Après des incendies de forêt dévastateurs, la Colombie-Britannique est maintenant victime de pluies torrentielles historiques qui ont littéralement inondé toute une partie de la province, qui a déclaré l’état d’urgence mercredi. La faute aux changements climatiques ? Tous les indices sont là.

Éric-Pierre Champagne
Éric-Pierre Champagne La Presse

Des précipitations record

Dans la seule journée de dimanche, 20 records de précipitations ont été établis dans le sud de la Colombie-Britannique. Hope, petite municipalité de 6000 personnes, a reçu 174 mm de pluie en 24 heures. Un record datant de 1896 a été battu au village d’Agassiz, à une quarantaine de kilomètres au sud, avec des précipitations totalisant 127,3 mm. « On a eu un automne très, très pluvieux avec des précipitations de 200 % supérieures aux normales », signale Armel Castellan, météorologue à Environnement Canada en Colombie-Britannique. Les dommages pourraient eux aussi atteindre des sommes record.

Inondations, glissements de terrain, routes fermées

« En réponse aux inondations extrêmes dans le sud de la Colombie-Britannique, nous avons approuvé le déploiement de personnel de soutien aérien des Forces armées canadiennes pour aider aux efforts d’évacuation, soutenir les voies d’approvisionnement et protéger les résidants contre les inondations et les glissements de terrain », a écrit le ministre fédéral de la Sécurité publique, Bill Blair, sur son compte Twitter mercredi. Dans un autre registre, quelque peu surréaliste, la Garde côtière canadienne a indiqué qu’« en raison des quantités de débris, des niveaux d’eau élevés et des inondations dans le fleuve Fraser, [Transports Canada] conseille de naviguer à des vitesses sécuritaires pour éviter d’endommager les propriétés ».

PHOTO JONATHAN HAYWARD, LA PRESSE CANADIENNE

La route 1 a été inondée à Chilliwack.

Une « rivière atmosphérique » au-dessus de la province

Plusieurs secteurs ont reçu en une journée l’équivalent des précipitations de tout un mois. Ces pluies diluviennes sont la conséquence d’un phénomène météo appelé « rivière atmosphérique », sorte de corridor d’humidité plutôt commun en cette saison. Un phénomène qui s’est formé à cinq reprises depuis le début de l’automne en Colombie-Britannique, explique le météorologue Armel Castellan, ce qui est inhabituel. « Une rivière atmosphérique normale apporte généralement beaucoup de pluie, mais ce n’est pas aussi dévastateur que ce qu’on vient de connaître. On s’attend d’ailleurs à ce que les changements climatiques augmentent la fréquence et l’intensité de ce phénomène », ajoute-t-il. L’expert croit que les changements climatiques ont probablement joué un rôle dans ces pluies diluviennes, mais il faudra attendre avant de le confirmer.

La tempête « parfaite »

Paradoxalement, les épisodes de sécheresse et les incendies de forêt des dernières années en Colombie-Britannique ont créé les conditions idéales pour les inondations qui dévastent actuellement le sud de la province. « C’est comme une tempête parfaite, tous les éléments étaient en place », affirme Armel Castellan. Les sols se sont asséchés, des forêts entières ont disparu : autant de conditions propices à la circulation de l’eau sur de grandes distances. « Les sols sont devenus hydrophobiques », précise M. Castellan. Autrement dit, la sécheresse a modifié les caractéristiques qui leur permettent d’absorber l’eau. Alain Bourque, directeur général du consortium Ouranos, spécialisé dans l’étude des changements climatiques, rappelle de son côté que les forêts ont dépéri en Colombie-Britannique au cours des 20 dernières années. « Une dégradation des écosystèmes empire les effets des changements climatiques », signale-t-il.

Vagues de chaleur intenses

PHOTO DARRYL DYCK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

L’incendie de forêt qui a dévasté la région de Lytton, l’été dernier

Le dôme de chaleur qui s’est abattu sur la Colombie-Britannique l’été dernier « aurait été presque impossible sans des changements climatiques d’origine humaine », a conclu une étude de la revue scientifique The Lancet, dévoilée en octobre dernier. D’autres scientifiques ont aussi établi que ces vagues de chaleur auraient été bien moins graves sans les changements climatiques. Or, des précipitations plus intenses sont également au menu quand il est question du réchauffement planétaire. Tous ces phénomènes se mêlent dans une sorte de cercle vicieux où l’un a nécessairement un impact sur l’autre, précise le météorologue Armel Castellan. « Tout est interrelié. Les forêts, les sols, l’écologie, ce n’est pas si compliqué. Ce n’est pas de la rocket science ! »

Le Québec n’est pas à l’abri

« Ce qui se passe en Colombie-Britannique, ça va se généraliser pour l’ensemble des régions du monde », croit Alain Bourque, du consortium Ouranos. Et le Québec ne fera pas exception. « La vallée du Saint-Laurent, avec ses terres argileuses, est une zone assez propice aux glissements de terrain. » Mais il n’en demeure pas moins qu’il est « assez difficile », selon lui, de dire quelle sera la situation exacte au Québec en 2050. « Ça va dépendre de la façon dont on s’adapte dès maintenant. » Un immense travail reste à faire pour adapter nos infrastructures, pour aménager le territoire, pour protéger les écosystèmes dans le sud de la province. Selon le patron d’Ouranos, il faut prévoir nos infrastructures en fonction des futurs risques. Il faut investir dans l’adaptation. Plusieurs études démontrent par ailleurs que pour chaque dollar investi, six dollars sont économisés en dommages évités. « Est-ce qu’on veut continuer de travailler en gestion de crise, ou plutôt faire de la véritable prévention ? »

Consultez le résumé du rapport Vers l’adaptation du consortium Ouranos

2050

Ouranos anticipe une hausse des températures moyennes de 2 à 4 °C pour le sud du Québec d’ici 2050.

2100

D’ici la fin du siècle, la température moyenne dans le sud de la province pourrait grimper de 4 à 7 °C. Dans le Nord québécois, on parle plutôt d’une hausse de 10 °C.

Source : Ouranos