Les apiculteurs ont perdu un nombre record d’abeilles pendant l’hiver. Près de 60 % de leurs colonies ont été décimées, situation qu’ils qualifient de « critique » et d’« inquiétante » pour tous les producteurs qui dépendent de la pollinisation. Ils demandent une aide d’urgence de 12 millions de dollars aux gouvernements.

Mis à jour le 18 mai
Émilie Bilodeau
Émilie Bilodeau La Presse

Martin Caron, président général de l’Union des producteurs agricoles du Québec, a insisté sur l’importance des abeilles en agriculture lors d’une conférence de presse, mercredi. « La pollinisation, c’est important au Québec et partout dans le monde, que ce soit pour les arbres fruitiers, pour les petits fruits comme les fraises et les framboises, pour le canola, pour les courges. On a besoin des abeilles pour la pollinisation », a-t-il souligné.

« La situation en ce moment est vraiment critique », a ajouté M. Caron.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Les apiculteurs ont perdu un nombre record d’abeilles pendant l’hiver.

La mort d’abeilles pendant l’hiver est une chose normale. En moyenne, les apiculteurs perdent annuellement 21 % de leur cheptel depuis cinq ans. Mais cette année, les producteurs vivent une situation « exceptionnelle ». Certains ont perdu jusqu’à 80 % de leurs abeilles, notamment à cause de la Varroa destructor, maladie qui se propage dans les ruches.

« On parle d’un enjeu de sécurité alimentaire extrêmement important », indique Raphaël Vacher, président des Apiculteurs et apicultrices du Québec.

Le tiers de notre assiette, c’est le travail des pollinisateurs. Malheureusement, le gouvernement est assis sur ses lauriers. Il n’a toujours pas fait d’intervention et il n’y a toujours pas d’aide prévue. Il prend un risque important au niveau de l’alimentation des Québécois.

Raphaël Vacher, président des Apiculteurs et apicultrices du Québec

M. Vacher demande un investissement, d’ici deux à trois semaines, de la part des gouvernements provincial et fédéral afin de permettre aux producteurs de sauver leur saison. L’argent permettra aux apiculteurs d’acheter de nouvelles abeilles pour rebâtir leur cheptel. Une autre partie de l’argent sera investie pour trouver des solutions contre la Varroa destructor.

« S’il y a moins d’abeilles, il faut s’attendre à ce qu’il y ait moins de bleuets, moins de canneberges, moins de pommes. La conservation des fruits se fera moins bien sans une bonne pollinisation et il y aura plus de parasites. […] Il y a beaucoup d’impacts qui vont se faire ressentir dans l’assiette des consommateurs », prévient M. Vacher.

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L’apiculteur Alexandre Mainville, propriétaire des Reines du Petit Bulldog, à Saint-Constant

Les changements climatiques en cause

Le parasite qui s’attaque aux ruches a particulièrement proliféré en 2021 avec l’arrivée d’un printemps hâtif, un été chaud et un automne tempéré. « [Le parasite] en a profité ! C’est un exemple très concret des changements climatiques et des impacts sur la production apicole. C’est clair pour nous », affirme M. Vacher.

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Les apiculteurs ont perdu un nombre record d’abeilles pendant l’hiver.

L’apiculteur souligne qu’il existe peu de traitements contre la maladie. Certains d’entre eux datent, et des phénomènes de résistance commencent à se développer. Il souhaite donc que les laboratoires pharmaceutiques se penchent rapidement sur un remède.

Ces pertes d’une ampleur historique arrivent d’ailleurs à un bien mauvais moment, ajoute M. Vacher, parce que l’importation d’abeilles d’Europe a été fortement ralentie, même arrêtée, pendant la pandémie. Les producteurs peinent à renflouer leurs ruches grâce à l’achat d’insectes rayés jaune et noir.

Cette année, on a recommencé à importer des paquets d’abeilles, mais en très faible quantité. Et l’inflation nous rattrape. Le coût du transport nous coûte trois à quatre fois plus cher qu’il y a deux ans.

Raphaël Vacher, président des Apiculteurs et apicultrices du Québec

Le ministère de l’Agriculture du Québec n’est pas fermé à l’idée de venir en aide aux apiculteurs malgré des programmes déjà existants. « Il n’y a rien qui n’est pas considéré actuellement comme soutien supplémentaire qui pourrait être offert à cette filière. Le ministre continue de suivre la situation de près. L’enquête sur la mortalité des ruches se poursuit et nous agirons à la suite des constats qui en découleront », a indiqué Alexandra Houde, attachée de presse au cabinet du ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ), dans un courriel.

Agriculture et Agroalimentaire Canada n’a pas répondu à nos questions.

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L’apiculteur Alexandre Mainville, propriétaire des Reines du Petit Bulldog, à Saint-Constant

L’apiculture au Québec

  • 440 : nombre d’apiculteurs
  • 66 700 : nombre de ruches
  • 15,4 millions : valeur de la vente de miel
  • 7,6 millions : revenu total pour la location de colonies pour la pollinisation
  • 0,85 kg : consommation de miel par personne

Source : données de 2019 des Apiculteurs et apicultrices du Québec