Ce n’est pas la première fois que j’écris sur le dur défi de cohabitation qui se présente quotidiennement aux automobilistes, aux piétons et aux cyclistes de Montréal. Je me dois d’y revenir, car avant même que l’été soit officiellement commencé, ce problème monte en flèche.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

Année après année, les moyens de locomotion ne cessent de se multiplier dans la métropole. Au trio classique, il faut maintenant ajouter une pléiade d’engins motorisés ou non qui se retrouvent un peu partout sur les voies publiques, particulièrement sur les pistes et les bandes cyclables.

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« Une pléiade d’engins motorisés ou non se retrouvent un peu partout sur les voies publiques, particulièrement sur les pistes et les bandes cyclables », souligne notre chroniqueur.

Je pense aux trottinettes (classiques ou électriques), aux planches à roulettes (classiques ou électriques), aux triporteurs et quadriporteurs, aux fauteuils roulants, aux joggeurs, aux vélos électriques (tsé, ceux qui te font suer quand ils te dépassent sur la côte Berri) et aux monocycles électriques.

Mais la palme de la présence indésirable sur les pistes cyclables revient sans aucun doute aux scooters électriques. Mais que diable font-ils là ? Leur nombre était déjà important depuis quelques années, mais il atteint un sommet depuis le début de la belle saison, particulièrement sur les pistes très achalandées du centre-ville (De Maisonneuve, Rachel, etc.).

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Des propriétaires de scooters électriques roulent parfois hors des rues.

Les propriétaires de scooters électriques ont compris que c’était plus simple, plus rapide (ils peuvent rouler jusqu’à 60 kilomètres à l’heure) et plus sécuritaire pour eux d’emprunter les pistes cyclables que de circuler dans les rues, comme cela devrait se faire selon le Code la sécurité routière du Québec.

Ceux qui sont sur ces engins vont nettement plus vite que les vélos. Ils n’hésitent donc pas à zigzaguer sur les pistes pour dépasser tout le monde. Leur présence est extrêmement dangereuse. C’est l’avis de beaucoup de cyclistes, m’a confirmé Suzanne Lareau, PDG de Vélo Québec, avec laquelle je me suis entretenu la semaine dernière.

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« Le nombre de scooters électriques était déjà important depuis quelques années, mais il atteint un sommet depuis le début de la belle saison », écrit notre chroniqueur.

« Heurter un autre vélo, c’est une chose. Mais se faire rentrer dedans par un scooter, c’est autre chose, dit-elle, ulcérée. C’est lourd et ça roule vite. Le règlement existe pour empêcher les scooters sur les pistes cyclables, mais visiblement, le SPVM ne fait pas de suivi, car ils sont devenus très nombreux. »

Suzanne Lareau croit que ce mélange des genres sur les pistes cyclables commence à peser lourd. « On ne peut pas se retrouver avec tous ceux qui ne veulent pas rouler dans les rues. Notre réseau n’est pas assez développé et les pistes ne sont pas assez larges pour accueillir tout le monde. »

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Suzanne Lareau, PDG de Vélo Québec

Si je devais résumer la situation qui règne actuellement à Montréal, je dirais que les cyclistes en ont marre d’avoir toutes sortes d’intrus sur les pistes, que les automobilistes sont tannés de chercher désespérément des places de stationnement et que les piétons ne savent plus où on peut marcher sans se faire écraser.

Il est clair que ce joyeux bordel dans les rues de Montréal va atteindre un pic cet été avec la création de rues réaménagées, de voies actives sécuritaires, de corridors sanitaires, de bandes pour piétons et joggeurs, de nouvelles voies et pistes cyclables et de vélo-rues.

(Un message en passant à certains automobilistes : les deux bandes tracées au sol à 60 centimètres de distance sont là pour éviter l’emportiérage. Ça serait bien de vous garer à côté et non au-dessus.)

Le meilleur exemple du capharnaüm qui règne en ce moment en ville se trouve dans la rue Rachel, où, à partir de la rue Hogan (en allant vers le Stade), on a ajouté une deuxième piste cyclable double. Les lignes peintes au sol donnent l’impression que nous sommes en face de deux pistes bidirectionnelles. Or, ce n’est pas le cas : une piste double va vers le nord et l’autre vers le sud. Mais ce n’est pas clair.

De plus, on a ajouté du côté est de la rue un passage pour piétons et joggeurs (avec la fermeture des gyms, ça court en bébitte à Montréal). Certains cyclistes croient que c’est également pour eux. Je suis passé par là quelques fois ces derniers jours et j’ai été témoin de choses aberrantes. J’ai même vu une voiture emprunter… l’une des pistes cyclables.

Ajoutons à cela que cette piste cyclable, dans cette partie de la ville, est dans un état lamentable. Comme la seconde piste nouvellement dessinée se trouve dans la rue, c’est pire. C’est le festival de la crevasse et des nids-de-poule mal bouchés. J’ai eu l’impression de faire du motocross.

La mairesse Valérie Plante aime à dire que les mesures mises en place ce printemps dans un climat d’urgence devraient servir de laboratoire. À cela, j’ajoute que ce laboratoire devrait faire l’objet d’un profond « post-mortem » à la fin de l’été. Il faut se poser de sérieuses questions sur les besoins réels des Montréalais, mais surtout sur la manière durable d’y répondre.

Cette réflexion sur la difficile cohabitation doit se faire en incluant tous les acteurs. Il faut que tous sentent que la ville leur appartient, ce qui n’est pas le cas en ce moment.

Il y a quelques années encore, j’étais un Montréalais parfaitement heureux. Puis je suis devenu un Montréalais partiellement malheureux selon le moyen de transport utilisé. Mais là, quand je prends la voiture, je rage. Quand j’enfourche un vélo, je rage. Et quand je marche dans les rues, je rage. Ce n’est pas normal.

À quoi bon lancer des projets et transformer la ville si personne n’y trouve totalement son compte ?

Chaque fois que j’ai abordé ce sujet, vous avez été nombreux à m’écrire des choses comme : « De toute façon, la mairesse Plante pis sa gang de cyclistes vont sauter aux prochaines élections. » Je crois qu’il faut plus qu’un balayage d’administration pour doter Montréal d’une infrastructure solide et réfléchie à cet égard.

Il faut une véritable volonté commune.

Et une grosse part de civilité !