L’administration de la mairesse Valérie Plante fait volte-face et adhère à l’idée de permettre la circulation automobile sur le mont Royal en transformant Camillien-Houde en «chemin de plaisance».  

Kathleen Lévesque
Kathleen Lévesque La Presse

Mme Plante prend ainsi en compte les recommandations de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) rendues publiques jeudi matin pour une «vision d’avenir» du mont Royal. Elle reçoit également l’analyse très critique de l’OCPM à l’égard du projet pilote interdisant la circulation de transit sur le mont Royal pendant cinq mois l’été dernier. Là où l’administration Plante avait vu une réussite, l’OCPM parle d’une expérience faite à la hâte, qui a nourri la controverse et dont les objectifs étaient flous.

La mairesse de Montréal retient surtout de ce rapport que «le statu quo» est exclu. «La circulation sera donc possible sur Camillien-Houde, mais aujourd’hui, ce rapport signe aussi la fin de l’autoroute Camillien-Houde. […] La route deviendra donc un chemin de plaisance apaisant et sécuritaire pour tous», a affirmé Valérie Plante.

Dans son rapport, l’OCPM souligne que l’administration municipale n’a pas misé sur la concertation préalable avec les partenaires avant de décréter un projet pilote (qui s’est déroulé du 2 juin au 31 octobre 2018) dont «les résultats sont peu concluants». Le rapport souligne également que le «projet a été perçu comme précipité», n’a pas obtenu l’acceptabilité sociale notamment à cause de la grande polarisation du débat et que l’administration a établi des objectifs «imprécis ou manquants».

Un fiasco, renchérit l’opposition

«Ça confirme que le projet pilote a été un fiasco à tous points de vue: accès à la montagne, aménagement et sécurité des cyclistes», estime le chef de l’opposition officielle, le conseiller municipal Lionel Perez.

Selon lui, la mairesse Plante ne peut justifier la situation par un problème de communication comme elle l’a fait lors de l’augmentation des taxes de son premier budget, pour expliquer son allocution livrée uniquement en anglais à des investisseurs étrangers et sa réaction tardive aux propos du maire d’Hampstead sur le «nettoyage ethnique». «La communication, ce n’est pas à sens unique. C’est non seulement parler, mais c’est aussi être à l’écoute. Mme Plante et Luc Ferrandez étaient déconnectés des Montréalais», soutient Lionel Perez.

Par ailleurs, ce dernier se réjouit de la recommandation de l’OCPM de maintenir la circulation automobile sur l’ensemble de l’axe Camillien-Houde/Remembrance mais de transformer cette route en «chemin de plaisance». «Ce concept permettrait la mise en valeur de l’expérience du mont Royal et la découverte de ses patrimoines paysagers, naturels et culturels, tout en réduisant et décourageant le transit. En bref, un chemin qu’on emprunterait parce qu’il est agréable et non en quête d’un raccourci», soutient l’OCPM.

À cet égard, M. Perez souligne que la proposition correspond au mémoire présenté par son équipe politique. En effet, Ensemble Montréal avait plaidé pour une cohabitation de tous les usagers en mettant en place des mesures dissuasives pour réduire la place de l’automobile. Il était notamment question d’abaisser la vitesse à 30 km/h.

Le «chemin de plaisance» proposé nécessitera toutefois «du leadership et de la détermination», souligne l’OCPM qui estime qu’une telle mise en œuvre devra se faire sous l’égide d’une instance administrative spécifique. Un tel bureau de projet devrait rendre public régulièrement l’état d’avancement des travaux, souligne-t-on.

Dans une déclaration faite à la presse jeudi matin, la mairesse Plante a tenu à rappeler le contexte qui a mené au projet pilote, soit le décès d’un jeune cycliste de 18 ans «fauché par un automobiliste qui a effectué une manœuvre illégale et fatale» le 4 octobre 2017. Il y avait, selon elle, urgence d’agir pour «protéger les usagers les plus vulnérables sur la voie Camillien-Houde». Mme Plante en avait fait un engagement de campagne à quelques semaines de l’élection qui l’a menée au pouvoir,  

Au cours des prochaines semaines, l’administration Plante précisera les aménagements pour accentuer la sécurité qui seront faits dès cet été. «Le mont Royal est un joyau, un poumon vert au cœur de l’île. Il appartient à tous les Montréalais et toutes les Montréalaises. Et chacun doit y avoir accès en toute sécurité», a indiqué Valérie Plante.

Forte participation

L’OPCM note que la consultation qui s’est déroulée dans «un contexte de forte controverse», a battu un record de participation. Plus de 13 000 participants ont fait valoir leur point de vue (en ligne, activités d’information, ateliers et audiences formelles). L’OPCM a reçu près de 2000 opinions. Cela met en évidence l’attachement des Montréalais à la montagne, souligne-t-on.

Dès 1990, des mesures d’interruption et de contournement de la circulation automobiles avaient été proposées par le Bureau de consultation publique de Montréal. L’OPCM avait également emprunté cette voie en 2008.

Le dernier rapport présente 16 recommandations tournées vers une «vision d’avenir». Cette dernière est présentée «dans la continuité de la vision promue par Olmsted lors du design du parc du Mont-Royal et qui se caractérisait par deux traits majeurs: "une œuvre d’art globale et démocratique" qui permet aux citadins de "se ressourcer au contact de la nature"», relate le rapport.