Des citoyens de Rosemont–La Petite-Patrie s’inquiètent pour leur qualité de vie si jamais les gestionnaires du Parc olympique sont autorisés à signer des ententes à long terme avec des organisateurs de festivals ou d’événements culturels et sportifs.

Dominique Talbot Dominique Talbot
La Presse

Ces craintes ont été avivées par le début des consultations publiques sur le projet de loi 15, qui vise à élargir le mandat des gestionnaires du Parc olympique, aujourd’hui à Québec.

Le printemps dernier, deux festivals de musique qui se sont étendus sur plusieurs fins de semaine sur l’Esplanade du Stade avaient suscité la grogne de centaines de résidants de l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie, vers qui le son des haut-parleurs était dirigé.

Ces résidants, qui ont formé la Coalition anti-bruit Rosemont, se plaignaient du « bruit excessif » pendant les concerts. La Régie des installations olympiques (RIO) avait confirmé à La Presse que près de 200 plaintes avaient été formulées pour dénoncer la situation.

« Le nouvel organisme aura pour but de rentabiliser les installations du Parc olympique. L’Esplanade du Stade se transformera-t-elle en machine à argent au détriment de la quiétude des citoyens, simplement pour ajouter quelques millions dans ses coffres ? s’inquiète Dominique Girard, porte-parole de la coalition. Mettra-t-on en place un Vatican de la Fête en plein cœur d’un quartier paisible et de l’Espace pour la Vie ? C’est notre crainte et la raison de notre action », explique-t-elle.

La coalition a d’ailleurs fait part de ses doléances au député de Rosemont, Vincent Marissal, qui participera aux audiences qui débutent cet après-midi. M. Marissal dit en avoir discuté récemment avec les dirigeants de la RIO. 

La RIO est sensible à cela. De toute évidence, certaines décisions seront prises pour ne pas accabler tout le quartier. Il va falloir trouver le moyen de revaloriser ce lieu en lien avec le principe d’acceptabilité sociale.

Le député Vincent Marissal

« Nous nous assurerons que la société continuera de collaborer avec les arrondissements limitrophes afin de mettre en place des solutions qui permettront de diminuer l’impact du son pour tenir compte du voisinage et agir en bon citoyen. C’est une question d’équilibre », a dit à ce sujet Jonathan Guay, attaché de presse de la ministre du Tourisme, Caroline Proulx, qui a déposé le projet de loi en mai dernier.

Fin de la RIO

Rappelons que, s’il est adopté, le projet de loi 15 fermera le chapitre de la RIO pour créer la Société de développement et de mise en valeur du Stade olympique, qui sera assujettie à la Loi sur la gouvernance des sociétés d’État.

La nouvelle loi accordera une plus grande autonomie aux gestionnaires du Parc olympique, leur donnant le mandat d’exploitation, de promotion et de développement de l’endroit. Ce mandat s’ajoute à celui de mise en valeur et de préservation du patrimoine architectural de l’espace qui a accueilli les Jeux de 1976.

Le Parc olympique pourra ainsi signer des ententes à long terme avec différents promoteurs, locateurs de ses locaux, concessions alimentaires, organisateurs de festivals ou d’événements culturels et sportifs. Il lui sera aussi possible d’« acquérir ou constituer toute filiale utile à la réalisation de sa mission. »

« L’objectif est de permettre au Parc olympique de conclure des partenariats significatifs afin de susciter davantage d’investissements privés et de projets de développement social et économique. Notre intention n’est pas de mettre en concurrence le Parc olympique et les promoteurs privés, mais plutôt de les encourager à développer, ensemble, plus de relations d’affaires », explique Jonathan Guay.

Montréal veut un siège au conseil d’administration

La version actuelle du projet de loi ne prévoit pas explicitement qu’un des 13 sièges du conseil d’administration du nouvel organisme soit réservé à un représentant de la métropole. Le directeur des communications du cabinet de la mairesse Valérie Plante, Youssef Amane, a confirmé à La Presse que la Ville allait en faire la demande. L’actuelle Régie des installations olympiques ne compte aucun représentant de la métropole à son C.A.

Nous appuyons les orientations du gouvernement [par rapport à la nouvelle mission de la Société] et nous demandons un siège pour Montréal. Nous allons aussi réitérer qu’il faut collaborer avec les différents acteurs du secteur, dont Espace pour la Vie.

Youssef Amane

Pierre Lessard-Blais, maire de l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, où est situé le Parc olympique, et Laurence Lavigne Lalonde, conseillère de ville du district Maisonneuve–Longue-Pointe, représenteront la métropole pour l’occasion.

« Les membres des conseils d’administration des sociétés d’État sont choisis en fonction d’un “profil de compétences” et d’une liste de critères approuvée par le conseil d’administration. Ainsi, c’est l’expérience et la compétence de l’individu qui priment lors de sa nomination à un conseil, et non sa provenance, explique Jonathan Guay. Toutefois, le projet de loi prévoit que trois membres du conseil d’administration seraient nommés après consultation d’organismes représentatifs des milieux concernés par la mission du Parc olympique. »

« Nous sommes d’accord avec l’idée qu’un représentant de la Ville soit [dans] le C.A. ainsi qu’un représentant des citoyens, dit quant à lui Vincent Marissal. Le Stade olympique est un endroit majeur pour Montréal. Il est là, et il faut s’en occuper. À ce titre, c’est normal que la communauté soit mise à contribution. »