D’ici l’été 2027, la Fonderie Horne sera en mesure de réduire ses émissions d’arsenic à 15 nanogrammes par mètre cube (ng/m⁠⁠⁠3), comme le veut Québec, en investissant 500 millions dans un plan de modernisation. Mais elle ne sait pas quand ni comment la norme québécoise de 3 ng/m⁠⁠3 pourra être atteinte. Des résidants et des organismes écologistes sont formels : ça ne suffit pas.

Publié le 19 août
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Ce plan ne tient pas compte de la santé de la population. Attendre cinq ans pour se rendre à 15 nanogrammes, ça n’a pas de bon sens. On doit cesser de nous traiter comme des citoyens de seconde zone », déclare Nicole Desgagnés, du comité Arrêt des rejets et émissions toxiques de Rouyn-Noranda.

Lundi, Québec avait annoncé que la Fonderie Horne devrait réduire ses émissions d’arsenic à 15 ng/m⁠⁠3 d’ici cinq ans. Dès 2023, la Fonderie estime qu’elle pourra réduire ses émissions à un seuil de 65 ng/m⁠⁠3, puis à 45 ng/m⁠⁠3 de 2024 à 2026, pour finalement atteindre le seuil de 15 ng/m⁠⁠3 en 2027. Actuellement, la moyenne annuelle autorisée est de 100 ng/m⁠3.

Glencore estime que dans 84 % du périmètre urbain de Rouyn-Noranda — à 1200 mètres de la Fonderie –, la concentration sera de 3 ng/m⁠3 d’ici 2027. Cette année-là, 97 % de la municipalité, à 450 mètres et plus de la Fonderie, sera à 7 ng/m⁠⁠3.

« Nous ne sommes pas en mesure d’indiquer comment on va arriver à 3 ng/m⁠⁠3, à cette étape-ci. On vise toujours l’amélioration, mais il faut se donner la chance de mettre en place cette transformation-là », a expliqué jeudi le chef des opérations cuivre de Glencore en Amérique du Nord, Claude Bélanger.

Mme Desgagnés est perplexe. « On sent que c’est un peu comme si la Fonderie voulait s’arrêter à 15 nanogrammes. On aurait voulu que ça soit beaucoup plus rapide pour atteindre cette cible. Et surtout qu’on ait un horizon clair pour aller vers 3 nanogrammes », dit la résidante de Rouyn-Noranda.

« L’impression d’être sacrifiées »

À l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME), la coordonnatrice Patricia Clermont est du même avis. « Ce n’est pas acceptable de ne même pas offrir de calendrier à la population pour l’atteinte de la norme, surtout quand on sait qu’il y a des familles et des citoyens qui envisagent de quitter la région, parce qu’elles ont l’impression d’être sacrifiées », fustige-t-elle.

« Le gouvernement a encore une fois été trop laxiste depuis le début. Il a mis la barre très bas, trop bas, et l’entreprise se contente d’y répondre. C’est un autre passe-droit que le gouvernement octroie finalement », affirme de son côté Patrick Bonin, responsable de la campagne climat-énergie de Greenpeace Canada.

Louis-César Pasquier, professeur spécialisé en traitement des gaz à l’Institut national de recherche scientifique (INRS), rappelle toutefois que les infrastructures de la Fonderie Horne sont « vieillissantes » et qu’il serait donc « complexe » de progresser rapidement vers les 3 ng/m⁠3.

« Ça démontre que cette usine n’a pas vraiment évolué. Le manque d’investissements passés nous coûte deux fois plus cher aujourd’hui. [On n’a] pas mis l’accent sur les améliorations d’infrastructures pour la performance environnementale dans les dernières années. Il reste beaucoup de chemin à faire », explique-t-il.

Un plan de 500 millions

Le plan de modernisation de la Fonderie Horne prévoit quatre « grands projets » visant à faire de celle-ci « l’une des fonderies de cuivre émettant le moins d’émissions au monde ». Deux cents millions seront réservés au « projet Phénix », soit la construction d’une nouvelle section « à la fine pointe de la technologie » pour réduire le nombre d’étapes et le temps requis à la production du cuivre. La direction estime que la Fonderie réduirait ainsi ses émissions d’arsenic de 45 à 50 % d’ici cinq ans.

Deux cents millions iront aussi dans un projet « d’épuration de l’air », qui permettrait de « desservir tous les niveaux de captation des gaz » — soit le primaire, le secondaire et le tertiaire — dans un seul et même procédé de transformation du cuivre. Ce second projet, baptisé « R3 », réduirait les émissions de 15 à 20 %, selon Glencore, qui espère l’avoir réalisé d’ici 2026. Aucun emploi ne sera touché par ces changements majeurs, affirme la multinationale.

Celle-ci ne cache pas toutefois qu’elle devra obtenir une aide financière du gouvernement. Le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, a rappelé jeudi que « la prochaine étape, c’est la consultation publique qui s’amorcera le 6 septembre ». « Tous les citoyens de Rouyn-Noranda et de la région auront l’occasion de se prononcer sur le sujet », a-t-il évoqué.

Québec solidaire et sa députée de Rouyn-Noranda–Témiscamingue, Émilise Lessard-Therrien, veulent quant à eux exiger le respect de la norme dans un premier mandat, en forçant Glencore à atteindre 15 ng/m⁠⁠3 en un an. « Le plan de match de la fonderie nous donne l’impression d’un plan tout convenu d’avance avec la CAQ. Ça a l’air arrangé avec le gars des vues », a tonné jeudi Mme Lessard-Therrien.

En savoir plus

  • 70 millions
    La multinationale compte construire une nouvelle installation de coulée du cuivre « automatisée et écoénergétique », au coût de 70 millions, pour réduire ses émissions d’arsenic de 10 à 15 %. Une « zone écran » sera aussi aménagée d’ici 2024. Elle devrait coûter 10 millions.
    Source : glencore