(Québec) Le gouvernement Legault va interdire le remplacement de systèmes de chauffage au mazout à partir de 2024, un geste de « rupture », dit le ministre de l’Environnement Benoit Charette.

Charles Lecavalier
Charles Lecavalier La Presse

Québec confirmera ce mercredi par décret l’interdiction de l’installation d’un appareil de chauffage au mazout dans les nouvelles constructions à compter du 31 décembre 2021, ainsi que l’interdiction au 31 décembre 2023 de leur remplacement dans les bâtiments existants.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Benoit Charette, ministre de l’Environnement

« C’est un geste de rupture supplémentaire que l’on fait [et] qui s’applique pour les nouvelles constructions dès le 31 décembre. Pour le remplacement ou l’installation dans des maisons existantes, on laisse un délai de deux ans », explique M. Charette en entrevue avec La Presse.

Près de 200 000 foyers sont touchés par cette mesure, et ils auront besoin d’aide. Le mazout est « davantage utilisé par les ménages ayant un revenu annuel inférieur à 40 000 $ alors que le revenu moyen des ménages québécois était de 63 900 $ en 2017 », peut-on lire dans une étude effectuée par le gouvernement.

Ils pourront profiter du programme Chauffez vert, qui dispose d’une enveloppe de 135 millions pour les appuyer dans cette transition, souligne le ministre. Il existe actuellement près de 160 000 systèmes de chauffage au mazout au Québec et il n’en restera plus que 54 500 en 2030, selon les prévisions du gouvernement. Sans le règlement, il en resterait plutôt 80 000. En 2018, l’utilisation du mazout léger dans le secteur résidentiel était responsable de l’émission de 1,05 mégatonne de gaz à effet de serre (GES), soit l’équivalent annuel des émissions de près de 300 000 véhicules légers.

Pourquoi attendre à 2024 pour agir ? Le ministre a expliqué qu’il souhaitait laisser du temps aux gens pour « planifier » une dépense importante, soit le changement de leur système de chauffage. « Et il faut laisser le temps à l’industrie de se transformer », a-t-il ajouté.

Mais on s’attaque au plus gros morceau en faisant un geste de rupture. Pour les nouvelles constructions, ce ne sera plus une option.

Benoit Charette, ministre de l’Environnement

Il semble toutefois que cette mesure ne changera pas grand-chose à la situation actuelle.

Selon une analyse de son propre ministère, « aucun ménage n’a installé d’appareil de chauffage au mazout entre 2014 et 2018 dans sa nouvelle résidence, et aucun propriétaire n’a converti son appareil de chauffage d’une autre source d’énergie pour en installer un fonctionnant au mazout ». « Ainsi, il n’y a pas de nouveau consommateur de mazout résidentiel. Les installations d’appareils au mazout se font donc seulement auprès des propriétaires actuels d’un appareil qui arrive en fin de vie », peut-on lire dans le document.

Déjà en décroissance

La demande pour le mazout est d’ailleurs en décroissance depuis « plus de 10 ans au Québec » et diminue en moyenne de 8 % par année. La conversion des systèmes de chauffages au mazout vers l’électricité permettra également à Hydro-Québec d’augmenter ses revenus de 367 millions entre 2021 et 2030. En contrepartie, les entreprises d’installation et d’entretien, les distributeurs de mazout et les raffineries perdront une somme équivalente sur la même période.

« C’est une décroissance naturelle : le remplacement et la réparation ne seront plus possibles à terme. Ce n’est pas forcément avantageux de remplacer un équipement avant sa fin de vie utile », explique M. Charette.

Pour l’instant, Québec ne vise que le mazout avec son règlement, et pas le gaz naturel. M. Charette explique ce choix par l’effet du mazout sur la qualité de l’air. « On vient garantir une meilleure qualité de l’air », a-t-il dit.

Le gouvernement Legault veut réduire de 50 % les émissions de GES dans le chauffage des bâtiments d’ici 2030, « et le mazout est le gros morceau qui va nous permettre d’y arriver », souligne le ministre.