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Manifestation contre la brutalité policière: peu de casse, 258 arrestations

Hugo Meunier
La Presse

L'habituel jeu du chat et de la souris entre les protestataires et les policiers n'a pas duré longtemps mardi, en marge de la 15e manifestation contre la brutalité policière, qui se tenait dans les rues du centre-ville. Quelque 258 personnes ont tout de même été arrêtées au terme de la marche annuelle, qui a pour une fois généré peu de casse.

Sur les 258 personnes arrêtées, 239 l'ont été en vertu du code de la sécurité routière, 13 pour des infractions aux règlements municipaux et 6 pour des entraves au Code criminel.

Malgré le nombre élevé d'arrestations, un peu de casse et trois blessés mineurs -deux policiers et une citoyenne- l'opération est un succès aux yeux du Service de police de la Ville de Montréal.

«Dès que des actes criminels ont été commis, on a décidé d'interrompre la manifestation. Selon nos échos, il y a aujourd'hui des commerçants très heureux de notre travail», a souligné mercredi matin Philippe Pichet, inspecteur à la Division de la planification opérationnelle.

Le Collectif opposé à la brutalité policière (COBP) devrait pour sa part réagir plus tard dans la journée.

L'organisme s'est dit est scandalisé de l'offensive policière menée afin de «saboter» l'événement, notamment avec l'arrestation de quelques organisateurs avant le début de la marche.

Le COBP a vivement dénoncé les arrestations de masse, sous prétexte que les manifestants faisaient entrave à la circulation. «Porter des accusations d'entrave à la circulation -alors que toute manifestation implique l'entrave de la circulation- revient à criminaliser l'acte de manifester et à mettre en péril la liberté d'expression de la contestation populaire», déplorait mardi soir le COBP par voie de communiqué. Selon la police, les manifestants ont été sommés de quitter les lieux à plusieurs reprises, avant d'être mis en état d'arrestation. «On a ainsi  filtré beaucoup de commerçants et de citoyens qui se trouvaient parmi les manifestants. Les autres ont voulu rester là», a expliqué l'inspecteur Pichet. Pour ce qui est de l'offensive rapide des policiers, l'inspecteur semble dire qu'il est impossible de plaire à tout le monde. «Soit qu'on attend trop ou soit qu'on est trop vite», a-t-il résumé.

Le COBP est le seul organisme à refuser de fournir aux policiers l'itinéraire de la marche. Illégale cette manifestation donc? Théoriquement oui, semblait dire hier le SPVM. «Mais notre rôle est de permettre la manifestation, même on sait qu'il peut y avoir des dérapages. On va procéder à des arrestations au besoin», expliquait l'inspecteur-chef Sylvain Lemay. L'an dernier, la manifestation avait coûté environ 500 000$ aux contribuables, en coût pour les effectifs déployés.

Le Service de police de la Ville était prêt, à en juger par la vitesse avec laquelle les manifestants ont été matés, lorsque les choses commençaient à tourner au vinaigre, sur la rue Saint-Denis. Quelques projectiles sur des vitrines de commerces et une bouteille lancée au visage d'un citoyen ont été suffisants pour convaincre les policiers de sonner la charge. Des dizaines de manifestants se sont alors retrouvés pris en souricière entre des policiers. Au moment d'envoyer ces lignes, trois heures plus tard, plusieurs manifestants étaient encore dehors sur le bitume. Blandine Juchs était parmi eux. «J'ai froid, j'ai mal aux pieds, j'ai faim. Les policiers ne nous disent rien. La situation est complètement absurde, les policiers ne veulent juste pas admettre que leur intervention était démesurée», a dénoncé la jeune femme.

Le SPVM déplore la situation mais rappelle qu'il s'agit de la procédure habituelle. «C'est dommage, mais les gens doivent être identifiés. La meilleure façon d'éviter ça est de manifester sans faire de casse», a répliqué le sergent Ian Lafrenière.

La manifestation avait débuté en début d'après-midi à l'angle du boulevard Maisonneuve et de la rue Jeanne-Mance, ironiquement à quelques mètres du quartier général du SPVM. La police avait mis à contribution ses groupes d'intervention, la cavalerie, des agents à vélo et des maîtres-chiens.

L'ambiance était d'abord plutôt festive parmi les quelques centaines de manifestants rassemblés, rythmée par les traditionnels «Fuck the police!» et «Police partout, justice nulle part!» lancés à la barbe des policiers.

Quelques organisateurs de l'événement auraient été arrêtés avant même le début de la marche, a dénoncé le Collectif opposé à la brutalité policière. «On peut tout de suite voir les intentions de la police», a pesté Sophie Sénécal, une porte-parole de l'événement qui parlait de sabotage policier. Selon le sergent Ian Lafrenière, les personnes arrêtées contrevenaient à des règlements municipaux et certains s'étaient présentés avec des bâtons.

Le cortège s'est ensuite mis en branle, derrière une immense banderole sur laquelle on pouvait lire «Nettoyage social, le SPVM a les mains sales.» Maxime Boucher, 25 ans et son ami Samuel Saint-Denis-Lisée gonflaient les rangs des manifestants. «Malgré la répression, on est d'accord avec le principe et non les moyens», a raconté M. Saint-Denis-Lisée, au sujet de la marche.

Les manifestants se protègent des bombes lacrymogènes lancées... (Photo: Patrick Sanfaçon, La Presse) - image 2.0

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Les manifestants se protègent des bombes lacrymogènes lancées par les policiers.

Photo: Patrick Sanfaçon, La Presse

Selon Hugo Le Breton, un autre manifestant, le fait que la marche soit aussi populaire prouve sa raison d'être. «Et les arrestations massives comme au sommet du G-20 à Toronto l'été dernier ont pour effet de radicaliser des gens qui n'auraient pas pris part à de telles manifestations dans le passé», a ajouté le jeune homme.

Le cortège improvisé a emprunté d'importants artères comme le boulevard Saint-Laurent et la rue Sherbrooke, avant de s'engager sur la rue Saint-Denis. Quelques méfaits ont alors été commis, notamment sur la vitrine d'une boutique Calvin Klein. Quelques manifestants cagoulées et vêtues de noir se montraient alors plus hostiles.

Quelques manifestants avaient lancé des balles de peinture aux policiers, qui ont répliqué avec des engins pyrotechniques, avant de sonner la charge. Le noyau dur des manifestants s'est retrouvé pris en étau entre deux murs de policiers de l'escouade anti-émeute. Des dizaines d'autres avaient grimpé sur les balcons pour contempler cette scène inusitée.

Au deuxième étage du restaurant Saint-Hubert, quelques enfants avec des ballons s'émerveillaient au passage des policiers à cheval.




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