(Québec) Le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques du Québec a défendu vendredi sa nouvelle norme qui permettra à l’industrie d’émettre plus de nickel dans l’air. Benoit Charette avance qu’elle est sûre, qu’elle s’inscrit dans la lutte contre les changements climatiques et dans la volonté de Québec de développer la production de batteries.

Mis à jour le 18 février
Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse

« En tant que ministre de l’Environnement, je veux qu’on développe la filière batterie. Si on veut électrifier le transport, il faut des batteries. Si on veut des batteries, il faut du nickel », a expliqué Benoit Charette vendredi lors d’une conférence de presse au sujet de la nouvelle norme sur le nickel.

« Oui, on a besoin de nickel. Je ne suis pas à la solde de l’économie en disant ça. En tant que ministre de l’Environnement, je vous le dis : on a besoin de nickel pour pouvoir électrifier les transports », a ajouté M. Charette.

Le gouvernement Legault modifiera les normes sur le nickel dans l’air au bénéfice de l’industrie. La limite pour les particules dans l’air doit passer de 14 à 70 nanogrammes par mètre cube (ng/m⁠3) quotidiennement.

Le ministre a annoncé vendredi la création d’une nouvelle station d’échantillonnage dans Limoilou et mettra en place un groupe de travail pour étudier la qualité de l’air dans ce quartier de Québec.

Le groupe de travail, dont la composition n’est pas connue, sera indépendant, a assuré le ministre, qui a toutefois déjà une idée de ses éventuelles conclusions.

« Ce qu’on va apprendre, vraisemblablement, c’est qu’il faut en faire plus au niveau de l’incinérateur, qu’il faut en faire plus au niveau d’autres sources de contaminants », a expliqué le ministre, selon qui le nickel dans l’air n’est pas l’enjeu principal du secteur.

De nombreux résidants de Limoilou, l’endroit au Québec où l’on recense le plus de nickel dans l’air, dénoncent le nouveau règlement. Le ministre de l’Environnement s’est d’ailleurs engagé à rencontrer ces parents « dans les prochains jours ».

Le ministre a aussi annoncé qu’il serait impossible pour la Ville de Québec de bénéficier d’une exception et de conserver l’ancienne norme plus contraignante, comme le demande le maire, Bruno Marchand.

« On ne peut pas établir plusieurs normes différentes pour le territoire québécois », a dit M. Charette.

Réactions de l’opposition

Les partis de l’opposition ont fait connaître leur désaccord face à la nouvelle norme vendredi au Salon bleu de l’Assemblée nationale, même si Benoit Charette a assuré qu’elle avait été établie d’après le travail d’une chercheuse indépendante. « Si, au niveau de la santé, on avait eu le plus petit doute, on ne serait pas allés de l’avant », dit-il.

« Ce qu’on voit, c’est que malheureusement, c’est l’économie, l’économie, l’économie, pas la santé du monde, pas l’environnement. On a réalisé, aujourd’hui, que le véritable ministre de l’Environnement, il s’appelle Pierre Fitzgibbon », a lancé la députée libérale de Verdun, Isabelle Melançon.

La députée solidaire de Rouyn-Noranda–Témiscamingue, circonscription aussi aux prises avec des problèmes de qualité de l’air, s’est quant à elle demandé pourquoi c’était aux résidants d’abaisser leurs normes.

« Pourquoi est-ce qu’on ne demande pas à Glencore de le faire ? Pourquoi on ne demande pas à Rio Tinto de le faire, puis à ces autres industries qui rejettent plein de nickel dans notre air ? », a demandé Émilise Lessard-Therrien.

Le péquiste Sylvain Gaudreault se demande quant à lui pourquoi le ministre met en place un groupe de travail sur la qualité de l’air à Limoilou, alors qu’il a déjà décidé de modifier la norme.

« C’est comme si le ministre nous disait : on va augmenter les risques sur la santé et l’environnement, ensuite, on va documenter la qualité de l’air. C’est irresponsable », illustre le député de Jonquière.