Le gouvernement de l’Île-du-Prince-Édouard a lancé en juin un programme de subvention pour l’achat de vélos électriques et traditionnels. Une initiative qui connaît beaucoup de succès dans la plus petite des provinces canadiennes.

Publié le 15 août
Éric-Pierre Champagne
Éric-Pierre Champagne La Presse

Depuis l’entrée en vigueur des incitatifs gouvernementaux, ce sont 700 vélos qui ont été vendus à l’Île-du-Prince-Édouard, dont 150 vélos électriques. « Pour les vélos électriques, on parle d’un vélo vendu par tranche de 1000 habitants », fait remarquer Jordan Bober, directeur de Cycling PEI, l’équivalent de Vélo Québec dans la province maritime.

Au Québec, un tel engouement se traduirait par la vente de 8600 vélos électriques en deux mois, des chiffres certes modestes, mais non négligeables. À l’Île-du-Prince-Édouard, ces ventes témoignent d’un beau succès, estime M. Bober.

La province a notamment emboîté le pas à la Nouvelle-Écosse, qui a annoncé un programme de subvention pour l’achat de vélos électriques en 2021. Le rabais pour les Prince-Édouardiens est de 500 $ à l’achat d’un vélo électrique. Mais l’autre volet du programme semble également plaire aux consommateurs. Une remise de 100 $ est aussi offerte pour l’achat d’un vélo traditionnel dont le prix ne dépasse pas 2000 $. À ce jour, plus de 500 vélos ont été vendus grâce à ce nouvel incitatif.

PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DE CYCLING PEI

Jordan Bober, directeur de Cycling PEI

« J’ai parlé à plusieurs commerçants qui ont dit avoir vu leurs ventes augmenter légèrement, mais ce sont plutôt des magasins haut de gamme, signale Jordan Bober. Au Canadian Tire, ils m’ont carrément répondu qu’ils faisaient face à un tsunami de demandes ! »

Le directeur de Cycling PEI se réjouit évidemment de l’arrivée d’un tel programme, qui pourrait convaincre plus de gens de se procurer un vélo électrique ou même un vélo traditionnel. Mais cette initiative ne se serait peut-être pas concrétisée sans l’aide du Parti vert, précise-t-il. « Ce sont les verts qui ont lancé cette idée au printemps », dit-il. Rappelons que la formation politique a fait élire 8 députés aux élections générales de 2019 contre 13 pour le Parti conservateur, qui forme ainsi un gouvernement minoritaire. L’Assemblée législative à l’Île-du-Prince-Édouard compte 27 sièges.

« Le grand défi maintenant, c’est de trouver des vélos électriques en stock chez les commerçants », note Jordan Bober. D’autant que la plupart des modèles sont fabriqués en Chine. Comme ces vélos sont de plus en plus populaires partout au Canada, il peut parfois être plus difficile pour un commerçant d’une petite province comme l’Île-du-Prince-Édouard de regarnir ses stocks.

Adieu à la deuxième auto

Ken Fenton, lui, croit que ses concitoyens seront très tentés par le nouveau programme d’aide gouvernementale. Ce père de deux enfants, qui travaille dans le service à la clientèle à Charlottetown, ne peut plus se passer de son vélo électrique acheté il y a moins d’un an.

Avec sa conjointe, ils ont décidé de vendre leur deuxième voiture pour acheter deux vélos électriques. Les deux se rendent quotidiennement à vélo à leur boulot respectif, à environ 10 km de la maison, été comme hiver. Ils aiment d’ailleurs tellement leur nouveau mode de déplacement qu’ils font presque tout maintenant à vélo électrique. Avec une seule voiture, qu’ils n’utilisent presque plus, la facture d’essence a totalisé seulement 200 $ au cours des derniers mois, indique Ken Fenton.

Ma femme était plutôt sceptique au départ, mais aujourd’hui, on utilise toujours nos vélos électriques, et ça fait vraiment une différence.

Ken Fenton

Les avantages sont nombreux, affirme M. Fenton. « Nous avons vendu notre deuxième voiture, plus besoin de payer les assurances et les immatriculations, sans compter les économies d’essence. On économise vraiment beaucoup. »

Mais l’aspect le plus important, selon Ken Fenton, ne se mesure pas en dollars. « Ça m’a beaucoup aidé pour ma santé tant physique que mentale. J’ai fait des dépressions par le passé et je souffre d’anxiété. J’avais aussi des maux de dos. Je vais tellement mieux depuis que je pédale tous les jours. »

S’il n’a pu bénéficier d’une subvention pour l’achat de ses vélos électriques, M. Fenton se dit persuadé que la nouvelle mesure pourrait en convaincre plus d’un d’adopter ce mode de transport. « J’ai été très surpris de voir que beaucoup de gens nous posent des questions et plusieurs ont dit avoir envie de s’en procurer un. »

Si les prix de l’essence restent aussi élevés, beaucoup seront tentés de l’imiter, avance Ken Fenton.

Et au Québec ?

Le Québec n’offre pas, pour l’instant, de subvention pour l’achat de vélos électriques. Et n’a pas l’intention de le faire, selon les indications du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, qui gère le programme Roulez vert pour l’achat de véhicules électriques. Une position que déplore l’organisme Vélo Québec, qui souhaiterait voir une telle mesure adoptée tant au provincial qu’au fédéral. « Ce sont des demandes qu’on répète lors des consultations prébudgétaires », souligne Magalie Bebronne, directrice des programmes à Vélo Québec. Rappelons que des incitatifs pouvant aller jusqu’à 8000 $ sont offerts au Québec pour l’acquisition d’une voiture électrique.

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