La société Medicom abandonne son projet controversé de construire une usine de production de filtre à masques chirurgicaux sur un site appartenant au gouvernement fédéral. Une décision saluée par des groupes écologistes qui souhaitent protéger un important milieu naturel dans la métropole.

Mis à jour le 12 janvier
Éric-Pierre Champagne
Éric-Pierre Champagne La Presse

Dans un courriel transmis mardi aux participants à une consultation publique, Aéroport de Montréal (ADM) a indiqué que Meltech Innovation, une filiale de Medicom, abandonnait son projet de construire une usine sur le site proposé. « Devant diverses options de lieux d’implantation pour son usine de toiles non tissées, la compagnie Meltech Innovation Canada a choisi de ne pas retenir l’emplacement situé sur le chemin de l’Aviation à YUL pour la réalisation de son projet », précise Aéroports de Montréal (ADM).

Pourtant, pas plus tard qu’en septembre dernier, Medicom écrivait à l’Agence d’évaluation d’impact du Canada pour justifier son intérêt pour le site choisi, notamment en raison de sa proximité avec son siège social ainsi que l’aéroport de Montréal.

Dans un courriel transmis à La Presse, le directeur des affaires publiques de Medicom, Gopinath Jeyabalaratnam, a affirmé que « le site ne correspond plus à tous nos besoins ». « Le site que nous allons choisir répondra aux normes techniques élevées et aux valeurs environnementales qui nous animent. Une annonce en ce sens devrait être faite prochainement. »

Le site choisi initialement se trouve dans une zone de milieux naturels de 155 hectares appartenant au gouvernement fédéral, qui en a confié la gestion à Aéroports de Montréal.

Une étude environnementale controversée

Rappelons qu’à l’automne dernier, un mémoire produit par Technoparc Oiseaux, un regroupement de 4000 citoyens appuyés par de nombreux scientifiques, avait fait grand bruit. Le document d’une centaine de pages critiquait la décision d’ADM de permettre la construction de l’usine, une décision basée sur une étude environnementale comportant de nombreuses lacunes, plaidait l’organisme.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Le secteur est reconnu pour l’observation des oiseaux à Montréal et du papillon monarque, une espèce désignée en voie de disparition au Canada. On y retrouve entre autres une zone appelée le champ des monarques constitué d’asclépiades, une plante dont se nourrit exclusivement la chenille du monarque. Le déclin de ce papillon emblématique est largement attribuable à la perte d’habitats abritant des plants d’asclépiades.

Dans son mémoire transmis à l’Agence d’évaluation d’impact du Canada, Technoparc Oiseaux soutenait que la décision d’ADM « de permettre le développement du site proposé est basée sur des données incomplètes ».

L’inventaire écologique réalisé par la firme Évolution Environnement pour le compte d’ADM indiquait qu’il n’y avait pas de milieux humides, ni cours d’eau, ni espèce ou habitats vulnérables, ni zone protégée sur le site. Or, Technoparc Oiseaux prétendait le contraire. « Tout au long de ce mémoire […] appuyé sur des données probantes de différentes sources scientifiques, nous avons clairement démontré que cet énoncé est faux », pouvait-on lire dans le document qui avait reçu l’appui de David Bird et Rodger Titman, deux sommités en matière d’ornithologie au Canada.

La firme Évolution Environnement n’avait pas donné suite aux nombreuses demandes d’entrevues de La Presse. L’entreprise s’est néanmoins défendue dans une réponse écrite datée du 24 septembre transmise à Medicom dans laquelle elle réfutait les arguments avancés par Technoparc Oiseaux.

« La décision de Meltech de ne pas construire au Champ des monarques, c’est un bon pas en avant et nous en sommes contents. Mais il faut continuer de combattre pour que cet espace soit protégé », affirme Katherine Collin, porte-parole Technoparc Oiseaux. L’annonce a aussi été saluée par la Coalition verte, qui souhaite préserver cet écosystème.

PHOTO ANDREJ IVANOV, ARCHIVES LA PRESSE

Katherine Collin

La protection de ce milieu naturel avait aussi reçu l’appui de plusieurs personnalités, dont l’ancien ministre québécois de l’Environnement, Clifford Lincoln. Dans une lettre envoyée au premier ministre du Canada, Justin Trudeau, le 1er septembre dernier, M. Lincoln dénonçait « la construction d’une usine industrielle sur des terres écologiquement fragiles sous le contrôle du gouvernement fédéral, utilisant à cette fin d’importants fonds publics ».