Sans plan véritable, la solution de Québec pour protéger l’espèce est vouée à l’échec, déplore un biologiste

Publié le 20 janvier
Éric-Pierre Champagne
Éric-Pierre Champagne La Presse

À moins d’une véritable stratégie pour restaurer l’habitat du caribou forestier, les enclos construits par le gouvernement du Québec pour les héberger deviendront des « mouroirs » pour cette espèce menacée de disparition, soutient un expert.

Dans Charlevoix et en Gaspésie, la majorité des caribous seront capturés et envoyés dans des enclos aménagés, a confirmé mercredi le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP). Le Ministère en a fait l’annonce au cours d’une rencontre technique destinée aux médias où on a présenté les détails des projets d’enclos en Gaspésie et dans Charlevoix et l’agrandissement de celui de Val-D’Or, en Abitibi.

Selon les derniers relevés, il resterait une vingtaine de caribous dans Charlevoix et tout au plus 40 individus en Gaspésie. Les sept derniers en Abitibi sont déjà dans un enclos qui sera agrandi à Val-d’Or.

Ce déclin est largement attribuable à la perturbation de l’habitat naturel du cervidé en raison notamment des coupes forestières.

Les coupes dans les forêts plus anciennes favorisent l’arrivée des prédateurs de l’espèce, dont le loup et l’ours noir. Les enclos, dont les détails ont été dévoilés mercredi, permettront en principe de protéger les caribous captifs des prédateurs.

« Une solution temporaire »

Ces enclos ont été présentés par le MFFP comme une « solution temporaire pour freiner la décroissance des populations isolées de caribous forestiers et montagnards de Val-d’Or, de Charlevoix et de la Gaspésie ». « C’est une mesure ultime de protection », a souligné la biologiste Mélissa Chatelain, coordonnatrice de projet au MFFP.

Le Ministère n’a pas été capable de préciser la durée de la captivité des caribous, sauf en Gaspésie, où les enclos serviront principalement pour les femelles qui doivent mettre bas, avant que les bêtes soient relâchées ultérieurement.

Selon le biologiste et chercheur Martin-Hugues St-Laurent, si ces enclos s’avèrent « une solution incontournable » à court terme, l’opération sera un échec si on ne restaure pas l’habitat du caribou.

Si on ne fait rien d’autre, ce sera juste un mouroir où on enverra des individus finir leurs jours.

Le biologiste Martin-Hugues St-Laurent

Or, le plan du MFFP pour le rétablissement du caribou forestier vient à échéance en 2023 et aucun nouveau plan n’est encore prévu à cet effet au gouvernement du Québec. Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, a annoncé l’automne dernier la création d’une commission qui tiendra des audiences publiques cet hiver avant de faire ses recommandations au gouvernement, qui pourra ensuite adopter une stratégie pour protéger le caribou. Une opération qui ne sert qu’à gagner du temps pour retarder le dévoilement d’une telle stratégie, estime M. St-Laurent. « Tout ce qu’on fait, c’est qu’on retourne mieux comprendre une situation qu’on comprend bien déjà. »

Conçus « pour durer longtemps »

En parallèle, le MFFP a admis mercredi que les nouveaux enclos ont été conçus « pour durer longtemps ». Pour les enclos seulement, les coûts totaux de l’opération sont estimés à environ 3 millions de dollars, des chiffres qui ne tiennent pas compte de l’entretien annuel.

Plus la captivité sera longue, plus il sera difficile de relâcher ces caribous dans la nature. Chez les jeunes caribous nés en captivité, par exemple, on a observé une plus grande « naïveté », fait remarquer Martin-Hugues St-Laurent. « Ils sont plus vulnérables face aux prédateurs. »

« Ça va prendre des décennies pour restaurer l’habitat du caribou, conclut le biologiste. Il y a des choses qu’on peut faire, mais il faut commencer rapidement. »

12,8 hectares

C’est la superficie de l’enclos de Val-d’Or qui s’ajoutera à celui déjà en place qui totalise 1,7 hectare.

3,66 m

La clôture entourant l’enclos de Charlevoix fera 3,66 m de haut. L’enclos lui-même aura une superficie de 20 hectares.

En Gaspésie, il y aura deux enclos d’une superficie de 15 hectares chacun, l’un au mont Albert et l’autre au site McGerrigle.

Source : ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs