Ottawa a annoncé jeudi un plan d’aide de 1,6 milliard de dollars pour l’adaptation aux changements climatiques. Des fonds déployés dans le cadre d’une toute nouvelle stratégie nationale d’adaptation au climat saluée par le monde municipal. Gros plan.

Mieux outiller les provinces et les municipalités

Le gouvernement fédéral a dévoilé jeudi sa toute première stratégie nationale d’adaptation au climat, qui était réclamée par de nombreux experts depuis quelques années. Celle-ci vise à mieux outiller les provinces et les municipalités face aux conséquences de plus en plus importantes des changements climatiques au pays. Une enveloppe budgétaire de 1,6 milliard a également été annoncée pour financer plusieurs mesures ciblées, dont près de 500 millions qui seront versés au Fonds d’atténuation et d’adaptation en matière de catastrophe. Jusqu’à 530 millions iront aussi au Fonds municipal vert, destiné à soutenir des « initiatives d’adaptation » dans les municipalités. Une période de consultation de 90 jours est enclenchée auprès des provinces et des communautés autochtones avant l’adoption du document final.

PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Sauvetage lors des inondations de Sainte-Marthe-sur-le-Lac en 2019

Des pertes annuelles estimées à 15,4 milliards

Les changements climatiques se font déjà durement ressentir au Canada, où le réchauffement est au moins deux fois plus rapide que la moyenne mondiale. Si la tendance se maintient, le Québec, par exemple, pourrait se réchauffer en moyenne de 6 degrés d’ici la fin du siècle. Le gouvernement fédéral estime par ailleurs que les pertes annuelles moyennes issues des catastrophes causées par le réchauffement planétaire totaliseront 15,4 milliards de dollars d’ici 2030 au pays. À lui seul, l’ouragan Fiona, en septembre dernier, a occasionné des indemnités d’assurance de 660 millions de dollars dans les Maritimes, selon le Bureau d’assurance du Canada.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Havre-Haubert, aux Îles-de-la-Madeleine, au lendemain du passage de la tempête Fiona

Des investissements rentables

Dans son plus récent rapport dévoilé en septembre dernier, l’Institut climatique du Canada (ICC) indiquait que chaque dollar investi dans l’adaptation au climat pourrait permettre des économies de 13 $ à 15 $. Ottawa a ainsi calculé que la mise en œuvre de sa stratégie pourrait faire économiser jusqu’à 4,7 milliards de dollars par année. Le même rapport de l’ICC soulignait également que d’ici 2100, les changements climatiques pourraient entraîner des pertes de revenus de l’ordre de 865 milliards de dollars au pays, soit six fois les revenus du gouvernement du Québec en 2022-2023. « Ce qu’on ne prévient pas aujourd’hui, ça va nous coûter beaucoup plus cher tantôt », analysait Martin Damphousse, premier vice-président de l’Union des municipalités du Québec en septembre dernier.

PHOTO GIORDANO CIAMPINI, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Sentier du parc national urbain de la Rouge, à Toronto, en Ontario

De nouvelles normes de construction

« Les incendies de forêt, les inondations et les ouragans dévastateurs de l’année dernière ont montré qu’il est urgent d’agir pour composer avec la fréquence et la gravité accrues des catastrophes liées au climat », a déclaré le ministre fédéral de la Protection civile, Bill Blair. Parmi les mesures qui seront mises de l’avant, Ottawa veut notamment adopter de nouvelles normes de construction mieux adaptées aux risques d’inondation et d’incendies de forêt. Celles-ci pourraient permettre des économies de 4,7 milliards de dollars par année, selon les calculs du gouvernement fédéral. Près de 70 millions de dollars serviront à une nouvelle évaluation scientifique du climat à l’échelle du Canada.

PHOTO DARRYL DYCK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Feu de forêt brûlant sur le flanc d’une montagne à Lytton, en Colombie-Britannique, en juillet 2021

Une annonce saluée par le monde municipal

« Depuis plusieurs années maintenant, des vagues de chaleur record, des inondations et des ouragans, des tempêtes et des incendies de forêt jamais vus auparavant ravagent chaque année nos maisons, nos entreprises et nos collectivités. Ces conditions climatiques dévastatrices sont fréquentes et intenses, et le Canada n’est pas prêt à y faire face », a déclaré la présidente de la Fédération canadienne des municipalités, Taneen Rudyk, dans un communiqué de presse. Pour Daniel Côté, président de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), « la Stratégie nationale d’adaptation tombe à point nommé et propose plusieurs orientations intéressantes, qui priorisent notamment l’adaptation des infrastructures municipales, reconnaissant qu’elles sont les plus affectées par les changements climatiques. Cela s’inscrit en droite ligne des chantiers mis de l’avant dans la plateforme municipale “Unis pour le climat” de l’UMQ ».

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Daniel Côté, président de l’Union des municipalités du Québec

Une meilleure coordination

Selon Julien Bourque, associé de recherche à l’Institut climatique du Canada, cette stratégie d’Ottawa était plus que bienvenue dans le contexte actuel. Celle-ci devrait permettre une meilleure coordination entre les différents ordres de gouvernement et le secteur privé en matière d’adaptation aux changements climatiques. L’expert rappelle que « tout le monde doit s’y mettre » pour faire face aux défis posés par l’adaptation, dont les budgets doivent être revus à la hausse. L’Institut climatique du Canada signale d’ailleurs que la facture associée aux aléas climatiques est en hausse pour les consommateurs. Par exemple, les propriétaires canadiens ont dépensé 42 % de plus pour leurs primes d’assurance habitation au cours de la dernière décennie, en raison des dommages causés aux propriétés par les changements climatiques.

En savoir plus

  • 3,20 $
    Somme générée pour chaque dollar investi dans les forêts urbaines à Toronto, en diminuant les frais de climatisation, en améliorant la qualité de l’air et en réduisant la pression sur l’infrastructure de gestion des eaux pluviales
    SOURCE : Environnement et changement climatique Canada
    550 millions
    En 2021, les pluies torrentielles en Colombie-Britannique ont perturbé les activités au port de Vancouver, affectant ainsi le transport de marchandises totalisant 550 millions de dollars chaque jour.
    SOURCE : Institut climatique du Canada