Chaque hiver, des tonnes et des tonnes de sel sont utilisées pour déglacer les routes au Canada, entraînant des dommages de plusieurs milliards de dollars aux infrastructures et à l’environnement. Trois jeunes femmes espèrent avoir trouvé une solution novatrice qui mise sur l’intelligence artificielle pour réduire considérablement les quantités de sel de déglaçage.

Publié le 17 janvier
Éric-Pierre Champagne
Éric-Pierre Champagne La Presse

L’idée de départ de Patricia Gomez, Anne Carabin et Claudie Ratté-Fortin était de trouver une solution aux problèmes d’accumulation de sel dans les milieux aquatiques. Les trois jeunes femmes étaient alors à la recherche d’un nouveau défi qui mettrait à profit leurs compétences professionnelles.

« Nous étions en train de prendre un café à discuter d’un nouveau défi à relever, explique Anne Carabin en entrevue avec La Presse. C’est comme ça que tout a commencé en 2019. »

Patricia Gomez, une spécialiste de la gestion des eaux pluviales, est titulaire d’une maîtrise en sciences de l’eau obtenue à l’Institut national de recherche scientifique (INRS), où elle a fait la connaissance de ses futures associées en 2012. Anne Carabin a fait des études en microbiologie et termine actuellement un doctorat en génie civil, avec une spécialité en santé publique et environnement, à l’Université de Victoria. Claudie Ratté-Fortin, une mathématicienne, a un doctorat en sciences de l’eau obtenu à l’INRS.

Limiter les pertes... et les conséquences

Clean Nature, l’entreprise qu’elles ont fondée en 2020, est en quelque sorte le résultat des compétences et des connaissances des trois femmes. Leur produit ? Un outil basé sur l’intelligence artificielle, qui permet de déterminer avec précision la quantité de sel à utiliser sur les routes, limitant du même coup les dommages aux infrastructures et les effets environnementaux.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

L’outil de Clean Nature basé sur l’intelligence artificielle permet de déterminer avec précision la quantité de sel à utiliser sur les route.

Les coûts indirects liés à l’utilisation de sel d’épandage totaliseraient chaque année 12,7 milliards de dollars au Canada, selon leurs recherches. Plus de la moitié (56 %) sont le résultat des dommages causés aux infrastructures et le quart (24 %) sont liés à des travaux de maintenance supplémentaire des routes endommagées par le sel.

La plateforme web de Clean Nature, qui est toujours à l’essai, permettrait de réduire jusqu’à 50 % les coûts d’utilisation de sel d’épandage, signale Claudie Ratté-Fortin. Déjà, des entrepreneurs et des municipalités ont manifesté leur intérêt pour leur projet.

« C’est un outil d’aide à la décision, explique Mme Ratté-Fortin, qui se spécialise en modélisation statistique en environnement. Il va déterminer, selon les conditions en place, le type de produit à utiliser, le mélange optimal de sel et d’abrasif. »

En gros, cet outil intelligent rassemble un grand nombre de données, dont les conditions météo et l’état des routes, pour produire des cartes interactives indiquant en temps réel la quantité de déglaçant à utiliser pour chaque route. Grâce à l’intelligence artificielle et à sa capacité d’apprentissage, la plateforme s’améliore au fur et à mesure qu’on lui fournit des données.

Deux prix pour souligner une bonne idée

Dès le départ, en 2019, le projet convainc. Les trois femmes remportent le deuxième prix du Défi AquaHacking, un concours technologique organisé chaque année pour trouver des solutions liées à la santé des cours d’eau. À la clé, une bourse de 15 000 $ et, surtout, un stage de six mois dans un incubateur pour jeunes pousses (start-up) à Toronto.

Un an plus tard, elles gagnent le prix Défi techno Génération H2O, organisé par le Fonds mondial pour la nature (WWF Canada), assorti d’une bourse de 18 000 $ et d’un autre stage à Toronto.

L’entreprise a déjà fait des tests qui se sont avérés prometteurs. « Avec les données qu’on avait, déjà c’était super intéressant », dit Anne Carabin. Elles continuent également de raffiner leur modèle avec des données fournies par des municipalités.

La prochaine étape se traduira par un projet pilote qui sera déployé au début de l’hiver 2022. « Notre objectif, c’est d’acquérir le plus de données possible », ajoute Mme Carabin. C’est pour nourrir la bête, l’outil d’intelligence artificielle qui aura ainsi encore plus d’informations à traiter et pourra offrir, du même coup, des diagnostics encore plus précis.

Si tout se passe comme prévu, les trois associées prévoient commercialiser leur produit au début de l’hiver 2023 au Québec. Des discussions avec des entrepreneurs en Ontario annoncent aussi un éventuel déploiement au Canada anglais.

Pas mal finalement pour un projet lancé autour d’une tasse de café.

Consultez le site de Clean Nature

Quelques chiffres

1,4 million

Tonnes de sel utilisé pour déglacer les routes annuellement au Québec

5 millions

Tonnes de sel utilisé chaque année au Canada

Source : Statistique Canada