués par l’aspect « un peu dégueulasse » du canal de Lachine, trois amis se sont mis en tête de le nettoyer. Eliana Charlebois Gomez, Renaud Dupin et Cara Carmina se sont même aventurés dans le bassin Peel asséché, au début de mai, pour y ramasser les déchets qui jonchaient l’endroit. Mais Parcs Canada a rapidement joint le groupe pour le mettre en garde contre la contamination des lieux et lui demander de ne pas y retourner. Chaque matin, depuis 40 jours, les trois amis arpentent donc plutôt les berges, sac à la main, pour y ramasser les détritus. L’initiative, baptisée « Une marche – Un sac », attire aussi quelques bénévoles. « On est entre 5 et 10 chaque matin », dit Eliana Charlebois Gomez, qui note elle aussi que le confinement dû à la COVID-19 a suscité beaucoup d’activité le long du canal de Lachine. « On ramasse énormément de déchets de pique-nique : bouteilles et canettes de bière, mégots de cigarette, boîtes de pizza, énumère la femme de 31 ans. Parfois, c’est un peu décourageant de voir que les lieux nettoyés la veille sont déjà pleins de déchets le lendemain. »